Fenêtres sur le passé

1890

Naufragés et sauveteurs

Source : Le Finistère juin 1892

 

Questions maritimes

 

Naufragés et sauveteurs.

 

Le Journal officiel vient de publier un rapport adressé au ministre de la Marine par M. Fabre,

chef du service des Invalides au ministère.

 

Ce travail énumère les naufrages et accidents de navigation survenus, pendant l'année 1890,

sur les côtes de France et d'Algérie, avec les décès qui en sont résultés.

 

Nous allons reproduire à cet égard les chiffres officiels les plus saillants.

 

Le nombre des navires naufragés ou échoués en 1890 s'élève à 333, dont 245 entièrement perdus.

 

En 1889, le chiffre total avait été de 235 ; en 1888, de 278.

 

L'augmentation de l'année 1890 porte surtout sur les bateaux de pêche.

 

Le nombre des victimes a été :

en 1890, de 401 ;

en 1889, de 345 ;

en 1888, de 428.

 

Sur les 404 hommes perdus en 1890,

62 appartenaient au sous-arrondissement de Brest,

23 au sous-arrondissement de Lorient,

26 au sous-arrondissement de Nantes,

85 au sous-arrondissement de Saint-Servan.

Dans ce dernier chiffre sont compris les 44 hommes d'équipage et passagers de la goélette la Bretagne

disparue en mer dans le trajet de Saint-Malo à Terre-Neuve.

 

Parmi les principaux accidents, signalons les suivants, qui ont eu lieu sur les côtes bretonnes :

 

Le brick Pierre, d'Auray, sombré corps et biens entre la pointe de Penmarch et la chaussée de Sein

dans la nuit du 14 au 15 février ;

6 hommes disparus ;

 

Le brick l'Union, de Bayonne ;

perte 4 hommes à la suite d'un abordage avec un vapeur anglais à 60 milles d'Ouessant (14 février) ;

 

La chaloupe Eugénie, de Quimper, disparue avec deux hommes d'équipage près des Glénans (30 juin) ;

 

Le Louis, de Concarneau, perdu avec 8 hommes, au large de Doëlan (20 mai) ;

 

Le J.-M.-J, d'Audierne, sombré dans une rafale, avec 4 hommes, au large de Lesconil (5 juillet) ;

 

La Rosalie, de Roscoff, sombrée avec 3 hommes près de l'Île-de-Batz (20 mai) ;

 

Le canot Henri, de Quimper, perdu corps et biens ; 3 hommes d'équipage (25 février) ;

 

Le Temps-passe, de Concarneau, sombré sous voiles dans la baie de La Forêt, avec le patron qui était seul à bord

(20 avril) ;

 

L'Infatigable, de Camaret, sombré en mer avec 6 hommes, près de l'île de Sein (3 novembre) ;

 

La chaloupe Marie-Claude, de Brest, submergée en rade de Brest avec 4 hommes sur 7 (15 février) ;

 

Le brick-goélette Blondine, de Nantes, perdu avec 5 hommes près de l'île de Houat (17 mars) ;

 

Le brick-goélette Mélingue, de Lannion, coulé bas près du cap Lézard, 3 hommes perdus sur 7 (17 mars) ;

 

Le sloop Protégé-de-Notre-Dame-des Victoires, de Tréguier, parti de Lézardrieux le 6 novembre pour Plymouth,

avec 4 hommes ; n'a pas reparu ;

 

Le sloop Jeanne-d ‘Arc, de Saint-Malo, sombré avec 2 hommes sur 3,

dans le trajet de Saint-Briac à Saint-Jacut (30 juin) ;

 

La chaloupe Marte, de Dinan, disparue avec 4 hommes (21 janvier) ;

 

Le Saint-Laurent, de Saint-Brieuc, coulé avec 5 hommes en baie de Saint-Brieuc (8 mars) ;

 

Le Mac-Mahun, de Cancale, sombré en baie de Cancale avec 3 hommes (6 mai) ;

 

La Sainte-Anne, d'Auray, sombrée au large de Belle-Île avec 9 hommes (21 mai) ;

 

Le canot l'Océan, de Vannes, sombré avec 2 hommes sur 8, à l'entrée du golfe du Morbihan (15 octobre).

Suivant le rapport que nous citons,

on peut imputer d'une manière générale les sinistres

et échouements survenus en 1890 aux causes suivantes :

 

280 à des cas de force majeure ;

4 à de mauvaises conditions de navigabilité ;

13 à la négligence ou à de fausses manœuvres ; 

29 à des abordages ; 

12 à des erreurs de feux ou de route.

La dernière partie du rapport de M. Fabre est consacrée aux sauvetages accomplis en 1890.

 

Il a été décerné par le ministère de la Marine à des sauveteurs français :

 

1 longue-vue,

4 médailles d'or de 2e classe,

8 médailles d'argent de 1ère classe,

29 médailles d'argent de 2° classe,

146 témoignages officiels de satisfaction,

83 gratifications.

 

De son côté, la Société centrale de sauvetage des naufragés a distribué aux équipes de ses canots:

1 médaille d'or,

18 médailles d'argent,

23 médailles de bronze.

 

La dernière partie du rapport de M. Fabre est consacrée

aux sauvetages accomplis en 1890.

 

Il a été décerné par le ministère de la Marine

à des sauveteurs français :

 

1 longue-vue,

4 médailles d'or de 2e classe,

8 médailles d'argent de 1ère classe,

29 médailles d'argent de 2° classe,

146 témoignages officiels de satisfaction,

83 gratifications.

 

De son côté, la Société centrale de sauvetage des naufragés

a distribué aux équipes de ses canots:

1 médaille d'or,

18 médailles d'argent,

23 médailles de bronze.

 

M. Fabre rappelle, en outre, l'existence des prix annuels fondés par M. Henri Durand au profit des sauveteurs

et dont la première attribution a eu lieu cette année.

 

On sait que le premier prix, fixé à 4,000 francs par le donateur, a été partagé, en 1890,

par le sieur Le Pempe (Joseph), pilote à l'Île Tudy, et les matelots Bourlaouen (Eugène) et Kergoat (Joseph),

inscrits tous deux à Quimper, qui, le 23 janvier 1890, se portèrent, dans un petit canot non ponté,

par tempête de S.-O. et mer démontée, au secours du navire la Caroline-Victoire, de Cherbourg,

réussirent à l'accoster et à le conduire, de l'entrée de Bénodet, où il était exposé à être poussé à la côte,

au mouillage sûr de la baie de Concarneau.

 

Quatorze autres prix de 1,000 fr. chacun ont été attribués à divers sauveteurs qui ont été reconnus aptes,

par le comité des inspecteurs généraux de la marine, à bénéficier des dispositions du legs Henri Durand.

 

L'un de ces prix de 1,000 fr. a été accordé aux deux enfants du quartier-maître mécanicien-torpilleur Bondon,

qui périt victime de son dévouement, le 24 juin 1890, dans la catastrophe du pardon de Saint-Jean,

en rade de Brest, après avoir sauvé successivement six personnes.

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Dernière mise à jour - Juillet 2020