Fenêtres sur le passé

1909

Méfiez-vous de la grippe

Source : Écho de Bretagne décembre 1909

 

Méfiez-vous de la grippe

 

Il n'y a pas très longtemps que les médecins ont découvert

que la grippe est une affection toujours sérieuse, fréquemment grave, quelquefois mortelle.

 

Cela tient à ce qu'elle était mal déterminée et qu'on attribuait

à d'autres causes, notamment le catarrhe, la bronchite, l’inflammation du tube digestif, les symptômes certainement déroutants

qu'elle multiplie suivant chaque malade et d'après des particularités spéciales au sujet atteint.

 

En principe, la grippe est bronchiteuse et catarrhale.

Elle reste telle dans la forme légère lorsque le malade ne possède aucun organe faible

ou atteint d'une affection quelconque.

 

Ses symptômes sont alors très nets :

besoin irrésistible de dormir, petite fièvre, douleur fixe traversant le dos et la poitrine, oppression, coryza intense, quelquefois nausées et vomissements.

 

Le remède est alors très simple :

il faut garder le lit, observer la diète lactée coupée si l'on veut de bouillon bien dégraissé, se mettre des cataplasmes sur l'estomac et attendre tranquillement la guérison, qui est l'affaire de quelques jours.

Mais très souvent la maladie dégénère, soit dès le début,

soit après une période variant de un jour à une semaine.

 

Le malade s'en aperçoit à ce que le ou les organes qui vont être atteints se « prennent » malgré les soins.

 

Bientôt on arrive à la forme grave :

broncho-pulmonaire, gastrointestinale, hémorragique, nerveuse ou otite.

 

Les trois dernières étant rares, nous ne les aborderons pas ici ;

les deux premières sont au contraire très fréquentes, et il faut qu'on

leur accorde dès qu'elles se manifestent, l'attention la plus vigilante.

 

On peut dire que tous les bronchiteux chroniques, les tuberculeux,

les emphysémateux, les asthmatiques atteints par la grippe

ne se soustrairont pas à la forme broncho-pulmonaire,

de même que tous dyspeptiques, les gastriques, les sujets souffrant

de l'intestin n'échapperont pas à la forme gastro-intestinale.

Suivant l'expression populaire, la grippe « se porte » en effet invariablement sur le point faible de l'organisme,

et une fois qu'elle y est, rien n'est plus long que de l'en déloger, au point que certaines grippes atteignent

la durée de plusieurs mois, amenant souvent le malade à l'extrême degré de la consomption.

 

Pour l'une et l'autre variété, il est évident que le repos absolu au lit s'impose, de même que la diète au lait chaud

ou froid coupé d'eau de Vals.

 

On y joindra efficacement les tisanes chaudes et le champagne.

 

Les douleurs de poitrine causées par la grippe broncho-pulmonaire s'atténuent beaucoup si l'on sangle le thorax

dans une bande de crêpe élastique faisant un grand nombre de fois le tour du corps.

 

Il peut y avoir lieu d'appliquer des ventouses, mais les membres de la famille doivent se garder d'employer

eux-mêmes ce moyen.

 

Dans la forme gastro-intestinale, il n'est pas rare que le malade parvienne rapidement à l'intolérance totale de l'estomac.

Il faut alors administrer par en haut l'eau de Vals coupée d'un tiers

ou d'un quart de lait, à raison d'une cuillerée à café toutes les vingt minutes, et par en bas les lavements nutritifs composés de bouillon non salé,

dans lequel on aura battu un jaune d'œuf.

 

Un grand lavement glycériné sera administré chaque matin.

 

D'une façon comme de l'autre, l'assistance du médecin est indispensable,

car la grippe est traîtresse : elle tue les faibles ; qu'on ne l'oublie pas.

 

 

Dodin-Chatam

Actualités février 1925

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