Fenêtres sur le passé

1905

Sabbat nocturne à Ouessant

Source : La Dépêche de Brest 9 juin 1905

 

Mardi dernier, vers dix heures du soir, six soldats du 2e régiment d'infanterie coloniale, détachés à Ouessant,

se sont échappés de la caserne après avoir escaladé le mur d'enceinte.

 

Ces six soldats se rendirent au village de Péraluchène.

 

Ils frappèrent à la porte de plusieurs maisons, mais les habitants refusèrent de leur ouvrir.

 

Les militaires ne se découragèrent pas et firent un vacarme épouvantable à la porte du domicile de Mme L...

Cette dame, effrayée, se barricada chez elle.

 

Un des soldats monta alors sur les épaules d'un camarade et réussit à grimper sur le toit de l'immeuble.

Il brisa la vitre d'une lucarne et, après avoir fracturé la porte du grenier, descendit dans l'appartement occupé

par Mme L..., puis ouvrit la porte à ses cinq amis, qui entrèrent à leur tour dans la maison.

Une véritable orgie eut lieu ensuite.

 

Les soldats brisèrent la fenêtre, les meubles,

une partie de la cloison, mirent les rideaux en morceaux

et se battirent dans le jardin.

 

Les voisins n'ont pu dormir de toute la nuit, mais aucun d'eux, paraît-il, n'a osé s'aventurer à faire cesser cette scène

de sauvagerie.

 

Les marsouins ont quitté le domicile de Mme L... vers 2 h. 30 du matin et sont rentrés à la caserne

sans être aperçus du factionnaire.

 

Le maire d'Ouessant, saisi le lendemain matin des faits qui s'étaient passés au village de Péraluchène,

en informa le commandant du détachement.

 

Une enquête, ouverte aussitôt, amena l'arrestation des six militaires.

© 2018 Patrick Milan. Créé avec Wix.com
 

Dernière mise à jour - Décembre 2021