Fenêtres sur le passé

1939

Philomène Jouêtre
L'enterrée vive de Saint Eutrope
par Pierre Avez

Source : La Dépêche de Brest 26-27-28 janvier 1939

 

Le docteur Lefebvre ne savait où donner de la tête.

Depuis sept mois que l'épidémie de choléra exerçait ses ravages sur la région de Morlaix,

il n'avait pas passé une nuit entière dans son lit.

 

Aussitôt rentré, il lui fallait repartir pour de nouvelles visites.

Les deux chevaux de son écurie étaient fourbus, et, pourtant, ils se relayaient toutes les six heures.

Quant au cocher, il ne cessait de maugréer, jurant qu'on voulait sa mort et qu'on n'avait jamais imposé pareil train d'enfer à un chrétien.

 

Le médecin laissait dire.

La fatigue et les soucis de sa clientèle le laissaient insensible aux criailleries de son domestique.

Tout le long de la route, il somnolait dans les couvertures de son tilbury.

 

Le 30 septembre 1867, vers six heures et demie du soir, rentré d'une tournée harassante,

il s'apprêtait à souper, lorsque la cloche du vestibule retentit.

 

Il jeta à sa servante : « Si c'est pour une visite, je n'y suis pas ».

 

La jeune fille parlementa quelque temps à la porte et revint en disant :

« C'est un jeune homme de Saint-Eutrope, un nommé Jouêtre, du village de Boastre.

Sa sœur vient de tomber brusquement malade avec des maux de ventre intolérables.

Il croit que c'est la maladie chaude (la fièvre typhoïde)...

 

— Fais-le entrer, trancha le médecin, chez qui la conscience professionnelle reprenait aussitôt le pas sur toute autre considération égoïste.

 

Le jeune homme parut sur le seuil de la salle à manger, l'air timide, embarrassé.

Il était venu à cheval, par des sentiers que les grandes pluies de septembre avaient transformés en fondrières.

La boue luisait en carapaces sur le bas de ses pantalons et ses habits ruisselaient.

 

Encore tout échauffé par la course à bride abattue qu'il venait de fournir, il expliqua, à mots entrecoupés,

que sa sœur était dans l'aire à ventiler de la bale, lorsque, vers cinq heures, elle rentra à la maison,

la figure toute changée, en se plaignant de douleurs par tout le corps et principalement au ventre.

Puis étaient venus des vomissements, des crampes, de fortes coliques.

 

On l'avait couchée ;

on lui avait fait des applications de bouteilles d'eau chaude et de cataplasmes de moutarde.

Le jeune homme disait : des « cartablasmes », mais nul ne songeait à en sourire, tellement il avait l'air désolé.

 

Le visage du docteur Lefebvre se rembrunit.

Est-ce que par hasard ?... Il dit au jeune homme :

« Qu'on continue le traitement.

Je serai là-bas dans trois quarts d'heure.

Annaïk, sers-moi vite un morceau ».

 

*

**

 

La fermière accourut au bruit des grelots de l’attelage et se jeta dans des explications confuses comme un leitmotiv, cette lamentation :

— Je lui avais pourtant dit qu'elle se fatiguait trop.

Elle ne voulait jamais m'écouter.

 

Le médecin, impatienté, la précéda dans la maison.

Au premier coup d'œil il fut fixé.

Cyanose, crampes violentes, refroidissement, évacuation involontaire, suppression du pouls, yeux excavés :

Rien ne manquait des symptômes d'une attaque foudroyante du choléra.

 

Il ne put s'empêcher de hocher la tête d'un air navré.

La pauvre mère remarqua ce signe de découragement et fondit en larmes.

 

— Pleurer n'arrange pas les choses. Allez me chercher de l'alcool.

Je vais la frictionner, ordonna le docteur Lefebvre du ton bourru d'un homme qui ne veut pas laisser voir son émotion.

 

Au bout de trois quarts d'heure, voyant qu'aucune réaction n'était possible et que l'état de la malade allait toujours s'empirant, il partit en laissant une fiole de médicament et en promettant de revenir le lendemain matin.

Mais il ne cacha pas à la personne qui le reconduisait que Philomène, étant atteinte du choléra, ne passerait vraisemblablement pas la nuit et qu'il était urgent d'appeler un prêtre.

 

Vers dix heures du soir, la voiture du médecin amenait au Boastre l'abbé Cloarec, curé de la paroisse de Saint-Mathieu de Morlaix, confesseur habituel de la moribonde, qui lui administra les derniers sacrements et constata qu'elle avait la peau visqueuse, ce qui lui parut un symptôme fâcheux pour une cholérique.

Puis il ne tarda à pas à se retirer, car de nombreux fidèles réclamaient son ministère.

 

À onze heures, la patiente tomba dans une grande prostration, ne laissant échapper, de temps à autre,

qu'un profond soupir.

 

Une heure plus tard, elle était morte et les sanglots des assistants couvrirent le timbre clair et joyeux de l'horloge sonnant minuit.

 

Morte à 23 ans, dans la fleur de l’âge, alors que l’avenir venait à peine de s’ouvrir devant elle.

C’était une belle fille que cette Philomène Jouêtre saine, robuste, bien en chair.

 

Certes, le jeune homme qui serait entré gendre au Boastre n'aurait pas eu à se plaindre, car, si la fille était jolie et sage, la belle-mère avait des terres au soleil, beaucoup de vaches dans ses étables, de grain dans ses huches,

de draps dans ses armoires, un bas de laine bien garni.

Ne disait-on pas justement ?...

 

Il avait suffi de douze heures pour anéantir toutes ces espérances.

 

Maintenant, Philomène repose dans la chapelle funéraire dressée sur la table commune.

Tout est blanc autour d’elle.

On dirait qu’elle célèbre ses fiançailles avec la mort.

 

Les chandelles de cire se consument en flammes vacillantes, avec un grésillement imperceptible et ce parfum si fade, vaguement écœurant

 

Les voisins qu'on avait tenus écartés du lit de la malade, par crainte de la contagion,

se pressent autour de sa couche funèbre.

Aucun danger ne saurait empêcher ces Bretons pieux d'apporter à une chrétienne le suprême secours de leurs prières.

 

Partout, sur le sol en terre battue, sur le seuil du foyer, hommes et femmes à genoux, répondent à haute voix aux prières bretonnes que la pedennerez, prieuse salariée, lit dans un épais psautier.

Et quand, forcés de céder la place à de nouveaux arrivants, ils se lèvent pour prendre le buis bénit dans l'assiette blanche, c'est, à peine s’ils osent jeter les yeux vers la morte, dont on n’aperçoit que le visage, figé parmi les cheveux épars et les doigts noués dans un geste d'imploration.

 

Il demeure, ce visage, étonnamment beau et clair ; les joues ne sont pas décomposées et conservent leur coloration.

Personne ne songe à un reste de vie qui s'attarderait dans ce corps, surpris par la maladie en pleine santé, en pleine jeunesse.

Et ceux qui ont remarqué cette fraîcheur insolite ne l'attribuent au reflet des chandelles ou à celui, tout intérieur, d'une âme pure, en paix avec son Dieu.

 

Pourtant, vers huit heures du matin, une des femmes qui avaient procédé à l'ensevelissement se pencha vers sa voisine en chuchotant :

« C'est curieux, Césaïk. Maintenant, elle a les yeux ouverts.

On dirait que ses joues se sont empourprées. »

L'autre frissonna :

« Il paraît que lorsque les yeux s'ouvrent ainsi, c'est un présage de mort pour une personne de la famille. »

 

Elle poussa un cri.

Le chat de la maison, un bel angora noir, aux yeux de phosphore, venait de sauter d'un bond sur le linceul.

0n le chassa avec des « chut ! » indignés.

 

À l'autre bout de la pièce, la pauvre mère sanglotait sans arrêt, le visage dans son mouchoir.

Dehors traînaient sinistrement des ululements de chouettes.

Jim Sévellec

Le mardi 1er octobre 1867, la paroisse de Saint-Eutrope était en liesse.

On venait de célébrer, ce jour-là, deux mariages, dont celui du domestique du sacristain, un nommé Yves Lescour,

qui épousait une vachère.

Le repas avait été servi au village et les invités y avaient fait largement honneur.

À cinq heures et demie, ils se trouvaient encore dans la salle d'auberge à fumer des pipes,

boire des gouttes d'eau-de-vie, jouer aux dominos et menaient grand tapage, quand l'aubergiste, qui prenait le frais sur le seuil de sa porte, leur cria en breton :

« La paix ! Voici l'enterrement de Philomène Jouêtre qui arrive ».

 

Ils se turent aussitôt et sortirent, tête nue, se ranger sur le passage du convoi funèbre qui avançait lentement

au son du glas.

Devant le cercueil porté sur une charrette, venaient le recteur, en surplis, et les enfants de chœur à la voix criarde de fausset, puis la famille :

Quarante personnes au moins (les hommes en noir ; les femmes perdues dans leurs mantelets de drap noir aux capuchons doublés de velours), la foule, enfin, des voisins et des amis.

 

— Tiens ! souffla quelqu'un. Le cercueil est sur une charrette.

 

Le sacristain, qui était de la noce, expliqua :

 

— M. le maire a dit qu'il pourrait y avoir inconvénient pour les porteurs à respirer les émanations du cadavre.

Et je trouve qu'il a raison, car nos cercueils de campagne sont construits en planche de sapin,

minces et souvent mal jointes.

On ne saurait prendre trop de précautions contre le choléra.

 

Ce mot jeta un froid dans le groupe et, aussitôt que le convoi eût pénétré dans le petit cimetière cernant l'église, quelqu'un jeta :

« On dit que le rhum est très bon contre le choléra. Je paie une tournée, les gâs ».

 

*

**

 

La « carabassen » (lisez servante-intendante) de M. le recteur de Saint-Eutrope, une vieille fille de 70 ans, au visage tout ridé dans sa coiffe « touquen », surveillait amoureusement une gibelotte de lapin qui mijotait dans la cheminée, lorsqu'on frappa à la porte de la cuisine.

Toute à son office, elle n'y prit garde.

Une tête passa dans l'huis et appela :

— Marie-Anne ?

 

La carabassen se détourna. 

— Ah ! c'est vous, Rolland ? Vous m'avez fait peur.

 

Et moi, alors, qu'est-ce que je pourrais dire ?

Si vous saviez ce qui m'arrive.

Figurez-vous que j'étais en train de combler la fosse où l'on venait de descendre le cercueil de Philomène,

vous savez Philomène du Boastre, celle qui est morte du choléra.

J’avais déjà jeté de la terre sur les pieds et je commençais avec la tête, lorsque j'entendis frapper neuf ou dix coups bien distincts.

Je suis sûr que ça vient de la fosse.

 

— Pas possible, s'effara la vieille.

— Aussi vrai que le bon Dieu est mort sur la croix, dit l'autre en se signant.

Est-ce que M. le recteur est là ?

 

— Il dit son bréviaire et quand il dit son bréviaire...

C'est un saint homme...

Mais il vaut mieux ne pas le déranger.

Je vais aller avec vous.

 

Elle prit son châle.

Ils coururent vers la fosse, se penchèrent, l'oreille aux aguets. 

— Vous n'entendez pas ? souffla le fossoyeur... comme des coups ?

 

La vieille, toute remuée, hocha la tête en signe d'assentiment. 

— Doué Kéas ! il faut aller prévenir M. le recteur.

 

Le recteur, mis au courant, n'en voulut pas croire les oreilles du fossoyeur et de sa servante.

— Toi, Rolland, tu es bien rouge et tu sens l'alcool.

Quant à Marie-Anne, elle n'entend pas clair, j'en fais, tous les jours, l'expérience.

Rassurez-vous, mes amis, les bruits que vous avez entendus provenaient sans doute des tombes voisines.

Le sacristain Jégou, que tu remplaces aujourd'hui, te dirait que le cimetière est si petit que, chaque fois qu'on y creuse une fosse, on se trouve à toucher quatre cercueils environnants.

Quant à moi, il m'est souvent arrivé, le soir, d'entendre, de ma chambre, le bruit des cercueils qui se fendent.

Rolland insista.

Je vous assure, M. le recteur.

J'ai entendu comme qui dirait que vous frapperiez avec le doigt sur cette table.

 

L'abbé Thomas coupa court à la démonstration :

— Va chercher d'autres témoins et tâche d'en trouver qui ne soient pas saouls.

Avec ces noces, ça ne sera guère facile.

 

Dix minutes plus tard, Rolland était de retour à la cure avec les nommés Ollivier Orven et Jean-Marie Fustec.

Ceux-ci confirmèrent les dires du fossoyeur.

 

Cette fois le recteur fut ébranlé.

— Je m'en vais voir.

Courez tous les trois chercher le médecin de Plouigneau.

 

Il y avait déjà, autour de la fosse, de nombreux curieux avec des lanternes allumées.

Certains prétendaient entendre du bruit, d'autres ne percevaient rien.

À vrai dire, ils étaient tous fortement pris de boisson.

Ils s'écartèrent à l'arrivée du prêtre.

Celui-ci ordonna au sacristain Jégou, fossoyeur en titre, de déblayer la terre qui recouvrait la châsse,

puis il écouta attentivement.

Rien.

Il se coucha sur le sol.

Un bruit très faible lui parvint alors, un bruit indistinct qu'il attribua aux échos du village.

Une charrette passait sur la place et une femme fendait du bois sur le seuil de sa cuisine,

à moins de vingt mètres de là.

Toutefois, par acquit de conscience, il se pencha au-dessus de la fosse et cria, en breton, à diverses reprises :

« Si tu m'entends, Philomène, réponds oui ».

Bien entendu, il ne reçut pas de réponse.

 

Pour faciliter l'aération de la bière, il commanda alors d'entrebâiller le couvercle qui était fixé par de simples crochets et non cloués, mais n’osa en faire d’avantage.

 

Et pourtant, qui sait si des soins énergiques, donnés à ce moment, n’eussent pas réussi à ranimer la malheureuse.

 

*

**

 

Après une marche forcée d'une demi-heure, dans le chemin boueux et accidenté qui joint la trêve de Saint-Eutrope au chef-lieu de Plouigneau, le fossoyeur Rolland et son compagnon Orven arrivèrent à la grille du docteur Roger.

Fort heureusement, celui-ci était chez lui.

Il fut fort étonné du récit extraordinaire que lui firent les deux envoyés du recteur, mais le nom de ce saint homme l'assurant qu'il n'avait pas affaire à deux mauvais plaisants, il enfila sa peau de bique, chaussa ses gros sabots de hêtre, prit sa trousse, enfourcha son cheval et disparut dans la nuit.

 

Ayant rempli leur mission, nos deux messagers n'eurent rien de plus pressé que d’aller se faire servir à boire à l'auberge la plus proche.

La course leur avait donné soif et, pour tout dire, ils se souciaient peu d'être obligés d'assister à la résurrection de l'héritière du Boastre.

C'était assez d'émotions comme cela.

 

Bien entendu, ils bavardèrent.

Les vapeurs du « flip » aidant, l'histoire prit dans leurs bouches, une tournure encore plus dramatique.

L'aubergiste s'en fut réveiller ses voisins pour leur conter la chose.

Il savait bien ce qu'il faisait, le malin !

Bientôt, son cabaret était plein de consommateurs.

Tant il est vrai qu'on ne perd jamais une occasion de boire en Bretagne !

 

Le lendemain, les bruits les plus extravagants circulaient dans le pays.

On racontait que l'enterrée vive avait crié de son cercueil :

« Ma mère, tirez-moi d'ici. M. le curé, ne me laissez plus ici », et d’autres macabres balivernes.

Jim Sévellec

Certes, le docteur Roger, avec ses cinquante-quatre ans bien sonnés, en avait vu de toutes les couleurs, depuis le temps qu'il exerçait la médecine de campagne ; mais jamais encore il ne s'était trouvé dans une telle situation.

Son premier soin, en arrivant au cimetière de Saint-Eutrope, où se pressait, dans l'ombre, une véritable cohue, fut de s'assurer de la réalité des bruits entendus.

Plusieurs témoins furent formels.

Le recteur lui-même, victime peut-être de cette psychose collective que dégageait une foule émue au plus haut point, ne contesta pas la chose.

 

Le médecin se décida alors à faire monter la châsse et la découvrit devant cinquante spectateurs haletants,

qui se poussaient pour mieux voir, tandis que les femmes, au second plan, à genoux sur les tombes voisines, imploraient à haute voix, « Va Doué ! Va Doué ! », en égrenant fébrilement leur chapelet.

Le recteur, lui, s'était écarté par pudeur.

 

Le linceul, un drap neuf de cette toile quasi inusable qu'on fabriquait alors au Relecq, était cousu avec un gros fil et ensachait complètement le corps.

Il était tellement chiffonné vers le haut et formait tant de plis que le docteur Roger pensa tout de suite que la tête avait beaucoup remué depuis l'ensevelissement.

Les pieds paraissaient avoir été agités de mouvements frénétiques.

La partie du suaire qui recouvrait la bouche et le nez était trempée, comme sous l'effet d'une respiration abondante.

Aucune odeur fétide, aucune viscosité n'indiquait qu'on se trouvât en présence de déjections et le couvercle du cercueil ne révéla aucune infiltration, aucune fêlure.

 

La tête et les pieds étaient fortement inclinés du côté droit.

Cette position anormale devait-elle être attribuée aux cahots de la route (une lieue et demie par des chemins défoncés) ou aux mouvements répétés de la malheureuse ?

Le médecin pencha pour cette seconde explication.

 

Il tremblait, son front était moite et son cœur battait bien fort quand il porta la main au suaire pour en défaire les plis.

Malgré l'épouvante qui dilatait leurs yeux,

les assistants se penchèrent davantage dans la crainte (oui, la crainte) d'un miracle.

Un vent de folie tourbillonna sur le cimetière, scandé par les Ave Maria et les De profondis.

Quelque part, un chien hurlait à la mort.

 

À la lueur clignotante des lanternes, le visage de Philomène Jouêtre apparut nettement coloré ;

les joues, les lèvres gardaient le rose de la vie.

Le praticien constata que la chaleur était normale et qu’il n’existait pas de rigidité cadavérique.

Il crut voir aussi un mouvement des paupières et celles-ci soulevées, l’œil apparut, vierge de tout voile glaireux.

Il ouvrit la bouche sans difficulté, pour palper la langue qui était chaude et la mâchoire, qu'il avait écartée, se referma d'elle-même.

De même, le bras droit, qui était infléchi sur la poitrine, reprit tout seul sa position première,

après avoir été aisément allongé.

Les doigts présentaient la même mobilité et la lumière d'une bougie démontra qu'ils étaient translucides.

À la palpation, l'artère carotide avait comme des frémissements.

Une contre-épreuve, pratiquée sur le front, donna un résultat négatif.

Pour s'assurer qu'il n'était pas victime d'une illusion, le médecin fit répéter l'expérience par plusieurs des assistants parmi les moins ivres, et ceux-ci confirmèrent ses constatations.

 

Soucieux de pousser plus loin ses investigations, il découvrit le haut du linceul et défit la chemise.

La poitrine était tiède et les battements du cœur restaient encore sensibles à l'auscultation.

 

Cet examen sommaire convainquit le docteur Roger que la vie n'avait pas encore entièrement quitté le corps de Philomène Jouêtre.

Il tenta de provoquer une réaction, en promenant dans les narines un papier imprégné d'ammoniaque, s'efforça de rétablir la respiration en exerçant des pressions alternatives sur la poitrine.

Rien n'y fit.

 

Il se redressa alors et, après avoir conféré avec le recteur, tint aux assistants le discours suivant, qu'il devait reproduire dans son rapport à l'administration préfectorale :

 

— Cette jeune fille que j'ai tant de regret de ne pouvoir ramener à la vie est, pour moi, dans la position d'une bougie dont la flamme est éteinte, mais dont la mèche brûle encore faiblement.

Rien au monde ne peut désormais l'arracher à la mort, mais si l'un de vous venait me demander à enterrer une personne dans cet état, je répondrais :

« Ne le faites pas ».

Aussi, en l'absence de la famille, éloignée de six kilomètres, il convient de la mettre dans une maison et comme vos cabanes sont ouvertes à tous les vents, mettez-la dans votre église et demain on pourra procéder, sans crainte, à une autre inhumation.

 

Ainsi fut fait.

Six hommes portèrent le cercueil dans l'église et le déposèrent sur le catafalque.

Le sacristain alluma deux cierges et la veillée funèbre recommença.

De temps en temps, une veilleuse se levait pour tâter le visage de Philomène, qui se refroidissait d’heure en heure.

Vers deux heures du matin, le sacristain ayant constaté que le corps était glacé et rigide, donna le signal de la retraite.

Ils échappaient de justesse au miracle et en éprouvaient une satisfaction inavouée.

 

*

**

 

Inutile de dire que bien des sommeils furent hantés, cette nuit-là, par d'affreux cauchemars.

Levé dès six heures, le sacristain Jégou, qui était en même temps conseiller municipal de la commune de Plougonven, dont dépendait la trêve de Saint-Eutrope, s'en alla trouver le maire, M. de Roquefeuil, et lui fit un récit circonstancié des événements de la veille.

Le magistrat entra dans une violente colère.

Comment ! une chose aussi extraordinaire avait pu se passer sur le territoire de sa commune sans que nul n'eût songé à le faire quérir !

Il avait pourtant son mot à dire.

S'il s'était trouvé là, il n'aurait pas manqué, lui, de prendre des mesures énergiques.

Peut-être que des soins immédiats eussent suffi pour ranimer la malheureuse Philomène.

Et voilà qu'on l'avait laissée dans sa bière de 7 heures à 8 heures, puis, toute la nuit, dans l'église humide

de Saint-Eutrope, ouverte à tous les vents, sans autre défense contre le froid que son cercueil et un suaire.

Quelle criminelle incurie !

 

— Enfin, bougonna-t-il, puisque vous m'affirmez qu'elle est bien morte cette fois,

je vais vous délivrer un permis d'inhumer.

Mais je ne vous fais pas mes compliments, à vous et à vos concitoyens.

 

Le sacristain tenta une explication. 

— Nous avons été tellement bouleversés.

— Dites plutôt que vous étiez tous ivres, rétorqua sévèrement le maire.

 

Au fond, cette mauvaise humeur cachait une certaine inquiétude.

Le premier permis d'inhumer portait la signature du secrétaire de mairie et non pas, comme il se devait,

celle du maire.

Ne lui reprocherait-on pas, à la préfecture, de négliger ses fonctions ?

Il y avait, dans la commune, une faction de jacobins qui ne manquerait pas de s'emparer de l'événement pour aller clamer partout :

« Voyez comme vous êtes administrés.

Pour une fois qu'on avait besoin du maire, il n'était pas là.

M. le comte chassait à courre pendant qu'on enterrait vivante une des vôtres ».

 

Un autre qui n'était pas trop rassuré, c'était le docteur Roger.

Scrupuleux et timoré à l'excès, il se demandait, en son for intérieur, s'il avait vraiment tenté tout ce qui était humainement possible en la circonstance.

Si on allait lui faire grief de ses hésitations !

Les gens sont si mal intentionnés !

Ne disait-on pas que Philomène Jouêtre s'était arraché les cheveux de désespoir et rongé les doigts lorsqu'elle s'était réveillée, impuissante, au fond de son cercueil ?

Il jugea que le mieux était de couper court à ces racontars et résolut d'aller faire son rapport à la sous-préfecture.

Jim Sévellec

Vers la fin de la matinée, le procureur impérial recevait la visite du sous-préfet.

Il ne put réprimer un sursaut à l'énoncé des faits.

Quelle lugubre affaire !

 

Ayant longuement étudié l'aspect juridique de la question, il décida d'ouvrir une information contre personne non dénommée, pour infraction aux lois sur les inhumations.

 

Dès une heure de l'après-midi, son substitut Châtain et le juge d'instruction Cabrye, assistés du greffier Guézennec et d'un sieur Dourver, interprète de la langue bretonne, se transportaient, en break, au hameau de Saint-Eutrope pour faire leur enquête.

À cinq heures de relevée, ils clôturaient leur procès-verbal, après avoir entendu divers témoins.

 

L'instruction fut menée tambour battant.

Jamais le juge n'avait tenu en mains une affaire aussi extraordinaire.

Il voulait en tirer la quintessence et avait hâte d'être fixé.

Une fois, les dépositions recueillies, son premier soin fut de désigner trois médecins experts,

les docteurs Le Hir, Le Stir et de Forges, de Morlaix, qui s'acquittèrent de leur mission avec la plus grande diligence.

 

Nous ne pouvons mieux faire que de reproduire ici les passages essentiels de leur rapport.

Voici comment ils s'exprimèrent :

« En analysant les dépositions de M. Roger, on est immédiatement frappé du fait que ses premiers actes indiquent une opinion presque faite d'avance.

Il est déjà presque convaincu que la vie n'a pas entièrement abandonné le corps de Philomène Jouêtre.

Ses premières impressions, ses premières recherches ne sont que l'expression de cette idée préconçue.

 

« Il voit tout d'abord dans la position des pieds, de la tête, dans les plis du linceul autour du cou, des signes de mouvements volontaires, avant d'avoir recherché des signes d'une valeur plus réelle.

Le linceul est humide au niveau de la bouche et des fosses nasales et M. Roger n'hésite pas à voir, dans ce fait, l'indice d'une respiration abondante.

 

« Les experts y voient plutôt un phénomène cadavérique.

La respiration, même abondante, n'eût pu produire une pareille humidité et d'ailleurs, à l'ouverture du cercueil, on n'a pu constater aucune apparence de respiration...

 

« Après avoir décousu le linceul, jusqu'au milieu de la poitrine seulement, M. Roger palpe le corps, auquel il reconnaît une chaleur normale.

Jégou fait la même constatation.

Ce signe, d'après les experts, ne serait pas concluant, la chaleur pouvant se conserver une vingtaine d'heures lorsque la mort est survenue après une courte maladie, surtout chez une personne jeune et vigoureuse...

 

« M. Roger trouve le visage coloré, la langue chaude, ses doigts appuyés sur la carotide et sur le cœur lui donnent la sensation de frémissements ou de battements qui s'éteignent et que la circulation se fait encore.

Il y a absence complète de rigidité.

 

« Il est à regretter que le corps n'ait pas été retiré du cercueil et que le linceul n'ait pas été entièrement décousu.

Si la circulation se faisait encore, c'était le cas d'essayer de la rétablir complètement en ouvrant une veine, d'agir sur les voies respiratoires, de maintenir par des moyens appropriés la chaleur du corps, normale à ses dires et de continuer ses tentatives jusqu'à ce qu'il ait été bien assuré qu'elles ne pouvaient produire aucun résultat.

 

En ce qui concerne les frémissements ou les battements de la carotide et du cœur, M. Roger a très bien pu être trompé par ses sens, dans l'état d'émotion naturelle qu'il devait éprouver, entouré qu'il était de personnes surexcitées, après la course rapide qu'il venait de fournir.

C'est si vrai que lorsque la circulation est accélérée, on peut sentir des battements en appliquant le doigt sur un corps inerte.

 

« Les experts n'accordent pas plus de valeur aux prétendus bruits sortant de la fosse.

Les témoins sont en désaccord sur leur existence et il faut se défier d'impressions à ce point subjectives et contradictoires.

 

« D'autre part, Marie-Jeanne Le Duc, qui a procédé à l'ensevelissement de Philomène Jouêtre, lui a touché les mains et le visage qu'elle a trouvés froids.

 

« C'est en vain qu'elle essaya de lui ouvrir les mains et la raideur des bras était telle qu'elle eût de la peine à lui passer une chemise... »

 

Et les experts concluaient dans ces termes :

 

« Les experts soussignés ne peuvent, en conséquence, s'empêcher de déclarer à l'unanimité que, de l'ensemble des documents qui leur ont été soumis et surtout de l'absence presque complète de tentatives sérieuses faites par M. Roger pour rappeler la vie chez Philomène Jouêtre, il ne résulte pas, pour eux, que cette jeune fille ne fût pas morte lorsqu'elle a été inhumée et qu'elle ait pu donner quelques signes de vie lors de son exhumation.»

 

Ainsi donc, les experts morlaisiens faisaient table rase des constatations de leur collègue de Plouigneau.

L'affaire se termina par un non-lieu.

 

N'empêche que l'opinion publique et le docteur Roger persistèrent à croire et à affirmer que Philomène Jouêtre avait bien été enterrée vivante.

 

Des personnes certainement mal intentionnées, chuchotèrent que les conclusions négatives des experts avaient été en partie inspirées par le peu de considération où ils tenaient leur confrère de Plouigneau, simple officier de santé, par le désir d'étouffer une affaire malheureuse qui ne pouvait que jeter le trouble parmi la population, sans profit pour personne, par le souci charitable d'épargner aux parents de Philomène Jouêtre les affres d'un doute effroyable.

 

Nous nous garderons bien de prendre parti dans cette querelle médicale.

Disons, cependant, que, si fortement motivée qu'il fût, le rapport des experts n'anéantissait pas toutes les constatations matérielles de Roger, dont certaines étaient corroborées par d'autres témoignages.

 

Ou bien alors, il faudrait admettre que le médecin de Plouigneau n'était qu'une vieille barbe ou un imposteur.

 

Tel n'était point l'avis de M. Haslé, rédacteur en chef de L'Écho de Morlaix, « feuille d'annonces », qui,

dans son numéro du 12 octobre 1867, terminait ainsi la relation de l'affaire :

 

« M. Roger, médecin à Plouigneau, qui a été appelé dans cette triste circonstance, et à qui nous avons demandé son rapport, a bien voulu se rendre à notre demande.

Nous avons pensé qu'une note émanant d'un homme que recommandent ses grades dans l'Université et les distinctions dont il a été l'objet, tant de la part de l'Académie de médecine et du gouvernement

que de la Société de médecine de Gand (Belgique), valait mieux que les « on-dit » qui courent sur cette affaire. »

 

L'énigme reste donc entière.

Philomène était-elle vraiment morte ou simplement en état de léthargie ou de catalepsie, ainsi que l'ont prétendu diverses personnes, qui insinuèrent qu'elle était sujette à des crises nerveuses (et le fait fut énergiquement démenti par la famille et son médecin habituel ?) mais ceci ne prouve pas grand'chose.

Nul ne le saura jamais.

Nous avons tenu à visiter le petit village de Saint-Eutrope, qui fut le théâtre de cette dramatique affaire.

Une colline exposée.

Quinze feux.

Une humble église dont le porche, en ce jour de tempête, est envahi par l'eau.

Tout autour, l'étroit cimetière, effondré sous la pluie, avec ses tombes de guingois et ses caveaux fendus.

Nulle dalle ne marque plus le souvenir de l'enterrée vive.

Vivante, elle fut peu de chose ; morte, elle n'est qu'un peu de cendre (où dispersée ?) et beaucoup d'oubli.

 

Le seul survivant que nous ayons retrouvé de l'époque est une bonne vieille mamm goz de 85 ans,

que nos  questions précises semblent laisser indifférente.

 

Par exemple, elle ne tarit pas sur le chapitre de son dernier mariage.

Elle avait 6o ans quand elle convola pour la troisième fois avec un veuf de trois ans son aîné.

 

« Ce fut — s'extasie-t-elle encore — un beau mariage, avec six prêtres et un feu d'artifice ».

Sans doute, les pétards du charivari.

 

Quelques personnes plus jeunes ont recueilli, dans la bouche de leurs parents, les échos de cette macabre histoire qui eût enchanté Edgar Poë et fourni un thème affolant aux spécialistes du théâtre d'épouvante.

 

Toutes demeurent convaincues que Philomène Jouêtre n'était pas morte quand elle fut mise au tombeau.

 

Après tout, c'est bien possible.

Comme dit Shakespeare, et ce sera là notre conclusion :

« Il y a plus de choses entre le ciel et la terre que notre philosophie n'en peut concevoir. »

 

FIN

Source : Le Courrier de La Rochelle – 19 octobre 1867

 

— On lit dans L’Écho de Morlaix :

 

Vendredi dernier, au moment de mettre sous presse, on nous communiquait quelques détails

au sujet d’une inhumation trop précipitée qui avait été faite le 2 de ce mois, au bourg de Saint-Eutrope,

trêve de la commune de Plongonven.

Nous avons préféré attendre jusqu’à ce jour afin d’être bien informé.

 

» De mardi 1er octobre, Philomène Jouêtre, âgée de vingt-cinq ans, cultivatrice au village de Boastre, se plaignit, vers cinq heures du soir, d’un violent mal de tête et d’un froid intense.

Elle se coucha sur l’invitation de sa mère, qui s’empressa de lui donner les premiers soins pendant qu’un de ses frères courait à cheval vers Morlaix pour y chercher un médecin.

M. le docteur Lefebvre accourut en toute hâte et déclara qu’il était d’urgence de faire venir un confesseur.

À peine le prêtre eût-il administré les derniers sacrements à la malade, c’est-à-dire vers minuit, que celle-ci présenta tous les symptômes de la mort ; une heure après on procédait à l’ensevelissement.

 

» Les personnes chargées de ce soin remarquèrent que le corps de la prétendue défunte était encore chaud, particulièrement entre les deux épaules, mais eu égard au peu de temps écoulé depuis son décès, ceci leur parut assez naturel.

 

» Les formalités d’usage furent remplies dans la journée et en considération de la maladie (choléra) dont paraissait avoir succombé la jeune fille, l’inhumation fut ordonnée avant les vingt-quatre heures, elle eut lieu le même jour à cinq heures du soir, 17 heures après le prétendu décès.

 

» Environ une demi-heure après que les personnes qui accompagnaient Philomène Jouètre A sa dernière demeure se furent retirées, le nommé Rolland Yves, aide-fossoyeur , se mit en devoir de combler la fosse, mais quelle ne fut pas son épouvante, lorsqu’à près avoir jeté quelques pelletées de terre sur la bière, il entendit très distinctement et à plusieurs reprises des coups réitérés dans l’intérieur du cercueil.

En proie à une terreur positive, il se rendit en toute hâte au presbytère pour faire part au retour de l’appréhension qu’il avait à continuer sa besogne devant un aussi étonnant prodige.

 

Monsieur le recteur lui aurait conseillé seulement de prendre des témoins pour constater le fait, et de se rendre ensuite à Plouigneau pour chercher un médecin qu’il paierait, dit-il, à ses frais.

 

» Rolland exécuta les ordres du recteur, et cependant sans vouloir dicter des principes d’humanité , nous croyons qu’il eût était plus généreux de procéder immédiatement à l’exhumation de cette jeune fille et de lui prodiguer immédiatement tous les soins que réclamait sa triste position.

Peut-être aurait-on réussi à la sauver en agissant promptement,

 

M. Roger, médecin à Plouigneau , qui a été appelé dans cette triste circonstance , et à qui nous avons demandé son rapport, a bien voulu e rendre à notre demande ; nous avons pensé qu’une note émanant d’un homme que recommandent ses grades dans l’Université et les distinctions dont il a été l’objet, tant de la part de l’Académie de médecine et du gouvernement que de la Société de médecine de Gand (Belgique), quelques mots, disons-nous , d’un tel homme , valent mieux que les on dit qui courent sur cette affaire.

 

» Monsieur le rédacteur de l’Écho de Morlaix,

 

» Vers dix heures du soir, mardi dernier, 1er du courant , sur l’invitation de Monsieur le recteur de Saint-Eutrope, je suis parti de chez moi pour le village de Saint Eutrope , situé à environ 4 kilomètres de ma demeure.

Il s’agissait. me disait-on, de bruits étranges, sortant d’une tombe fraîchement recouverte.

Devant cette tombe, en présence de la multitude qui l’entourait à cette heure relativement avancée de la nuit, j’ai dû commencer par me recueillir.

Après avoir reçu des assistants des preuves certaines que des bruits sortaient du cercueil, je n’ai pas hésité à prendre sur moi la responsabilité d’une exhumation.

 

» La terre venait d’être retirée.

— J’ai fait aussitôt monter la bière qui était intacte — je l’ai enfin découverte en présence de la foule émotionnée.

 

» Le linceul, en très forte toile du pays , était cousu avec un fil des plus résistants et serrait très fortement tout le corps.

La partie qui recouvrait la tête était très chiffonnée, elle formait tellement de plis de chaque côté du cou , qu’il était impossible de ne pas penser tout d’abord , que la tête avait beaucoup remué depuis l’ensevelissement.

Ses pieds paraissaient aussi avoir été agités de mouvements fréquents.

Toute la tête environnant le nez et la bouche était mouillée, au point que nous avons dû regarder s’il n’y avait pas eu une infiltration d’eau à travers le couvercle de la châsse.

Ce couvercle était sec.

En l’absence de mauvaise odeur et de traces de déjections, j'ai pensé à la condensation de la vapeur d’une respiration abondante.

 

» La poitrine étant découverte jusqu’au creux de l’estomac m’a permis de constater qu’il n’y avait pas de rigidité cadavérique, que la contraction musculaire avait encore lieu, que la chaleur était normale, qu’il n’y avait pas de toile glaireuse sur la cornée transparente, que la mâchoire inférieure abaissée assez facilement se redressait, que la transparence des tissus de la main existait toujours, enfin que les battements du cœur n’avaient pas entièrement cessé, mais s’éteignaient.

J’ai agi alors :

1° sur la muqueuse du nez sur laquelle je n’ai pu produire aucune excitation ;

2° sur les muscles inspirateurs en exerçant sur la poitrine des compressions alternatives qui n’ont donné aucun résultat.

 

» J’ai dit alors aux assistants :

« Cette jeune fille que j’ai tant de regret de pouvoir ramener à la vie est, pour moi, dans la position d’une bougie dont la mèche brûle encore faiblement.

Si un de vous venait me demander à enterrer une personne dans cet état, je répondrais :

Ne le faites pas.

Aussi en l’absence de la famille éloignée de 6 kilomètres il convient de la mettre dans une maison ; mais comme vos cabanes sont ouvertes à tous les vents, mettez-là dans votre église et demain on procédera à une autre inhumation.

 

» Voilà monsieur le rédacteur, comment les faits se sont passés.

Les personnes qui ont entendu, les premiers bruits, celles qui ont aidé à l’exhumation étaient bien intentionnées et de bonne volonté.

 

En se rapportant aux circonstances de temps et de lieux, on voit qu’il n’était pas possible d’en faire davantage,

 

L. ROGER. »

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Dernière mise à jour - Décembre 2021