Fenêtres sur le passé

1922

Inauguration du monument aux morts à Ouessant

Source : La Dépêche de Brest 23 juillet 1922

 

Toute la population de l'île s’étage ce matin sur les roches qui dominent la baie de Lampaul.

Sur les épaules des femmes flottent de magnifiques chevelures s'échappant des originales coiffes carrées.

Sur les vestons des hommes brillent de nombreuses décorations témoignant d'une vaillance coutumière.

 

Dans l’air pur, sous le ciel bleu, fixés sur l’horizon, des milliers d’yeux scrutent la mer calmée.

 

Les Ouessantins inaugurent aujourd'hui le beau monument qu'ils ont édifié dans leur cimetière, au pied de l'église, à la mémoire des leurs qui sont tombés pour la défense du pays.

En ce moment, ils attendent la venue de M. le vice-amiral Fatou, commandant en chef, préfet maritime.

 

Voilà qu'au loin monte une fumée.

Rapide, l’aviso Arras fend les flots ; sa robuste silhouette se distingue déjà nettement.

Il double maintenant le Corce et, bientôt après, son commandant M. le lieutenant de vaisseau Nouvel de la Flèche, ordonne le mouillage.

 

M. le capitaine de vaisseau Docteur, commandant des écoles de l’Océan, salue le préfet maritime qu’il a tenu à accompagner, et le débarquement s’opère rapidement.

 

Sur la cale du bateau de sauvetage les autorités civiles reçoivent les autorités maritimes,

puis l’on s’achemine vers la mairie.

Devant l'édifice, un cortège se forme.

Voici d’abord les Pupilles de la nation porteurs de drapeaux et de fleurs.

Tous ont leur gerbe et l’on s'en étonnerait en songeant à la rudesse du sol de l'île si l’on ne savait que, la veille ceux qui possèdent un jardin ont tenu spontanément à offrir toutes leurs fleurs.

 

Viennent ensuite les mères et les veuves des disparus.

 

Puis, c’est un aveugle de la guerre, M. Le Saint qui s'avance portant un drapeau.

Il est entouré des mutilés et des anciens combattants portant palmes et couronnes.

 

M Berthelé, premier adjoint, représentant la municipalité, marche aux côtés de MM. les vice-amiraux Guépratte, député du Finistère, et Fatou préfet maritime ;

Croûton ingénieur des travaux publics de l’État, président du comité du monument ;

le contre-amiral Estienne, major-général ;

Inizan, Simon, Balanant, Jadé, députés ;

Mocaër, conseiller général ;

Noël, conseiller d'arrondissement ;

Borvo, juge de paix ;

le lieutenant de vaisseau Vittu de Kerraoul, aide-de-camp du préfet maritime ;

le docteur Jaouen, vice-président ;

Cornen trésorier, Giraud, secrétaire du comité du monument; 

le capitaine Gilbin, du 2e régiment d’infanterie coloniale ;

les conseillers municipaux.

 

Dans la foule qui suit, on remarque Mme Rose Héré, dont la poitrine est ornée de nombreuses médailles que lui valurent ses sauvetages.

 

Le cortège se rend à l’église, ornée, pour circonstance, de fleurs et de drapeaux.

La messe est dite par M. Jaïn, curé de l’île assisté de M. le recteur de Molène.

Le monument, que les îliens ont élevé mémoire de leurs glorieux morts est l’œuvre d'un noble caractère dont il serait désirable de trouver l'équivalent en maints endroits.

 

Sobre, d'une pureté de lignes remarquable, il jouit d'une situation des plus heureuses sur la corniche qui borde l'église et domine tout le cimetière.

Le soldat et le marin qui, côte à cote, l'arme en mains, semblent s'échapper du granit breton qu'ils ont si vaillamment défendu, sont d'une exécution qui fait le plus grand honneur au maître Kervévan.

 

Sur le socle à présent les fils des héros ouessantins déposent des fleurs, tandis que leurs camarades de combat accrochent des couronnes.

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Dernière mise à jour - Décembre 2021