Fenêtres sur le passé

1938

Terrible drame de la neurasthénie à Trégunc

Source : La Dépêche de Brest 20 novembre 1938

 

Un terrible drame dû à la neurasthénie jette en ce moment la consternation dans le paisible bourg de Trégunc.

 

Au centre du bourg, le long de la route qui conduit de Concarneau à Pont-Aven, habite la famille Martin,

fort honorablement connue.

 

Le chef de famille, Charles Martin, âgé de 37 ans, est marin-pêcheur.

La saison de la pêche du thon terminée, il partit dans un port de la Manche et s'embarqua sur un chalutier.

 

Il laissait à la maison sa femme, née Marie Morvan, âgée, elle aussi, de 37 ans et leurs quatre enfants :

Marguerite, 12 ans ; Jeanne, 11 ans ; Charles, 9 ans et Henri, 6 ans.

 

Le ménage qui avait connu des heures difficiles, était à l'aise cette année, le mari ayant fait une bonne saison

de pêche au thon, tandis que sa femme et ses fillettes gagnaient de l'argent pendant la saison des petits pois

et des haricots.

 

Cette famille aurait pu être heureuse, mais, hélas !

Depuis quelques temps la femme était atteinte de neurasthénie, maladie faisant chaque jour des progrès.

Vendredi vers 15 heures, Mme Martin quitta sa maison accompagnée de sa charmante fillette Jeanne.

 

Toutes deux prirent la route qui conduit au village de Kergleuhan, des voisins les virent se diriger vers le lavoir

de ce village, puis la nuit vint.

Le silence complet était tombé sur la campagne quand les sœurs de Mme Martin ne les voyant pas revenir

à la maison, prises du pressentiment d'un malheur qui devait se justifier partirent à leur recherche.

 

Connaissant l'état dans lequel se trouvait leur sœur ayant manifesté plusieurs fois des idées de suicide,

elles allèrent directement vers le lavoir de Kergleuhan, non loin de la route et du côté opposé

aux quelques maisons du village.

Là, malgré l'obscurité, elles virent dans le lavoir profond de 60 centimètres et rempli d'eau,

une forme humaine allongée ; ce ne pouvait être que celui de leur malheureuse sœur.

Elles appelèrent en vain, personne ne les entendit, pas plus que n'avaient été entendus peut-être,

des cris au moment du drame.

Les deux femmes allèrent chercher M. Joseph Dervout, cultivateur, blessé de guerre, habitant la maison la plus proche.

 

Celui-ci, accompagné de sa femme, se rendit au lavoir pendant qu'on allait à 600 mètres de là, au bourg,

d'où accourut de suite le secrétaire de la mairie.

 

Bientôt les deux hommes, non sans peine, sortaient de l'eau le cadavre de Mme Martin, et, horrible spectacle,

en le sortant, virent remonter à la surface le cadavre de la petite Jeanne.

 

La pauvre malade avait voulu entraîner dans la mort sa fillette et, c'est l'avis des enquêteurs, elle la serra contre elle en se jetant dans le lavoir, tomba sur la petite qui, étouffée, ne pouvant se défendre, mourut sans pousser un cri.

 

Les deux corps furent conduits à la maison des Martin où nous avons pu ce matin les voir étendus sur le lit,

entouré de draps blancs.

 

Spectacle poignant :

La mère repose la figure gonflée tandis que, près d'elle, jolie, le visage reposé, dort son dernier sommeil,

la petite Jeanne vêtue de la robe de sa communion et couronnée de roses blanches.

 

Pauvre mignonne, si intelligente, si aimée dans le pays !

 

Auprès d'elle sa sœur, ses frères, ses parents pleurent et prient, le malheur tant redouté est entré dans cette maison heureuse jusqu’ici.

Les gendarmes Appéré et Moreau, de la brigade de Concarneau, avertis de suite, ont commencé vendredi soir une enquête qu'ils ont reprise ce matin et continueront toute la journée.

 

Le docteur Pochard, de Trégunc, appelé aussitôt après le drame, n'a pu que constater le décès de la mère et de l'enfant.

Ce matin, l'éminent praticien nous a dit :

« Je connaissais Mme Martin, elle était très malade, je crois pouvoir dire qu'elle était condamnée !...

Quand j'ai été appelé, il n'y avait plus rien à faire.

La fillette asphyxiée avait été maintenue sans doute sous l'eau par sa mère qui était absolument décidée à se donner la mort !

C'est profondément triste, mais seule la maladie a causé ce drame lamentable. »

 

Le permis d'inhumer a été délivré.

 

Les obsèques auront lieu dimanche, à moins que l'on puisse attendre l'arrivée du malheureux Martin qui a été averti dans le port de pêche de la Manche où il se trouve en ce moment.

 

Qu'il accepte les condoléances que nous lui adressons ainsi qu'à ses trois jeunes enfants et à toute la famille.

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Dernière mise à jour - Décembre 2021