Fenêtres sur le passé

1932

Les trams du Conquet

Source : Chronique Brestoise juillet 1932

 

Les Trams du Conquet

 

Auteur : Marie Kerlo pseudonyme de Marguerite Branellec

 

... Sages... placides... heureux dans leur petite gare fleurie... nos « trams » sommeillent...

 

Là ! Vous souriez déjà ! !

Pourquoi ? ?

Seriez-vous de ceux qui ironisent ?

 

— Des trams, ça ?...

Pas de blague, mon cher !

Des témoins préhistoriques, des fantômes de véhicules, des tas de vieille ferraille... oui... tout ce que vous voudrez... mais des machines modernes... jamais ! !

Avouez-le donc : quand les avez-vous vus marcher ?...

 

— Hem ! De temps en temps !...

C'est ça ! À des intervalles si espacés que cette chère vieille petite chose

(c'est du tram que je parle !)

se traînant dans la campagne semble une Rossinante (*)

broutant l'herbe du ballast !

(*) Nom du cheval de Don Quichotte

 

— Allons ! Allons ! ! N'exagérons rien, mettons qu'elle ne s'emballe pas comme la Cavale du Désert.

Mais enfin concédez-lui un agréable petit trot...

 

— Voui... si petit, si petit qu'elle vous laisse le loisir de cueillir les roses des haies, de la suivre à pied dans les côtes, d'enrager en comptant les cyclistes qui vous grattent, de...

 

— C'est tout ? ?

Enfin !.. C'est son allure de tous les jours, si vous voulez.

Mais quand elle se met sur son trente-et-un ! le dimanche ! le 15 Août ! les jours de grande presse !..

voyons, souvenez-vous de son grand air fringant, héroïque, tempétueux !..

— Hélas ! Dieu m'en préserve ! !

Foi de Breton, le passage du Fromveur n'est rien, comparé à cette débauche de secousses. !!!

Mais pendant que vous y êtes,

vantez-nous donc sa boîte aux lettres comique,

œil de cyclope toujours ouvert...

Pourquoi pas ses baladeuses à courants d'air

et leurs petits rideaux jaunes si prudes et si candides ! !

Ma parole, ce serait complet ! ! !

 

— Hé ! Hé ! ! Quoi que vous en pensiez, beaucoup de Brestois trouvent l'ensemble charmant !

 

— Les humoristes, pardi ! Ils y trouvent à glaner ! !..

Tenez, un tableau pour le prochain Salon.

Au centre, le Tournant du Trez-Hir, à gauche, le tram... immobile, comme suspendu ;

à droite, une nuée de baigneurs anxieux cherchent l'écrasé...

Au premier plan, le contrôleur furieux brandit son drapeau rouge et vocifère :

 

— Voulez-vous remonter, tas de ballots !

 

— C'était que Ia voyageuse de la voiture 1, qu'avait laissé tomber son ombrelle... !

— Hein, qu'est-ce que vous dites ?..

 

— Je dis que pour aller au Conquet, oui,

on peut aller, le dimanche.

Parce que les départs se suivent

au gré des voyageurs :

tant qu'il y en a, ça part, ça suit, et même ça arrive.

 

— De quoi vous plaignez-vous ?

— Du retour !

— Hein ?

 

— C'est qu'au retour il n'y a plus que les trains « réguliers ».

Ça ne fait pas beaucoup !

Et quand les voitures sont remplies (oh ! à déborder, et ça déborde !)

vous pouvez vous fouiller en levant les bras en l'air — comme je vous dis — on vous criera « Complet »

et vous rentrerez, gais et contents, sur vos pieds et ceux de la petite famille :

26 kilomètres, pas plus, aimable et fort pedestrian...

 

— Grincheux que vous êtes ! À quoi bon discuter ?..

II faut beaucoup de cœur pour aimer les vieilles choses ;

et vous, grinchu, montrez voir votre cœur, des fois ? ?

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Dernière mise à jour - Décembre 2021