1893 - Les exploits d'un faux second-maître

La Dépêche de Brest

Février 1893 et Mai 1893

Jeudi 2 Février 1893

Les Exploits d'un faux Second-maître

On n'a pas oublié les nombreux vols commis à Porspoder, Plouguin, etc., par un individu affublé

d'un costume de second-maître 
En quittant Plouguin, cet individu, dont le signalement avait été télégraphié à toutes les brigades de gendarmerie, s'était dirigé sur Brest, où il passa plusieurs jours en compagnie d'une fille, demeurant rue Kléber.

Il avait dit à cette femme qu'il s'appelait Omnès Gabriel et qu'il devait se rendre sous peu à Lorient. 


Il y a quelques jours, il prit, en effet, le train, mais il s'arrêta à Landerneau,

d'où il se dirigea vers la commune de Kerlouan, en quête d'un nouveau coup à faire.

Il ne perdit pas de temps.

Hier, il commettait un nouveau vol de 900 fr. et il reprenait la diligence pour Landerneau.

Cet exploit devait être le dernier, au moins de quelque temps. M. Frétaud, procureur de la République, ayant acquis la conviction que cet individu s'appelait réellement Omnès et qu'il était né à Trégarantec, décernait contre lui un mandat d'amener, et hier, la gendarmerie de Landerneau le cueillait à l'arrivée de la voiture de Kerlouan.

Omnès, qui n'a jamais servi dans la flotte que comme simple matelot, s'était payé un costume de second-maître.

Il est arrivé hier à Brest, par le train de midi vingt huit.


Après avoir été interrogé par M. Frétaud, procureur de la République,

ce faux second-maître a été écroué au Bouguen.

Quelques nouveaux détails


Après sa campagne de Porspoder et de Plouguin, Omnès a passé une dizaine de jours à Brest.

Il dépensait beaucoup d'argent et, circonstance assez curieuse, on assure qu'il avait cultivé l'amitié

de la bonne d'Eva Barbier, la maîtresse de Le Bozec, arrêté pour le vol de la caisse d'Epargne .

Omnès avait dit à sa mère, qui habite Trégarantec, qu'il avait été fait second-maître

pour sa belle conduite au Tonkin.

Vendredi 3 Février 1893

Le faux Second-maître Omnès

Le faux second-maître Omnès (Gabriel), que la gendarmerie de Landerneau a arrêté et conduit avant-hier

à Brest,était en pension depuis assez longtemps chez M. Le Gall, débitant rue Kléber.

II avait loué dans la maison de M. Le Gall une chambre meublée qu'il payait 25 fr. par mois, et où il habitait

avec sa maîtresse, Marianne S..., de Châteaulin, ancienne bonne d'Eva Barbier. 


Omnès et sa maîtresse mangeaient chez M. Le Gall; les soirées se passaient, soit au théâtre,

soit dans les concerts. 

Le faux second-maître était d'une grande générosité, et il avait toujours sur lui beaucoup d’argent.

De temps en temps il s’absentait, disant qu’il allait en permission dans sa famille ;

mais ses absences ne duraient pas plus de deux ou trois jours, le temps, sans doute, de remplir à nouveau son gousset vide. 

Le jour de son prétendu départ pour Lorient, il voulut persuader sa maîtresse de l'accompagner,

en lui disant qu'il venait de toucher un héritage de 13,000 fr.

Mais Marianne S... refusa de le suivre. il avait bien pris un billet de 3ème cl. de Brest à Lorient. 


Omnès ne portait pas toujours le costume de second-maître.

On le voyait quelquefois dans les rues en marin breveté.

Les personnes qui le voyaient ainsi dépenser sans compter avaient généralement des soupçons

sur la nature de ses ressources.

L'une d'elles aurait même dit à M. Le Gall : « Ce doit être le second-maître qui a volé à Plouguin. » 


Omnès, qui avait encore 800 fr. sur lui au moment de son arrestation,

a été inerrogé hier par M. Guicheteau, juge d'instruction. 

Mercredi 8 Février 1893

Pour un temple fermé - Affaire du faux second-maître Omnès

A la suite de l'arrestation du faux second-maître Omnès, qui avait logé chez lui, et dont il avait négligé d'inscrire

le nom sur son cahier de logeur, le nommé Le Gonidec Yves, tenancier d'une maison de la rue Kléber,

vit son établissement fermé par mesure de police.

Furieux, il se vengea en maltraitant sa femme, qui a déposé une plainte. 
Le Gonidec a, paraît-il. quitté Brest.

Vendredi 10 Février 1893

Au Palais - Affaire du faux second-maître Omnès

Le faux second-maître Omnès Gabriel, l'auteur des vols de Porspoder, Plouguin et Kerlouan,

a été extrait hier de la prison du Bouguen et conduit au palais dans la voiture cellulaire.

A deux heures, il était interrogé par M. Guicheteau, juge d'instruction.

Après cet interrogatoire, M. Guicheteau a entendu plusieurs habitants de Plouguin

et les a confrontés avec le faux second-maître. 

M. Prévost, préposé en chef de l'octroi de Brest, a été ensuite interrogé. 

Jeudi 2 Février 1893

Les Exploits d'un faux Second-maître

M. Guicheteau, juge d'instruction, a interrogé hier, à deux heures de l'après-midi,

le faux second-maître Omnès Gabriel. 

Après cet interrogatoire, M. Guicheteau a entendu la déposition de Mme Ségalen, 

cultivatrice à Kerarziou, en Plabennec. 

Ce témoin avait vu Omnès sortir de la maison du sieur Le Bras, cultivateur au même village,

chez lequel il avait volé 176 francs. 

Omnès, qui ne reconnaît qu'une partie des vols qui lui sont reprochés, a été ensuite confronté avec Mme Ségalen. 

Dimanche 14 Mai 1893

Une évasion de la voiture cellulaire du malfrat Omnès

Une évasion de la voiture cellulaire. 


On se rappelle peut être l'arrestation de ce voleur, Omnès Gabriel, qui, tantôt portant l'uniforme de second maître ou celui de marin breveté, tantôt habillé en civil, fut pendant quelque temps la terreur des communes de Plouguin 

et de Porspoder, sur le territoire desquelles il dévalisait les fermes, pendant que les cultivateurs étaient aux champs. 

Quand il s'était ainsi procuré un peu d'argent, Omnès venait à Brest et dépensait dans les tripots,

avec une fille Marianne Poulmarch, sa maîtresse, l'argent qu'il avait dérobé ;

la somme épuisée, il partait de nouveau pour la campagne et commettait de nouveaux vols. 

Les paysans avaient, de concert avec la gendarmerie, organisé des battues sans résultats, lorsque, le 2 février, Omnès fut arrêté par la gendarmerie de Landerneau, 

peu de temps après avoir commis un vol de 800 francs à Kerlouan.

 

Transféré à Brest, il fut écroué à la prison du Bouguen.

Quelques jours après, M. Guicheteau, juge d'instruction, l'interrogeait et le confrontait

avec sa maîtresse et différents témoins. 


Hier matin, Omnès était extrait du Bouguen et conduit au palais en voiture cellulaire; dans l'après-midi, il subissait un nouvel interrogatoire du juge d'instruction, et à 5 h, ainsi que plusieurs prisonniers, parmi lesquels Mlle Prévost, il réintégrait la voiture cellulaire et en route pour le Bouguen. 

Le brigadier Le Hir, chargé de la conduite des prisonniers et qui, ceux-ci enfermés, avait verrouillé la porte de la voiture cellulaire, était assis près du conducteur.

 

Mais, arrivé au Bouguen, quelle ne fut pas sa stupéfaction lorsqu'il vit grande ouverte la porte qu'il avait si bien fermée : Omnès avait pris la clef des champs !

On prévint immédiatement la police, le procureur de la République et la gendarmerie, et les agents de la sûreté, sous les ordres du brigadier Michas, se lançaient à la recherche du fugitif.

On suppose qu'Omnès a pu ouvrir la porte de la voiture cellulaire pendant la montée de la côte assez rapide qui est entre la grille du Moulin-à-Poudre et le Bouguen. 

Au moment de sa fuite, Omnès était habillé d'un pantalon et d'un veston bleu marine et coiffé d'une casquette;

il porte toute sa barbe, de couleur noire, et a la figure pâle...

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