Fenêtres sur le passé

1924

Le vapeur postal "Île d'Ouessant"
heurte une roche et coule

 

Source : La Dépêche de Brest 7 juin 1924

 

Un télégramme arrivé hier après-midi à Brest a appris à M. Jan, directeur du service départemental de bateau à vapeur entre le continent et les îles, que le vapeur Île d'Ouessant, de 100 tonnes, avait sombré en vue de Lampaul.

 

L'Ile d'Ouessant, qui effectue deux fois par semaine la traversée entre Brest et Ouessant et vice-versa, avait quitté

le port de commerce hier matin, à 8 heures, ayant à bord de nombreux passagers et 11 tonnes de marchandises.

 

Il naviguait par mer houleuse, commandé par le capitaine Nizou, lorsque vers midi, dans la baie de Lampaul,

à environ un mille au sud du feu du Créach, il toucha un récif.

 

Le capitaine fit pousser les feux.

Mais, un peu plus tard, le bâtiment menaçant de couler,

il fit descendre tous les passagers dans les embarcations.

Il était temps.

Le bâtiment s'enfonça soudain par l'avant et coula.

 

Dès qu'ils ont eu connaissance de ce naufrage,

MM. Coyn, ingénieur des ponts et chaussées, et Tan, se sont rendus

en automobile au Conquet, où ils se sont embarqués pour Ouessant, à bord de l'Eugène Potron.

 

Nous avons pu joindre, hier soir, deux des passagers qui se trouvaient à bord du vapeur Île d'Ouessant,

lorsque ce bateau coula.

 

Voici le récit qu'ils nous ont l'ait du naufrage :

 

« Nous avions quitté Brest, ce matin, à 8 heures moins le quart, par beau temps et mer plate.

 

« À 10 heures moins 20, nous faisions escale au Conquet.

Dix minutes plus tard, Île d'Ouessant quittait le port, faisant route sur Molène, où nous arrivions vers 11 heures.

 

« Deux ou trois passagers débarquèrent et l'on appareilla de nouveau à destination de Ouessant.

 

« Il y avait à bord une trentaine de passagers, parmi lesquels beaucoup de femmes et d'enfants.

La mer était houleuse et quelques personnes furent indisposées.

 

« Vers midi moins 20, le vapeur arrivait en vue du phare « La jument », lorsque, tout à coup,

nous ressentîmes un choc des plus violents.

Notre bâtiment venait de heurter la roche, de Pouilloudoun.

 

« Malgré l'émoi qui régnait à bord, il n'y eut aucune panique.

Le capitaine se rendit compte que l'eau ne pénétrait pas dans la chaufferie, et fit route à toute vitesse sur Ouessant.

« En même temps, il signalait par des coups de sifflet répétés, au vapeur Eugène Potron, des ponts et chaussées,

qui se trouvait dans les parages de la Jument,

que le navire était en danger.

 

« Le vapeur Île d'Ouessant navigua ainsi une vingtaine

de minutes et doubla le cap de la pointe de Pern.

 

« On s'aperçut à ce moment que l'eau avait envahi la chaufferie et que le danger devenait imminent.

 

« Cette opération ne s'effectua pas pans mal...

Enfin, dix minutes plus tard, tous les passagers avaient, pris place dans deux canots,

un troisième ayant chaviré au moment où il touchait l'eau.

 

« Ces deux embarcations partirent immédiatement à la godille — les avirons faisant défaut — et la troisième baleinière, dans laquelle prit place l'équipage, demeura près de l'Île d'Ouessant, attendant le capitaine Nizou,

toujours sur la plage arrière du bâtiment.

 

« Soudain, nous vîmes le vapeur, qui piquait déjà du nez, s'enfoncer brusquement et s'abîmer dans les flots.

 

« Précipité à la mer, le capitaine réussit à gagner à la nage la baleinière, et,

quitta les larmes aux yeux l'endroit où son bâtiment venait de sombrer.

 

« L'Eugène Potron arrivait à ce moment à toute vitesse, suivi de nombreuses barques de pêche.

 

« Le vapeur des ponts et chaussées recueillit bientôt une partie des naufragés,

et les autres trouvèrent place dans les canots des braves pêcheurs accourus à notre secours.

« À 11 h. 15, nous débarquions à la cale du port de Lampaul,

où nous reçûmes le meilleur accueil et l'assistance la plus empressée de la municipalité, du docteur, des membres du clergé

et de toute la population.

 

« Nous devons également manifester toute notre gratitude

au commandant de l'Eugène Potron et à l'équipage,

qui mirent à notre disposition tout le linge et les vêtements

dont ils pouvaient disposer.

 

« Les touristes et les Brestois qui se trouvaient à bord, parmi lesquels se trouvaient :

M. et Mme Prax, libraires, rue Emile Zola ;

Maxime Spach, de Paris ;

M. et Mme Valmont, du Havre ;

M. Victor Gacon, de Paris ;

MM. Chevallier et Maisonneuve, de Brest ;

Mlle Mas, de Brest, etc., ont été débarqués ce soir, au Conquet, par l'Eugène Potron.

Tous sont, rentrés à Brest par des automobiles mandées d'urgence par M. Jan, directeur du service départemental.

 

« Nous devons ajouter que le bateau coula avec une si grande rapidité, que rien ne put être sauvé.

Un grand nombre de passagers ont perdu leurs bagages et une partie de leurs vêtements,

car plusieurs s'étaient, dévêtus et, déchaussés pour pouvoir se mouvoir plus librement, s'il y avait,

nécessité de se jeter à la mer.

 

« Signalons aussi le dévouement dont fit preuve un jeune homme de 14 à 15 ans, de l'île d'Ouessant,

qui plongea pour porter secours à un vieillard tombé à l'eau entre le vapeur et une embarcation.

 

« Voilà, nous ont dit les deux rescapés, ce que nous pouvons vous dire.

Un capitaine de corvette qui se trouvait à bord a dû établir un rapport, qui complétera ce hâtif récit.

 

« Ce que nous pouvons affirmer, c'est que nous l'avons échappé belle.

Le canot de sauvetage de l'île n'a pu être mis à l'eau immédiatement, et si le vent avait soufflé en tempête, il y aurait eu sans aucun doute des victimes. »

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