Fenêtres sur le passé

1939

Un hydravion s'écrase sur des maisons à Plomodiern

Source : L’Ouest Éclair 13 janvier 1939

 

Une terrible catastrophe aérienne vient d'endeuiller la marine et notre région.

 

Ce matin, vers 9 h. 15, un hydravion de la marine de la base aéronautique de Lanvéoc-Poulmic,

piloté par le second-maitre Corentin Poudoullec, 23 ans, de Plomodiern,

et ayant à bord le second-maitre mécanicien Collet Pierre-Marie, 28 ans, de Plouha (Côtes-du-Nord)

et deux élèves de l'école de maistrance, Gabriel Verjeu, 19 ans, de Paris, et Louis Le Bot, 22 ans, du Croisic,

s'est écrasé sur des maisons en plein bourg de Plomodiern à 12 kilomètres de Châteaulin et à 5 kilomètres de la mer (baie de Douarnenez).

D'après les premières constatations, il semble que l'appareil

se trouvait en difficultés depuis son passage au Menez-Hom, situé à vol d'oiseau à quatre kilomètres environ de Plomodiern.

 

En arrivant au-dessus de ce bourg, il s'est trouvé

dans l'impossibilité de reprendre de la hauteur et,

malgré les efforts désespérés du pilote,

a commencé à raser des arbres, près du cimetière

 

La catastrophe était inévitable, disent les témoins.

Bien que le pilote ait mis pleins gaz dans une ultime tentative l'hydravion a continué de descendre, abattant des cheminées, rebondissant encore, puis s'écrasant sur le toit d'un hangar,

où il capota dans un fracas épouvantable.

 

Les gens du bourg de Plomodiern qui avaient assisté, muets d'horreur, à la catastrophe,

se précipitèrent au secours des occupants.

 

Les malheureux avaient été projetés hors de l'appareil.

Deux d'entre eux, le second-maitre Poudoullec et Le Bot, étaient morts.

Le troisième, le mécanicien Collet expirait une demi-heure plus tard, sans avoir repris connaissance

 

Par une chance extraordinaire, le quatrième occupant, l'élève de maistrance Verjeu, avait échappé à la mort.

Il se trouvait accroché aux débris de l'appareil, près du fuselage, presque indemne, n'ayant seulement,

on devait le constater ensuite, qu'un pouce cassé et de légères contusions.

 

Immédiatement après la chute de l'appareil, tous les habitants du bourg de Plomodiern accoururent sur les lieux

et ce fut pour apprendre le triste bilan de la catastrophe trois morts,

dont un jeune homme du pays même le second-maitre pilote Poudoullec,

bien connu et estimé de tous, qui venait récemment de passer une permission chez ses parents.

Détail atroce, la catastrophe s'était produite sous les yeux mêmes des pauvres parents, à quelques trois cents mètres de leur demeure.

 

On imagine l'émotion qui s'empara des habitants,

lorsqu'ils reconnurent sur la queue de l'hydravion

un numéro qu’ils connaissaient bien, celui de l'appareil piloté d'ordinaire par leur concitoyen et ami.

 

Des femmes pleuraient, des hommes hochaient la tête.

 

Un homme d'une cinquantaine d'années s'approchait, M. Jean Poudoullec.

 

Il avait vu l'hydravion tomber, mais il ne voulait pas croire encore à son malheur.

Il s'était pourtant rendu sur les lieux de la catastrophe.

Il était même monté sur le toit du hangar où les corps des victimes avaient été projetées.

Il n'avait pas reconnu le cadavre de son fils, horriblement mutilé.

 

Revenant au centre du bourg, il entra dans un café pour se remettre de son émotion.

Il dit à la patronne de l'établissement « Oh heureusement, ce n'est pas mon fils il connait trop bien la région.

Il sait éviter les trous d'air qui se trouvent sur les flancs du Menez-Hom ».

 

Puis il repartit chez lui, conversant avec les uns et les autres, commentant la terrible nouvelle.

Ému, bien sûr, mais soulagé un peu à la pensée qu'il ne s'agissait pas de son fils.

 

Hélas, la vérité était tout autre le père avait contemplé, sans le savoir, les restes de son malheureux fils.

Un nouveau deuil frappait la famille Poudoullec, déjà cruellement éprouvée,

il y a trois mois, par la mort d'un fils, Yves, âgé de 25 ans.

 

Jusqu'à 2 heures de l'après-midi, M. Poudoullec resta cependant dans l'incertitude,

car on avait gardé le silence sur l'identité des victimes qu'une ambulance, venue de Brest vers 10 h. 30,

avait transportées à l'hôpital maritime de cette ville.

Un télégramme de la préfecture maritime de Brest, au maire de Plomodiern,

M. Larvol, devait apprendre au pauvre père l'étendue de son malheur.

Le télégramme indiquait, en effet, que M. Corentin Poudoullec se trouvait à bord

de l'hydravion Potez 93. type Cams 37. numéro 78, de la section d'entrainement de la base de Lanvéoc-Poulmic.

 

M. Larvol se rendit chez la famille Poudoullec, à laquelle il eut la pénible tâche d'apprendre la mort de leur fils.

 

Les trois victimes de la catastrophe sont le second maitre pilote Corentin Poudoullec, 23 ans, célibataire,

né et domicilié à Plomodiern ;

le second maître mécanicien Pierre-Marie Collet, 28 ans, né à Plouha (Côtes-du-Nord), le 17 juillet 1910,

marié, un enfant, demeurant à Crozon, villa « Les Cotteaux » ;

l'élève de maistrance Louis Le Bot, 22 ans, célibataire, dont les parents habitent Le Croisic.

Tous trois étaient bien notés de leurs chefs.

 

Le second maitre Collet se trouvait à Lanvéoc depuis la création de la base, c'est-à-dire depuis dix-huit mois environ.

 

Le pilote Poudoullec s'était engagé dans la marine, à 18 ans, comme mécanicien.

Il avait ensuite suivi les cours d'aéronautique et avait été breveté pilote il y a environ trois ans.

Il se trouvait à la base de Lanvéoc depuis le mois de septembre dernier.

 

Louis Le Bot effectuait son premier vol, venant de l’Armorique, où il suivait les cours de l'école de maistrance ;

il faisait partie d'un contingent de 24 élèves envoyés à Lanvéoc pour faire des vols d'instruction ;

dans ce même contingent se trouvait également l'élève Verjeu, le seul rescapé de la catastrophe.

 

Les familles des victimes ont été avisées avec ménagement par les soins de la préfecture maritime.

 

J. BOIXIÈRE.

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