Fenêtres sur le passé

1899

Questions brestoises - Pour des oubliés

Source : La Dépêche de Brest 6 novembre 1899

 

Dans une ville essentiellement maritime telle que Brest, il semble que l'on devrait honorer d'une façon toute spéciale la mémoire des marins illustres qui y naquirent.

 

Il n'en est guère ainsi.

 

Jusqu'à présent, les noms de quelques-uns n'ont été sauvés de l'oubli que par l'attribution que l'on en fit

à certaines rues nouvellement ouvertes dans différents quartiers de notre ville.

 

Ceux qui eurent ce bonheur ne forment cependant pas une majorité.

 

En outre, je crois qu'il est à notre disposition d'autres façons de témoigner notre gratitude à ces célébrités.

 

Ce que je demande pour eux, ce n'est pas un mausolée de marbre et d'or au fronton duquel on graverait,

en lettres d'un pied de haut, cette épitaphe pompeuse :

« À ses glorieux enfants, la ville de Brest reconnaissante » ;

ce n'est pas davantage l'érection, sur nos places publiques, de leurs statues en marbre ou en bronze,

car cette façon d'honorer la mémoire d'un individu se discrédite de plus en plus,

si bien que beaucoup maintenant n'y voient que la manifestation d'une vanité toute villageoise ;

je ne souhaite pas pour ces oubliés quelque somptuosité qui les représenterait dans une attitude

plus ou moins théâtrale, incompatible avec leur caractère d'hommes d’action :

J’aimerais voir consacrer leur souvenir par quelque chose de très simple, de plus délicat,

qui serait tout aussi vivant en même temps que ce serait plus intime:

Je voudrais que l'on plaçât dans une salle de notre musée les bustes en plâtre de ces hommes.

 

Si désirer une telle chose c'est faire acte de chauvin, j'ai la conviction que je ne suis pas, à Brest,

seul et unique de mon espèce.

 

Ces Brestois, pour la plupart artisans de notre puissance et de notre gloire navale sont au nombre d'une douzaine.

En suivant l'ordre chronologique,

le premier nom que l'on trouve est celui d'Hubac, père et fils.

Le père Laurent, constructeur de bateaux, naquit à Recouvrance,

vers 1607, et dirigea jusqu'à sa mort, survenue en 1682,

avec le titre de « maistre de la charpenterie du Roy »,

la construction des vaisseaux qui furent faits dans le port de Brest, sous Richelieu, Mazarin et Colbert.

 

Ces trois ministres faisaient un très grand cas de lui.

 

Étienne, son fils (1048-1720), envoyé par Colbert en Angleterre

et en Hollande, pour étudier les diverses méthodes de constructions navales, le surpassa.

 

C'est à lui que revient l'honneur d'avoir dressé les plans de tous

les navires mis en chantiers à Brest, pendant le règne de Louis XIV.

 

Laurent Hubac

Né à Brest, vers 1607

Mort le 14 juin 1682 à Brest

 

Étienne Hubac

Né à Brest le 3 mai 1648

Mort à Brest le 12 février 1726

 

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Morogues (1706 - 1781) lieutenant général des armées navales,

fonda l'Académie de marine, dont il fut le premier directeur.

 

Morogues, à lui seul, fournit à l’Encyclopédie plus de 600 mots, ce qui ne l'empêcha pas de composer quantité d

e mémoires sur des questions de constructions navales.

 

De ce savant, les événements tirent un brave : en 1759, à la journée du 20 novembre,

alors que l'amiral de Conflans fuyait devant l'ennemi, Morogues, qui commandait le Magnifique,

tint en respect trois vaisseaux anglais et sauva son bâtiment.

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Choquet de Lindu (1712-1790), ingénieur en chef de la marine, dirigea les travaux du port de Brest.

 

Il fit construire trois cales de construction à Bordenave, la prison et les bassins de Pontaniou, le magasin général,

le bagne, les casernes du quartier de la marine, une manufacture de toiles à voiles,

la caserne des marins (jusqu'au premier étage) ;

enfin, à Kerhuon, la digue et la première écluse.

Antoine Choquet de Lindu,

Né le 7 novembre 1712 à Brest

Mort le 7 octobre 1790 à Brest

Infatigable au travail, il imprima aux travaux de cette société savante une direction

qui eut pour résultat la prompte réalisation de son programme.

 

Une Encyclopédie de la marine fut commencée.

 

Une louable activité s'empara des académiciens ;

les sciences mathématiques, l'hydrographie, l'astronomie nautique, l'histoire naturelle,

s'enrichirent d'importantes découvertes.

 

Les membres les plus éminents de l'Académie des sciences briguèrent l'honneur

d'être associés à celle de marine, et, en 1771 les deux sociétés furent même affiliées.

 

Sébastien François

Bigot de Morogues

Né à Brest le 1 mars 1706

Décès: 26 août 1781

au château de Villefallier (Loiret)

Grande planche incluse dans l'ouvrage d'Antoine Choquet de Lindu :

Description du bagne pour loger à terre, les galériens ou forçats de l'Arsenal de Brest - Planche 4 - élévation de l'entrée des formes.

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Nicolas et Pierre Ozanne, deux frères.

 

Nicolas (1728-1811) graveur et dessinateur de la marine,

membre de l'Académie de marine à vingt-quatre ans,

a laissé un grand nombre de planches à l'eau forte.

 

Pierre (1737-1813), à la fois dessinateur, ingénieur

et capitaine de vaisseau, s'est distingué dans chacune

de ces professions.

Sa réputation d'ingénieur fut consacrée en 1802

par la construction de la corvette la Diligente, une des plus rapides

marcheuses de l'époque, et par ses travaux de relèvement de vaisseaux échoués sur les côtes de Bretagne ;

celle de dessinateur se consacra par quantité de dessins et gravures, entre autres :

le Combat du « Vengeur » ;

celle de peintre par une Vue du port de Brest et une ébauche du Fort Bertheaume.

Vue du port de Brest prise de Bordenave

(Nicolas Ozanne).

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Gilbert (1783-1860) son élève, fit la campagne d'Alger à titre de peintre de l'expédition.

 

De 1842 à 1850,

il professa le dessin à l'école navale.

Il a peint un grand nombre d'épisodes

de nos fastes maritimes.

 

Comme son maître, il s'est inspiré d'une étude constante de la mer, cherchant le vrai

plutôt que l'effet,

le naturel plus que le mouvement et le coloris.

Pierre-Julien Gilbert

(Brest, 15 mars 1783 - Brest, 21 septembre 1860)

Combat du vaisseau français le Romulus contre trois vaisseaux anglais

à l'entrée de la rade de Toulon

(13 février 1814)

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Sané (1740-1831) inspecteur général des constructions navales,

fut le meilleur constructeur français de son temps.

 

En 1782, 1786,1788,

il l'emporta au concours pour les meilleurs modèles de vaisseaux.

 

Ces types furent reconnus si supérieurs qu'ils restèrent en usage

jusqu'à la révolution opérée dans l'architecture navale par la vapeur.

 

Sané fut surnommé à juste titre : « le Vauban de la marine ».

 

Jacques-Noël Sané,

Né à Brest le 18 février 1740

Mort à Paris le 22 août 1831

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Huon de Kermadec (1747-1796), capitaine de vaisseau,

participa en 1777 à la prise de Saint Dominique.

 

En 1779, il fut blessé grièvement au combat de San Yago.

 

En 1783, on le retrouve dans les mers de l'Inde ;

il combat sous les ordres de Suffren à Trinquemalé

et Goudelour.

 

Enfermé pendant la Terreur au château de Brest

comme noble, il ne recouvra sa liberté

qu'après le 9 Thermidor et mourut, peu après,

à sa terre du Tromeur, près Brest.

 

Jean-Marie Huon de Kermadec

Brest, 15 août 1747-Bohars, manoir du Tromeur, 31 mai 1796)

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Rosily-Mesros (1748 1833) amiral, fit une première fois le tour du monde, accompagnant Kerguélen, en 1771 ;

puis, une seconde fois en 1773.

 

En 1778, étant lieutenant de vaisseau et commandant le lougre le Coureur, il participa, le 17 juin,

au mémorable combat de la Belle Poule contre la frégate anglaise l’Arethuse en prenant à partie le cutter Alerte, quatre fois plus fort que lui.

 

Obligé de se rendre, il eut du moins la consolation de pouvoir se dire que sa diversion avait sauvé son camarade.

Remis en liberté, après vingt mois de captivité en Angleterre,

il fut envoyé dans l'océan Indien, placé sous les ordres de Suffren,

qui lui confia le périlleux honneur d'éclairer l'escadre.

 

Chargé ensuite de plusieurs missions politiques fort importantes

et de rectifier, en même temps, les cartes hydrographiques

de l'océan Indien et des mers du Sud,

il mena à bien ces différentes tâches.

 

Nommé contre-amiral en 1793, il fut destitué peu après comme noble.

Réintégré en 1794, promu vice-amiral en 1796,

il fut chargé de rechercher les moyens de créer une marine en Belgique.

 

Amiral en 1805, puis président des constructions navales en 1811,

il exerça ces fonctions jusqu'en 1826.

 

On lui doit l'organisation définitive du corps

des ingénieurs hydrographes.

 

Son nom est inscrit sur l'arc de triomphe de l'Étoile.

François Étienne de Rosily-Mesros,

né le 13 janvier 1748 à Brest

mort le 12 novembre 1832 à Paris

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Nielly (1751-1833), vice-amiral honoraire,

navigue pendant douze ans dans la marine de guerre,

exerçant les modestes fonctions de timonier et de pilotin.

 

Lassé de voir que ses services n'étaient pas récompensés,

il passa au commerce et se fit recevoir capitaine au long cours.

Pris par les Anglais, il s'évada.

Pendant cinq années, il convoya à travers la Manche,

avec un bonheur constant, des flottes considérables.

 

Nommé capitaine de vaisseau en 1793, puis,

quelques mois après, contre-amiral,

Croiseur Le Nielly _03.jpg

il rallia avec son escadre le guidon de Villaret-Joyeuse et commanda l’arrière-garde au combat d'Ouessant,

le 13 prairial an II.

 

Lors de l'expédition d'Irlande, il commanda la troisième escadre.

 

Sa franchise ayant déplu au ministre de la marine Decrès, il fut révoqué en 1804. 

Dès lors, il vécut dans la retraite. 

En 1815, la Restauration lui conféra le titre de vice-amiral honoraire.

 

Joseph Nielly

Né le 3 septembre 1751 à Brest

Décédé le 13 septembre 1833 à Brest

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Linois (1761-1848), vice-amiral honoraire, fit sa fortune en combattant

les Anglais dans les mers de l'Inde, comme Huon de Kermadec et Rosily-Mesros.

 

Fait prisonnier une première fois, après un combat héroïque,

il fit en Angleterre une captivité de onze mois.

 

Rentré en France, il prit part, le 23 juin 1795, au combat de Groix.

Dès le début de l'action, ayant eu l’œil gauche crevé, il remit le commandement de son vaisseau à sou second qui, accablé par les Anglais, dut baisser pavillon.

 

Cette fois, Linois ne séjourna que deux mois en Angleterre.

 

Il se distingua dans l'expédition d'Islande.

Promu contre-amiral en 1800, il fut désigné l'année suivante pour commander

en second l'escadre de Ganteaume, qui devait, avec celle de Villeneuve,

favoriser le passage du camp de Boulogne en Angleterre.

 

Charles Alexandre Léon

DURAND de LINOIS

Né le 27 janvier 1761 à Brest

Décédé le 2 déc. 1848 à Versailles

Le projet de descente ayant avorté, Linois fut envoyé avec son escadre sur les côtes d'Espagne.

C'est là, dans la baie d'Algésiras, qu'il remporta la victoire de ce nom sur l'amiral anglais Saumarez.

 

Envoyé dans les mers de l'Inde en 1802, il ruina le commerce anglais dans ces parages. 

Capturé une troisième fois, en 1806, il fut, cette fois, retenu prisonnier jusqu'en 1814.

 

Mis à la retraite en 1816, il fut nommé en 1825 vice-amiral honoraire.

 

Son nom est gravé sur l'Arc-de-Triomphe.

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Bourayne (1768-1817), capitaine de vaisseau, combattait sous les ordres

de Linois, lorsque celui-ci fut fait prisonnier une première fois.

 

Gravement blessé, il ne rentra en France qu'après 19 mois de captivité.

 

En 1803, nous le retrouvons capitaine de frégate,

de nouveau sous les ordres de son ancien chef, participant activement

à la destruction du commerce anglais dans les mers de Chine,

du Japon et de l'Inde.

 

En 1809, Bourayne rentrait en France comme simple passager

lorsque le navire sur lequel il était embarqué fut pris.

Rendu à la liberté en 1814, il remplit successivement à Brest les fonctions

de major général et de commandant de la marine par intérim.

 

La mort le surprit le 5 novembre, en activité de service.

César Bourayne, puis baron de Bourayne,

Né le 22 février 1768 à Brest,

Mort le 5 novembre 1817 à Brest

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Kéraudren (1769-1858), médecin en chef des armées navales

et inspecteur général du service de santé de la marine,

chirurgien de 1ère classe en 1796, professeur en 1801, docteur en 1803, médecin en chef en 1810 :

Il fut chargé, en 1812, de combattre une épidémie meurtrière de dysenterie qui dévastait l'escadre d'Anvers, et dont il parvint à triompher.

 

De 1813 à 1845, il exerça les fonctions d'inspecteur général

du service de santé de la marine.

 

Membre de l'Académie de médecine et de plusieurs sociétés savantes,

on lui doit quantité de mémoires, insérés,

soit dans les Annales d'hygiène publique et de médecine légale,

soit dans les Mémoires de l'Académie de médecine.

Pierre-François Kéraudren

Né le 15 mai 1769 à Brest,

Mort le 16 août 1858 à Passy

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Vrignaud (1769-1841), contre-amiral honoraire,

débuta comme mousse à l'âge de treize ans.

Enseigne de vaisseau en 1792, il prit part au combat de Groix ;

la mort de tous les officiers de vaisseau sur lequel il était embarqué l'obligea

à en prendre le commandement ;

il n'amena son pavillon qu'au moment où son bâtiment coulait bas.

 

Libéré après cinq mois de captivité, et en récompense de sa bravoure,

promu capitaine de frégate, il était capitaine de pavillon de Linois

lorsque celui-ci fut pris pour la troisième fois.

 

Atteint de sept blessures, le bras droit cassé, il fut emmené en Angleterre,

mais parvint à s'évader après six ans de détention.

 

Joseph Marie VRIGNAUD

Né le 23 février 1769 à Brest

Décédé le 26 juin 1841 à Brest

Rentré en France, il ne put reprendre du service actif, à cause de ses anciennes blessures.

 

Admis prématurément à la retraite en 1817, avec le grade de contre-amiral honoraire,

il consacra ses dernières années au service des pauvres, comme administrateur de l'hospice civil de Brest.

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Il faut espérer que bientôt on réparera l'oubli dont ces hommes ont été victimes, que leur mémoire,

dans un avenir prochain, sera honorée comme elle doit l'être.

 

Leurs actions prouvent qu'ils ont pleinement droit à un témoignage de notre reconnaissance.

 

Un d'entre eux, à mon avis, devrait être plus particulièrement honoré :

Linois mériterait de voir son nom donné à notre lycée.

 

C'est, du reste, la coutume de placer les établissements universitaires sous le patronage de quelque gloire nationale.

 

L'an dernier, et sans sortir du Finistère, c'était Quimper faisant du premier grenadier de la République,

de La Tour d'Auvergne, le génie tutélaire de son lycée.

 

Pourquoi Brest ne placerait-elle pas le sien sous la protection du vainqueur d'Algésiras ?

 

Jean LÉDILE.

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Dernière mise à jour - Août 2021