Fenêtres sur le passé

1938

En regardant ceux qui vont en vacances

 

Source : La Dépêche de Brest 18 août 1938

 

« Celui-qui-ne-va-pas-en-vacances » peut toujours s'offrir comme distraction le spectacle de ceux-qui-partent.

C'est instructif, plus amusant de regarder partir les trains que de les voir passer

et on assiste parfois à des « scènes pittoresques », même sans musique de Massenet.

 

Pendant les jours d'affluence qui ont précédé le 15 août, celles-ci se renouvelaient fréquemment près du guichet

de délivrance des billets.

 

Toute une famille essoufflée, le front baigné de sueur, arrive en se bousculant, chargée de sacs à provisions,

de valises, de paquets.

Suivi de son épouse, le monsieur se précipite au guichet où il faut faire queue.

 

— Dépêche-toi, lui dit sa femme, sans quoi nous ne trouverons plus de place et tu sais qu'il me faut un coin.

 

Elle tente de se faufiler, mais est refoulée à la queue sans galanterie.

 

Enfin, son tour arrive.

Le mari demande :

— Une place militaire, deux places entières, une place avec bon de réduction et trois demi-places pour Paris, s. v. p.

Souriant, l'employé se hâte, examine le bon de réduction

et la permission du militaire, fait fonctionner une machine compliquée, inscrit à l'encre sur des cartons des chiffres

après avoir consulté son barème et fait l'addition sans oublier d'y ajouter la majoration de 0,893 %, les taxes, frais accessoires, le timbre, etc...

 

— Comment, dit le monsieur courroucé, mais il y a un mois, quand nous sommes venus de Paris à Brest, nous avons payé moins cher.

Vous devez vous tromper.

 

Avec une grande patience, sans s'émouvoir des protestations

de ceux-qui-font-la-queue, l'employé, aimable et souriant,

refait ses comptes.

 

— C'est bien exact, monsieur.

Vous ignorez sans doute que depuis le 7 août il est perçu de chaque voyageur, quel que soit le titre de circulation

dont il est porteur et en outre du prix du billet, ainsi que de toutes taxes et perceptions qui lui sont applicables

pour son transport, des frais de gare et de contrôle.

 

« Vous n'avez qu'à consulter l'affiche, monsieur, vous verrez les tarifs d'application des frais de gare et de contrôle. »

 

Le monsieur paie.

Cela demande un certain temps.

Il faut trouver la monnaie pour compléter la somme préparée, augmentée des nouveaux frais.

La femme proteste, le mari maugrée et, enfin, ils se décident à quitter le guichet pour s'engouffrer

avec leur progéniture, sur les quais, non sans avoir protesté contre cette augmentation

auprès du poinçonneur de billets, qui n'en peut.

 

Surchargé, le train vient de partir.

 

Au bureau de renseignements, un aimable employé nous fournit des explications sur cette taxe nouvelle.

 

— Il ne s'agit pas cette fois, dit-il, d'une augmentation uniforme, mais d'une taxe qui vient grever, par ricochet,

oh ! très peu, le billet d'un voyageur.

 

« Vous savez que la Société nationale des Chemins de fer français s'est engagée,

à la suite d'un accord avec le gouvernement, à équilibrer son budget.

Cela l'a obligée à instituer la perception de « frais de gare et de contrôle », entrée en application depuis le 8 août.

 

Voici d'ailleurs, le passage essentiel de la note affichée dans toutes les gares :

À partir du 8 août 1938, il est perçu des « frais de gare et de contrôle » fixés à :

 

0 fr. 25, lorsque le parcours est compris entre 6 et 25 kilomètres inclus ;

0 fr. 50, de 26 à 50 kms ;

1 franc de 51 à 100 kms ;

2 francs de 101 à 200 ;

3 francs de 201 à 300 ;

4 francs de 301 à 400 ;

5 francs lorsque le trajet est supérieur à 400 kilomètres.

 

Ces frais sont applicables par voyageur et par trajet simple effectué.

Ils sont aussi applicables aux billets aller et retour ordinaires,

sur la distance de taxation, aux billets circulaires, à tous les titres

de circulation, y compris les permis et les billets délivrés

sur présentation de bons de réduction.

 

Les frais de gare et de contrôle sont appliqués au moment de la remise des cartes de circulation,

d'abonnement, de résidence, d'approvisionnement, cartes scolaires, permis, billets à 90, 75 et 50 % etc…

 

Des conditions spéciales, s'appliquant à toutes les cartes d'abonnements de travail et d'excursion, ont été établies.

 

Le tarif aller et retour Brest-Paris, par exemple, qui était de 308 francs, est passé depuis le 8 août, à 318 francs.

 

Tout augmente, mais ce n'est rien auprès du tarif d'excédent de bagages.

Nous en parlerons dans un prochain article.

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Dernière mise à jour - Décembre 2021