Fenêtres sur le passé

1925

Toutes les rivières du Finistère débordent

 

Source : La Dépêche du Finistère 4 janvier 1925

 

À la suite des pluies torrentielles tombées dans la région au cours de la formidable tempête soufflant du sud-ouest depuis 48 heures, l'Odet et le Steïr, démesurément gonflés, sont sortis de leur lit

et ont inondé toute la région aux abords immédiats de Quimper, aussi bien que certains quartiers de la ville.

Dans la traversée de Quimper, les deux rivières ont l'allure

de torrents impétueux et au pont Sainte-Catherine,

devant la Préfecture, le remous et le courant sont tellement violents qu'on semble avoir l'illusion de certains « rapides »

des arroyos d'Extrême-Orient, gonflés par les pluies

de la saison chaude et ravageant tout sur leur passage.

 

L'eau couvre constamment les piles des ponts :

le pont Firmin forme barrage tellement le niveau des eaux

est élevé.

 

Cet aspect inaccoutumé de l'Odet et du Steïr, si paisibles d'habitude,

provoque dans la population un mouvement de stupeur.

 

Le pont Firmin et l'entrée de la rue du même nom sont couverts d'eau.

 

Avec mille précautions, il est possible de se rendre au moulin Méret, bien que l'avenue de la Gare,

transformée en un véritable fleuve, soit rendue impraticable.

 

Tous les riverains sont bloqués dans leurs domiciles.

 

Les autos se dirigeant sur Rosporden sont dans l'obligation de prendre la vieille route de Concarneau,

car la route est immergée aussi loin que le regard peut s'étendre.

Prenant l'impasse de l'Odet, nous essayons d'approcher

les importants moulins Méret ;

mais il est impossible de s'y rendre autrement qu'en bateau.

 

L'eau atteint une hauteur d'un mètre cinquante; d'importants approvisionnements de blé ont été noyés.

 

Camions et autos sont dans l'eau et il est impossible de les en sortir.

 

Le chemin de l'hippodrome et les prairies avoisinantes disparaissent

sous l'afflux des eaux.

 

Les familles Le Du, contremaître au moulin Méret et Barré,

manœuvre chez M. Menez, imprimeur, ont été sauvées,

grâce au dévouement et à l'esprit d'initiative des cheminots.

 

La voie ferrée, depuis la gare aux marchandises jusqu’à l’Eau-Blanche,

est submergée sur une grande longueur.

 

Les trains-marchent au ralenti et sont pilotés

; le service des postes d'aiguillage ne peut être assuré que par des cheminots porteurs

de hautes bottes en caoutchouc.

 

Les voyageurs, en raison de l'état de l'avenue de la Gare, ne peuvent se rendre à Quimper qu'en remontant

la voie jusqu'au passage à niveau de la rue des Réguaires, où un contrôle provisoire est installé.

 

Le Steïr, également, roule furieusement ses eaux.

 

L'usine Gantier a fort souffert ; 70 tonnes de fer-blanc sont submergées à l'usine Saupiquet.

L'eau couvre les approvisionnements de charbon de la teinturerie Pineau.

 

Les jardins et prairies de la communauté de la Providence sont couverts d'eau,

de même que les prairies contiguës aux abattoirs et au manoir du Parc.

Du côté de la filature de laine et des établissements Lhermitte, on ne signale aucun accident de personne.

16 heures.

 

L'eau monte sans discontinuer.

L'inondation dégénère en catastrophe.

 

Aux moulins Méret les pertes sont évaluées à 300 ou 400.000 francs.

 

Au buffet de la gare, il y a 1 m. 50 d’eau dans les caves.

 

Sur la voie ferrée, on est inquiet; au cas où la crise s'accentuerait,

on envisage l'interruption de tout trafic ferroviaire.

 

En ville, le boulevard Kerguélen est complètement envahi.

 

Le boulevard Dupléix, devant, le théâtre, n'est plus qu'un fleuve dont les eaux se déversent, en cascade, dans l'Odet.

 

Le pont du Théâtre et le pont Firmin sont transformés en déversoirs.

Un service d'ordre a été organisé entre, la ville et la gare.

MM. Quiniou et Gellion, adjoints au maire, ainsi que M. Deroux, architecte de la ville, sont sur les lieux.

Nous apprenons également que la tannerie Le Bastard aura à supporter d'importants dégâts.

 

Jamais, de mémoire de Quimpérois, on n'a vu semblable inondation.

Ainsi que nous l'avons relaté hier, la tempête de la nuit s'est prolongée toute la journée

redoublant encore de violence !

 

Les rivières débordent et immergent les prairies, à une grande distance du lac.

 

À la chaussée, toutes les vannes d'échappement sont ouvertes, donnant au chaos du moulin un aspect rare,

digne de l'attention du photographe et du peintre, tellement les effets de l'eau mugissante sont superbes,

parmi cet amoncellement de roches.

 

Le lac lui-même s'enfle rapidement et déborde bientôt.

Bien que l'orage se soit apaisé dans la nuit, les eaux, ce matin,

ont inondé la rue de la Rive, emprisonnant plus ou moins

les habitants des maisons riveraines.

 

Fait assez rare dans les annales de notre jolie petite ville.

 

Un peu partout les caves et les sous-sols sont inondés.

 

Hier soir, vers 5 heures, la-lumière électrique a subitement fait défaut dans toutes les maisons,

et plusieurs ont pu croire que la crue du lac avait noyé la turbine de l'usine électrique,

ce qui est cependant à peu près impossible.

 

Il a fallu, en vitesse, avoir recours aux vieilles lampes à pétrole, et même aux simples bougies de suif,

plus vieilles encore, et quelques ménagères octogénaires ont dû retirer du vieux bahut,

la presque centenaire chandelle de résine ! 

« Goullaouën roussin goz ! »

 

Mais, pendant, que tout cela se faisait placidement, un peu partout en ville et dans les faubourgs,

sur la grande place il y a un moment de vive émotion, car on a pu croire à un incendie,

dans une importante maison de commerce dont, la toiture, pendant quelques secondes,

fut environnée de grandes flammes.

Il s'agissait, tout, simplement, d'un court-circuit.

 

La violence du vent avait arraché le faîtage en zinc,

et l'avait projeté à califourchon sur deux forts câbles conducteurs d'énergie électrique.

 

Le faîtage fut vite partiellement fondu

et les deux câbles sectionnés par fusion.

 

Et c'est ainsi que toute la nuit Huelgoat fut dans l'obscurité !

 

À l'heure actuelle, la ligne est réparée.

 

Le mauvais temps continue ses ravages et, MM. Le Corre frères en sont particulièrement les victimes.

 

Ils viennent de perdre avant-hier le deuxième vivier qu'ils possédaient à Douarnenez.

 

Nous avons signalé les avaries survenues au premier il y a plus de huit jours,

quand il s'était défoncé sur les rochers de Plomarch.

Le deuxième est allé se briser à Sainte-Anne.

 

Son chargement — 600 kil. de langoustes rouges

et quelques paniers de langoustes royales —

est complètement perdu.

 

On peut évaluer à plus de 6.000 francs la valeur du matériel

et du poisson disparus.

 

Dans l'intervalle, MM. Le Corre ont encore perdu une petite annexe qui leur servait à faire le transport

des langoustes des viviers au quai.

L'accident survenu au deuxième vivier est imputé à la rupture du maillon de tête de chaîne agrafé sur l'étrave du vivier.

 

Presque tous les ans, des événements semblables sont à déplorer.

Ceci démontre une fois de plus l'insuffisance et l'insécurité du port actuel de Douarnenez.

Les pluies torrentielles qui, depuis jeudi soir, n'ont cessé de tomber sur la-région châteaulinoise,

ont fait monter d'une manière inquiétante le niveau du canal.

 

Depuis hier matin, l'Aulne charriait des eaux jaunâtres et sales, entraînant tout ce qu'elles trouvaient sur leur passage.

Vers 10 heures, le canal débordait aux abords de l'écluse, et vers 11 heures,

la chaussée était entièrement recouverte d'une nappe liquide.

 

Les maisons situées sur le quai de Brest sont envahies par l'eau qui, dans certaines, atteint 0 m. 50 de hauteur.

La route de Port-Launay est entièrement submergée.

 

Les voitures ne peuvent plus passer.

 

Les dégâts sont très importants.

 

Toutes les marchandises déposées sur les quais

ont été entraînées par les eaux, qui coulent avec une vitesse

de 10 kilomètres à l'heure.

 

Plusieurs tas de sable ont disparu ainsi qu'une dizaine de tonnes

de charbon et un grand nombre de fûts vides.

 

La maison éclusière de Coatigras est entièrement entourée.

 

À Port-Launay, la crue est encore plus forte.

 

Les vieux châteaulinois n'ont vu pareille crue depuis plus de trente ans.

L'eau monte toujours.

 

Les rivières de Quimperlé, par suite des pluies diluviennes qui n'ont cessé de tomber depuis fort longtemps,

sont sorties de leur lit et les habitants riverains ont actuellement plus de 1 m. 80 d'eau dans les caves.

 

Les quartiers de Gorréquer et de Lovignon sont particulièrement éprouvés.

 

Les maraîchers subissent de grosses pertes par suite de l'envahissement de leurs potagers

et de leurs caves à provisions.

Une voiture chargée de sacs de bois venue de la forêt de Clohars

a été surprise sur de quai Brizeux vers  six heures du matin

et devant la difficulté a dû être abandonnée.

 

C'est à grand peine que l'on a pu sauver le conducteur

et une dame.

 

Les chevaux eurent de l'eau jusqu'au poitrail.

 

Il fallut ravitailler les habitants par des canots au prix

de gros efforts, vu le courant rapide de l'Isole.

 

On cite le cas d'un maraîcher, M. Couïc, place Lovignon, qui a vu ses parterres saccagés par le courant

et en outre de sa maison, le sellier contenant 22 barriques de cidre a été envahi ;

le cidre est perdu.

 

L'usine électrique a été envahie dès le matin et les maisons particulières, comme les industries locales,

n'ont pu être éclairées.

 

Une inondation de cette importance n’avait pas été vue depuis 1910 et surtout depuis 1882

où il fallut encore ravitailler les maisons situées sur les quais.

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Dernière mise à jour - Décembre 2021