Fenêtres sur le passé

1923

Les petits brestois en colonie de vacances
au château de Penmarch à Saint Frégant

 

La Dépêche de Brest 21 août 1923

 

On sait quels soins attentifs les pouvoirs publics soucieux de la grandeur du pays,

entourent les jeunes enfants qui constitueront la France de demain.

Au sortir de la terrible guerre qui nous a ravi le meilleur de notre jeunesse, devant la crise de natalité

qui en est la funeste conséquence, on ne saurait trop applaudir aux efforts des hommes de bien qui se dévouent

à la protection de l'enfance et qui s'ingénient à procurer aux enfants des familles déshéritées

quelques-unes des joies qui semblaient jusqu'ici être exclusivement réservées à ceux que la fortune avait favorisés.

 

De là cette belle création des colonies de vacances que la ville de Brest a instituées pour les élèves malingres

et chétifs de ses écoles communales.

Elles ont modestement débuté.

À l'origine, en 1904, une simple baraque édifiée sur la plage du Trez-Hir recueillait les colons de la ville.

Puis, on est allé à Laber-Ildut, toujours, au bord de la mer, et, enfin,

à Porspoder où, sous la direction vigilante et éclairée de M. Jean Le Gall, délégué à l'instruction publique, s'est constituée une des plus belles colonies de vacances du territoire.

Plus de trois cents enfants répartis en trois groupes, y ont passé

trois semaines entières, au près de la mer du 20 juin au 31 tout 1922, surveillés par deux dévouées institutrices et tout un personnel d'élite qui se dépense sans compter, non seulement pour rendre le séjour attrayant, mais aussi pour refaire une santé aux enfants

que les médecins inspecteurs des écoles leur ont confiés.

 

Toutefois, l'air de la mer ne convient pas à tous les tempéraments.

Il est certaines poitrines délicates à qui l’air vif de Porspoder

serait plutôt contraire.

Aussi, la municipalité, préoccupée de la santé de ses élèves,

a profité de la mise en vente du vieux château de Penmarc'h

en Saint-Frégant, pour en faire l'acquisition, en vue d'y' établir

une seconde colonie de vacances.

 

Elle a acquis, au prix de 78.000 francs, non seulement le château, mais encore quatre hectares de terres,

dont un de bois, où cent enfants, spécialement désignés par les médecins, pourront se succéder de trois semaines

en trois semaines, au grand profit de leur santé physique et morale.

 

C'est cette nouvelle colonie que la municipalité brestoise, assistée des membres du conseil municipal,

de la caisse des écoles et des Amis de l'école laïque, a officiellement inaugurée dimanche dernier.

Des autocars ont transporté à Penmarc'h les invités de la municipalité.

Ceux-ci ont eu l’agréable surprise d'y trouver une centaine de fillettes de l'école ménagère et des différentes écoles publiques de la ville, dansant des rondes sur la pelouse du château, resplendissantes

de gaieté et de santé.

 

Le château lui-même, formidable construction du quinzième siècle, avait revêtu une parure de fête, pavoisé aux couleurs nationales ;il semblait faire bon accueil aux enfants des manants qui, jadis,  

peinèrent si durement, selon le mot de M. Masson, pour en édifier les fortes assises.

M. Le Gall, que l'on peut considérer comme le « bon papa » des colonies de vacances, reçut avec une grâce parfaite, les invités de la municipalité.

Il leur lit visiter dans tous ses détails la nouvelle colonie :

le réfectoire, les dortoirs avec leurs belles tapisseries du XVIIIe siècle, les lavabos, la salle de bains-douches,

les chambres particulières pour le personnel, l'ancienne chapelle, qui sert actuellement de, préau et se transformera en salle de cinéma, les remises, les écuries :

même quelques-uns poussèrent la curiosité jusqu'à monter dans la tour crénelée,

d'où l'on aperçoit la mer à huit kilomètres.

II fit l'éloge du personnel qui assure la bonne marche de l'institution ; ce personnel des colonies de vacances est un personnel de choix

que M. Le Gall recrute parmi les veuves chargées de famille et dont

la mission se termine en même temps que les vacances des enfants.

 

M. Le Gall ne veut pas en effet, de nouveaux « fonctionnaires » municipaux.

Pour garder et entretenir la propriété, il s'est entendu avec un métayer qui n'a pas moins de deux hectares d'excellente terre à travailler :

les produits sont partagés par moitié entre le métayer et la ville.

C'est un arrangement avantageux pour les deux parties.

 

Un lunch, au cours duquel les fillettes ont chanté des chœurs charmants, a été servi à cinq heures dans le réfectoire tout fleuri

par les soins de la colonie.

M. Le Gall, à la prière de M. Nardon, fit l'historique de la colonie de Penmarc'h, montra l'excellence de l'œuvre des colonies de vacances

et parla surtout de l'école de plein air qu'il est dans ses intentions

d'y établir.

Ce sera là un nouveau bienfait dont tous les amis de l'école laïque

ne pourront que se réjouir.

Jules Hyppolyte Masson

Assurer à tous les enfants de nos écoles publiques, quelle que soit leur situation de fortune, un séjour à la campagne après une maladie qui les a débilités, sans que leurs études aient trop à en souffrir, telle est l'idée qui préside

à l'établissement de l'école de plein air.

Tous ceux qui connaissent la bienfaisante ténacité de M. Le Gall sont assurés qu'il parviendra sans trop attendre

à ses fins et l'école de plein air de Penmarc'h fonctionnera bientôt, pour peu que l'administration académique

lui accorde un concours, qu'elle ne saurait lui refuser.

 

M. Nardon, maire de Brest, et M. Masson, député, ancien maire, se firent tous deux les interprètes de tous les invités de cette cérémonie scolaire en transmettant à M. Le Gall et à ses dévoués collaborateurs les meilleures félicitations

de tous les amis de l'école laïque pour la nouvelle et excellente œuvre établie en faveur des enfants du peuple.

Colonie de vacance au château de Penmarch

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