Fenêtres sur le passé

1902

Enquête diocésaine sur l'usage du Breton
dans la prédication et l'enseignement du catéchisme

- Plouguin -

Contributeur : Jean Jacques Le Lez

Source : Collections numérisées « Église catholique du Finistère »

 

En 1902, Mgr Dubillard demande aux curés et aux recteurs de lui fournir des renseignements très précis

sur la langue bretonne ou française utilisée aux prônes et dans la prédication dominicale,

ainsi que dans l'enseignement du catéchisme.

Cette enquête se fait dans le contexte d'une politique de sanction de la part du ministère des cultes

pour les prêtres usant du breton dans leurs prédications et le catéchisme.

À partir de septembre 1902, les prêtres reconnus comme usant du breton peuvent voir le versement

de leur traitement mensuel bloqués.

L'évêque de Quimper veut par cette enquête mesurer la capacité des fidèles finistériens à comprendre ou non

les instructions si celles-ci n'étaient qu'en français.

 

Les recteurs répondent rapidement à la demande de l'évêque.

Le numéro de la « Semaine religieuse » paraissant 15 jours après le questionnaire présente déjà

une première synthèse des réponses.

 

Conservées aux Archives diocésaines les réponses des recteurs sont pour la plupart circonstanciées

et vont souvent au-delà du questionnaire.

Elles constituent ainsi un document exceptionnel pour évaluer l'utilisation du breton et la connaissance du français dans le Finistère au début du XXe siècle.

 

Elles furent d'ailleurs exploiter par Fañch Broudic dans sa thèse de doctorat sur

« l'évolution de la pratique du breton de la fin de l'Ancien Régime à nos jours ».

 

Questions posées :

 

1. Quel est le nombre exact des enfants de 9 à 10 ans qui sont appelés, d'après les nouveaux règlements, à suivre dans la paroisse les catéchismes de première communion ?

2. Combien y en a-t-il parmi eux qui soient capables d'entendre facilement et avec fruit le catéchisme en français ?

3. Quel est le nombre de ceux, qui connaissant un peu la langue française, ne pourraient abandonner le catéchisme breton, sans sérieux détriment pour leur instruction religieuse ?

4. Combien en compte-t-on qui sont absolument incapables d'apprendre un autre catéchisme

que le catéchisme breton ?

5. Sans parler des répétitions particulières faites à quelques enfants, y a-t-il dans la paroisse deux catéchismes,

l'un donné en breton et l'autre en français ?

Quel est le nombre respectif des enfants qui les fréquentent ?

6. Les instructions paroissiales se font-elles en breton ou en français,

ou bien encore dans l'une et l'autre de ces langues ?

 

Monseigneur,

 

Je m’empresse de répondre à votre communiqué, après avoir averti mes paroissiens de l’ordre intimé

par le gouvernement et m’être informé de la capacité des enfants qui suivent le catéchisme, voici ma réponse :

 

1° - Enfants de 9 à 11 ans inscrits : 75.

 

2° - Deux ou trois pourraient à la rigueur suivre le catéchisme français mais pour encore ils ne savent pas lire

et leurs parents ne savent pas le catéchisme et ne disent pas leurs prières et n’ont que de livres bretons.

 

3° - Tous sont initiés plus ou moins à la langue française aux écoles mais ne sauraient répondre

à une seule question faite en français.

 

4° - Sur 78, au moins 76 sont incapables …

 

5° - Il n’y a qu’un catéchisme breton, sauf un enfant qui a appris le français à Brest.

 

6° - Toutes les instructions se font en breton, idiome parfaitement compris par toute la population

sans excepter les instituteurs, les religieuses et tous les piqueurs de pierres.

 

J’espère que grâce au zèle de nos instituteurs et de ses bonnes religieuses, le gout du français se communiquera

à toutes nos familles Bretonnes.

 

Avec ce, Daignez, Monseigneur ….

© 2018 Patrick Milan. Créé avec Wix.com
 

Dernière mise à jour - Décembre 2021