Fenêtres sur le passé

1910

Un tailleur assassiné à Baye

Source : Écho de Bretagne mardi 9 août 1910

 

Baye - Mort dans un champ.

 

Ce matin, non loin du bourg de Baye, dans un champ situé assez loin de la route,

on a trouvé le corps d'un homme reposant à côté d'une bicyclette.

 

M. le Maire, aussitôt avisé, vint sur les lieux, ainsi que d'autres personnes, et l'on crut reconnaître en le décédé

un homme qu'on avait vu la veille sur la route.

 

On suppose que cet inconnu se sera trouvé subitement indisposé et qu'il se sera écarté un peu de la route

pour se reposer tranquillement.

 

Au dernier moment, nous apprenons qu'on a cru reconnaître en lui un tailleur du Trévoux,

qui voyageait pour son commerce.

 

Source : Écho de Bretagne vendredi 12 août 1910

 

Un crime affreux vient de jeter la consternation dans les paisibles communes de Baye et du Trévoux.

 

Dimanche dernier, 7 août courant, un sieur Le Du, tailleur,

au bourg du Trévoux, quittait son domicile vers 8 h. 1/2 du matin, en disant qu'il se rendait à Locquillec, en Baye,

et qu'il serait de retour avant midi. 

 

Le lendemain matin, la femme Le Du, inquiète de n'avoir pas vu son mari, se rendit, vers 2 heures de l’après-midi,

chez Louis Pustoch, charron au bourg, du Trévoux, à qui elle raconta que le dimanche matin, vers 7 heures,

le nommé Derrien, domestique chez les époux Péron, cultivateurs à Locquillec, en Baye,

était venu trouver son mari au Trévoux et lui avait dit de passer chez son patron pour toucher l'argent qu'il lui devait.

 

Elle ajouta que Derrien avait quitté le premier, et que son mari, vers 8 h. 1/2,

avait pris sa bicyclette pour se rendre au rendez-vous fixé par Derrien.

 

À la recherche de la victime

 

Munis de ces indications, Pustoch et Jérôme Le Du se rendirent ensemble à Locquillec où ils cherchèrent,

mais en vain, le tailleur pendant toute la journée du lundi.

 

Découverte du cadavre

 

Mardi matin, vers 4 heures, Henry-Jean Nélias, son domestique, et Pustoch, tous du Trévoux,

se mirent de nouveau à la recherche de Le Du.

 

Henry Jean, découvrit son cadavre au bord d'un champ, situé à 170 pas de la route de Baye au Trévoux

et à 500 mètres à peu près de l'habitation des époux Péron, où Derrien était domestique.

 

Le Du était étendu sur le côté gauche, la face contre terre, dans une mare de sang.

 

Sa bicyclette se trouvait à trois mètres de lui, ses vêtements presque neufs n'étaient pas en désordre.

L'arrivée des gendarmes

 

Les gendarmes de Quimperlé, prévenus, se rendirent aussitôt,

ainsi que M. le docteur Le Stunf, médecin-légiste,

à l'endroit où reposait le cadavre.

 

En présence de l'horrible blessure qu'il portait derrière la tête

et de la découverte sur son bras droit d'un éclat de la crosse d'un fusil, on dut surseoir à l'inhumation et prévenir le Parquet de Quimperlé

qui se transporta en toute hâte sur les lieux du crime. 

L’enquête

 

 À l'arrivée du Parquet, le gendarme Prodomme informa les magistrats qu'il s'était rendu au domicile des époux Péron où il avait trouvé sur une armoire un fusil auquel s'adaptait parfaitement le morceau de crosse trouvé

sur le bras du cadavre et que la femme Péron lui avait déclaré que dimanche dernier, dans la matinée,

son domestique avait pris ce fusil pour aller, lui avait-il dit, à la recherche d'un lièvre.

 

Il ajouta que, pressé de questions, Derrien avait fait des aveux et qu'on le gardait à vue.

 

Derrien avoue

 

Interrogé par le magistrat instructeur, Derrien a reconnu qu'il s'était rendu au Trévoux le dimanche matin

pour remettre à Le Du 20 francs sur les 63fr. 90 qu'il lui devait ;

mais il a nié avoir donné rendez-vous à Le Du pour ce jour-là, ce dernier lui ayant d'ailleurs déclaré

qu'il n'irait toucher le reste de sa dette que lundi ou mardi.

 

Il a ajouté que, rentré chez son patron, il aurait chargé le fusil afin de tâcher de tuer un lièvre qu'il avait aperçu

dans un champ de pommes de terre, en revenant du Trévoux, mais qu'il n'avait pas l’intention de tuer Le Du ;

que ce dernier qui passait à bicyclette sur la route du Trévoux, se dirigeant vers Baye, l'ayant aperçu,

serait venu le trouver et lui aurait dit qu'il se rendait chez ses patrons pour réclamer le supplément de sa dette, ajoutant que s'il n'était pas payé, il irait le dénoncer aux gendarmes, que c'est en entendant ces menaces

qu'il a eu l'idée de l'assassiner.

En effet, lorsque le malheureux Le Du qui précédait Derrien

en longeant le fossé, voulut escalader le talus,

il reçut à deux mètres de distance à peine, derrière la tête,

un coup de fusil qui l'étendit mort au pied du talus.

 

Le cynisme de l'assassin

 

Son horrible forfait accompli, Derrien est retourné chez

ses patrons, a remis le fusil sur l'armoire, et,

sans rien dire personne, s'est rendu aux courses de Quimperlé.

 

Mis en présence du cadavre de sa victime, alors que M. le docteur Le Stunf procédait à l'autopsie,

l'inculpé qui n'est âgé que de 18 ans, n'a pas versé une larme et n'a manifesté aucun repentir.

 

Ce précoce criminel est né au Trévoux, le 2 février 1892 ;

il est au service des époux Péron depuis le mois de mai dernier seulement.

 

On a trouvé en sa possession la plaque de bicyclette de Le Du qu'il reconnaît avoir volée.

 

La pompe de la bicyclette non plus que le porte-monnaie de la victime n'ont pu être retrouvés.

 

Mandat de dépôt a été décerné contre Derrien qui a été écroué à la maison d'arrêt de Quimperlé.

 

Manifestations hostiles contre Derrien à son arrivée à Quimperlé

 

Le bruit de l'arrestation de l'assassin s'étant répandu à Quimperlé, mardi soir, environ 300 personnes

s'étaient rendues à l’entrée de la ville, en haut de la rue Thiers, pour attendre son passage.

 

Vers 8 h. 3/4, Derrien, l'auteur de l'horrible forfait, apparut entre deux gendarmes à cheval, les menottes aux mains.

 

Aussitôt il fut l'objet d'une manifestation hostile de la part des personnes accourues,

qui voulaient non moins que le lyncher.

Sans la protection des représentants de la loi,

il aurait certainement été écharpé.

 

Il reçut malgré cela quelques pierres et c'est les huées et les cris de : « À mort ! À Deibler ! (*) » qu'il fut reconduit

jusqu'à la maison d'arrêt.

 

(*) Deibler bourreau chargé des exécutions capitales.

 

La famille de la victime

 

La malheureuse victime du misérable Derrien, Alain Le Dû, avait juste 43 ans, dimanche dernier, jour du crime.

 

Il laisse une veuve et cinq enfants en bas âge ;

la femme de la victime, Françoise Nicolas, âgée de 30 ans, est sur le point d'être pour la sixième fois mère.

 

La douleur de cette pauvre femme fait peine à voir.

 

L'inculpé Derrien vient de choisir pour avocat-conseil Me Piton.

 

Le Parquet se rendra à nouveau, probablement, demain samedi, sur les lieux du crime,

à seule fin d'établir l'acte de préméditation.

 

Les habits de la victime, qui étaient maculés de sang, ainsi que le fusil et l'éclat de la crosse trouvé auprès du cadavre, ont été saisis et serviront de pièces à conviction.

Les obsèques de la victime

 

 Dans la matinée de mardi, quand fut connue la triste découverte, dans l'entourage de la famille Le Du,

il restait une tâche délicate, difficile et pénible à remplir, c'était de prévenir la veuve du malheur qui la frappait.

 

Chacun s'y employa de son mieux et ce ne fut que dans l’après-midi que Mme Le Du,

amenée progressivement à la triste réalité, apprit les circonstances de l’assassinat de son mari.

 

Elle voulut revoir encore une fois celui-ci, l'embrasser une dernière fois et le faire embrasser par ses enfants,

mais cette suprême satisfaction ne put lui être accordée, l'autopsie ayant été faite, le corps ne put lui être rendu

que dans un cercueil fermé.

Le corps de la victime fut ramené à son domicile

à la tombée de la nuit, où une chapelle ardente avait été dressée

pour le recevoir.

C'est au milieu d'une foule considérable qu'eurent lieu les obsèques, mercredi à 10 heures.

 

Très nombreux furent les gens des alentours qui quittèrent

les travaux de la moisson pour venir apporter à la veuve éplorée

et à ses enfants tous leurs sentiments de vive sympathie

et de sincères condoléances.

Source Le Finistère octobre 1910

 

Nos lecteurs se souviennent du crime qui fut commis le 7 août dernier, à Locquillec, près de Baye,

par un jeune homme de 18 ans.

 

Ce dernier, nommé Sylvestre Derrien, domestique de ferme, devait à son tailleur, M. Le Du, une somme de 63 francs.

 

N’ayant pu acquitter à temps la note du commerçant, le domestique dit à son créancier de se rendre le 7 août dans un endroit écarté où il l’aurait payé.

 

Sans méfiance, le tailleur se rendit à l’endroit indiqué ;

aussitôt, Derrien surgit, un fusil à la main, des hautes herbes dans lesquelles

il s’était caché ;

sans aucune explication, il déchargea son arme sur Le Du qui fut tué sur le coup.

 

Derrien avoue son forfait.

 

Après l’audition des témoins, qui sont tous unanimes à présenter

l’accusé comme un brutal,

le procureur de la République requiert contre ce dernier la peine capitale.

 

Après une éloquente plaidoirie de Me Machenaud, qui invoque la mentalité

de son client et son jeune âge, le jury écarte la préméditation.

 

Derrien, reconnu coupable sans circonstances atténuantes, est condamné aux travaux forcés à perpétuité.

Bagne de Guyane

7 février 1920

Commutation en15 ans

12 août 1921

Condamné à 1 an d'emprisonnement pour recel de vol

11 mai 1923

Libération conditionnelle rejetée

1927

Remise de peine de 5 ans

25 septembre 1928

Remise de peine de 2 ans

Décédé à Saint Laurent

le 18 janvier 1929

Bacillose pulmonaire

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Dernière mise à jour - Janvier 2021