L'héroïne de Plouguin

Marie Chapalain

La Révolution française

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Fin juillet, début août 1794, à la chute de Robespierre,

on crut que la paix religieuse allait revenir.

Hélas ! un décret du 22 septembre va rendre encore plus virulente la persécution

dans notre région.

Une véritable chasse aux prêtres est organisée avec trois colonnes de militaires.

 

Un étranger à Plouguin, nommé Talhouarn, a signalé aux autorités

les deux abbés Tanguy Jacob et Claude Chapalain.

La surveillance accoutumée des abords de leur cachette ne servira donc à rien.

Les soldats se dirigent tout droit sur Kernizan.

 

La veuve Mazé, Marie Chapalain, préparait la soupe et la bouillie.

Sa fille, sortant de couches, était assises auprès de l’âtre.

Les hommes, Jean François Le Gall, gendre, et François Le Gall, son frère,

travaillaient aux champs.

Il était 11 heures.

 

Brusquement François Mazé, 12 ans, petit garçon très dégourdi, qui s’était placé

en sentinelle sur une hauteur, entre, essoufflé :

« Ar baianed, ar zoudarded » (les païens, les soldats), crie-t-il.

Les deux prêtres et Olivier Le Guen, jeune homme de Brendu à Saint Pabu, déserteur, foncèrent vers la cachette, une excavation en forme de lit, pratiquée dans le mur, derrière un lit clos.

Le petit François, bien dressé, s’attaque au chaudron de bouillie.

 

Marie Chapalain va dans la cour au-devant de l’officier et des quatre soldats.

Elle s’adresse à eux en breton.

« Qu’y a-t-il pour votre service ? »

 

« Il y a que je commence par arrêter ce galopin qui est là et que nous avons vu courir tout à l’heure pour vous donner l’alarme », dit le gradé en mettant la main

au collet du petit Mazé.

« Nous savons que tu caches des prêtres réfractaires.

Soldats, fouillez moi cette pièce !

Il y a une cachette derrière un lit clos. »

 

Les deux prêtres, le déserteur sont pris.

On leur met les menottes.

On les met les met également au petit François Mazé, qui mériterait sa statue

dans toutes les écoles où l’on prêche la Liberté.

 

« Qui est la maîtresse ici ? » demande l’officier.

« C’est moi », répond Marie Chapalain.

« Saisissez-vous de cette femme ».

 

Mais sa fille se redresse :

« C’est mon mari et moi qui tenons cette ferme, c’est moi qui ai reçu les prêtres.

Si quelqu’un est coupable devant la nation, c’est moi ».

 

« Taisez-vous, ma fille ! » dit la mère.

Vous avez une famille à élever, n’enlevez pas une mère à ses enfants ;

ne croyez-vous pas que je sois mûre pour le ciel ?

Laissez-moi partir avec ceux-ci et s’il faut verser son sang,

que la volonté de Dieu soit faite.

Quand on la conscience en paix, on ne craint pas la mort ».

 

« Un moyen de tout arranger, c’est d’arrêter les deux femmes » dit l’officier.

 

À ce moment, les soldats amenaient les deux frères Le Gall.

 

« Ne séparons pas le mari de la femme, dit le capitaine, et,

nous aurons ainsi toute la nichée.

Quant aux deux petits enfants au berceau,

on les laissera sous la sauvegarde de la Nation ! »

 

Le cortège va d’abord à la mairie de Plouguin.

Le maire réussit à faire libérer la jeune maman.

On rejoint ensuite la prison de Ploudalmézeau.

Le gardien Le Gwenn essaie de faire évader Jean François Le Gall et François Mazé.

Il sera arrêté, conduit avec les autres à la prison de Saint Renan,

puis à celle de Brest où il y avait 115 lits sans draps pour 244 prisonniers.

 

Le tribunal révolutionnaire n’existait plus.

Il était remplacé par le tribunal criminel du Finistère qui reçut l’ordre de venir

de Quimper à Brest pour juger les prisonniers de Plouguin.

 

Le président du tribunal, M Le Guillou de Kerincuff, fait penser à Ponce-Pilate.

Il ne serait pas trop dur, mais la loi c’est la loi et il ne tient pas à perdre sa place.

Il sauvera la tête des receleurs, libérera le brave François Mazé qui, jusqu’au bout, durant les interrogatoires,

dans les souffrances de la prison, aura eu attitude splendide.

Le président veut aussi sauver Marie Chapalain, lui suggère d’affirmer au tribunal qu’elle ne connaissait pas les prêtres, que ceux-ci l’avaient forcée à préparer à manger.

 

La riposte fut foudroyante :

« Me lavaret eur gaou ! Me dianaout va breur !

Gwell eo mervel asamblez gantan ».

(Moi mentir ! Moi renier mon frère ! Je préfère mourir avec lui.)

 

Marie Chapalain, née à Bourg-Blanc, veuve d’Henry Mazé, vivant à Kernizan en Plouguin depuis 1771, âgée de 45 ans, fut guillotinée à Brest le 15 octobre 1794 !

 

Jusqu’à la fin des siècles, la mémoire de Marie Chapalain sera vénérée à Plouguin.

Son esprit de charité, son dévouement sans limites, sa droiture absolue en font une héroïne incomparable,

un modèle pour toutes les générations.

 

« Me lavaret eur gaou ! » - Quelle devise ! Quel idéal !

 

Pour des raisons idéologiques, les martyrs de la Révolution n’ont pas été canonisés.

 

Pour les Plouguinois, Marie Chapalain est une sainte.

"Cité Royale" Chanoine Éliès

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Dernière mise à jour - Décembre 2021