Fenêtres sur le passé

1880

Lancement du croiseur le Nielly

Source : Le Finistère juin 1880

 

Lancement du croiseur LE NIELLY

 

Mardi dernier a été lancé à Brest un croiseur de deuxième rang, portant le nom de Nielly,

l'un de nos vaillants marins de la première République.

 

Un gouvernement s'honore en glorifiant ses grands hommes.

 

Il appartenait à la République de rendre hommage à l'amiral que la Convention avait illustré en décidant

qu'il avait bien mérité de la patrie.

 

Nielly faisait partie de cette pléiade d'officiers qui avaient nom Morard de Galles, Bruix, ViIlaret-Joyeuse

et Latouche-Tréville.

 

A huit ans il combattait aux côtés de son père sur le vaisseau « le Formidable » ;

prisonnier des Anglais à vingt ans et conduit à Jersey, il s'emparait d'un smack hollandais dans le port de Saint-Hélier et le conduisait à l'île de Bréhat.

 

Lieutenant de frégate en 1778, il fit pendant quatre ans, sur la flûte « la Guyane »,

la plus brillante campagne de convoyeur que présentent nos annales maritimes.

Lieutenant de vaisseau en 1702, il fut chargé de porter à Saint-Domingue avec la flûte « la Lourde », 300 milliers de poudre (sic).

 

L'équipage effrayé d'un tel chargement refusait de prendre la mer.

 

Nielly embarqua sur son bâtiment ses deux-fils, âgés l'un de huit ans, l'autre de dix ans, et déclara qu'il partirait au jour fixé.

 

Les matelots honteux se rallièrent autour de leur commandant.

Croiseur Le Nielly _01.jpg

Il serait trop long de rappeler tous les glorieux faits d'armes du brave Nielly, que racontent, du reste,

d'après les archives du ministère de la marine, Levot, le biographe maritime, et La Landelle, le romancier de la mer.

 

Qu'il nous suffise de rappeler cet épisode fameux du combat du 13 prairial où Nielly sauva son pavillon

et l'honneur de la France.

Croisant dans l'Océan, Nielly, alors contre-amiral, venait de s'emparer de deux vaisseaux anglais, « le Castor » et « l'Alerte »,

lorsque dans la matinée du 11 prairial il entendit gronder le canon.

 

Il força de voile pour se porter au combat et passant au milieu

de la flotte anglaise, il rejoignit l'armée de la République

que commandait Villaret-Joyeuse.

 

Croiseur Le Nielly _04.jpg

Pendant deux jours, le brouillard empêcha les deux flottes de rien entreprendre ; enfin, le 13, la bataille s'engagea.

 

L'avant-garde ayant plié, Nielly soutint seul le choc de l'ennemi.

 

Vers la fin du jour, entouré de vaisseaux rasés et ne pouvant seul soutenir la lutte, Nielly se décida à faire une trouée dans l'armée anglaise pour rejoindre celle de la République.

 

Il y réussit et ramena à Brest son vaillant navire le Républicain, démâté de son grand mât et de son mât d’artimon ; le mât de misaine ne tenait qu'à quatre haubans ; il avait trois pieds d'eau dans sa cale.

Dans cet état II n'en prit pas moins part au combat qui se livra quelques jours après à l'attirage (sic) contre 48 vaisseaux anglais

qui furent chassés dans le nord-ouest.

 

Quelque temps après, continuant sa croisière,

il s'emparait du vaisseau anglais « l’Alexander »,

que commandait l'amiral Richard Rodney Bligh.

 

Nous le voyons ensuite poursuivre ses croisières avec un égal succès, puis vient l'expédition d'Islande, le désastre de la baie de Baudry.

Croiseur Le Nielly _02.jpg

Nielly, qu'on croyait perdu avec son bâtiment, apparaît 20 jours après la rentrée de la flotte dans le goulet de Brest, ramenant son bâtiment dans un état déplorable, sans mâture et prêt à couler.

 

Son courage et sa présence d'esprit avaient sauvé le navire et l'équipage d'une perte certaine.

 

Enfin Bonaparte surgit.

 

La République était morte, Nielly ne servit plus sur mer.

 

Tous ses vieux compagnons que nous avons cités rentraient comme lui dans l'oubli,

les flatteurs entouraient le futur empereur.

 

Nielly rompit avec Decrès, plus célèbre par la perte du « Guillaume Tell » que par ses succès, et avec Gantheaume,

qui avait fait placer en tête de ses lettres officielles une vignette représentant une escadre voguant à pleines voiles vers une étoile sur laquelle était gravée la lettre B, avec cet exergue : « Nous gouvernions sur son étoile. »

 

La marine, du reste, avait vécu : Aboukir et Trafalgar allaient clore douloureusement

l'épopée glorieuse de nos guerres maritimes.

Honneur donc aux marins qui ont glorieusement porté sur les mers les couleurs de la naissante République française ; aux patriotes qui mirent au service de la sublime Révolution leur courage et leurs talents ;

honneur, parmi eux, à Nielly !

 

La République reconnaissante lui décerne aujourd'hui un suprême hommage en perpétuant son souvenir.