1902 - Un crime à la Forêt-Landerneau

Source : La Dépêche de Brest 11 novembre 1902

 

Un crime à La Forêt-Landerneau

 

Un drame a ensanglanté, dans la journée de dimanche,

la paisible commune de La Forêt.

 

Une femme a été assommée â coups de sabots et à coups de bâton par un toucheur de bestiaux, âgé de 19 ans.

 

Encore une fois, c'est l'alcool qui a vraisemblablement armé le bras du meurtrier,

car on ignore encore le mobile de cette scène affreuse.

 

Voici, d'après l'enquête à laquelle nous nous sommes livrés, comment les faits se sont passés.

Vol de vinaigre

 

Le crime a été commis au pont de Mesgral, dans un débit tenu par Mlle Quéré, à quatre kilomètres de Guipavas, dans la commune de La Forêt, et sur la route de Brest à Landerneau.

 

Cette habitation est absolument isolée et en pleine campagne.

 

De chaque côté, il faut effectuer environ un quart d'heure de marche avant de rencontrer des maisons.

 

Mlle Quéré vend à boire et à manger, et les cultivateurs s'arrêtent souvent dans son débit quand ils se rendent aux marchés des environs, Mlle Quéré, fille de la victime et propriétaire du débit,

a épousé M. Kériguy, marchand de bestiaux de la localité.

 

Dans l'après-midi de dimanche, vers trois heures, Mme Kériguy voyant sa mère indisposée,

la fit monter dans le grenier de la maison, où elle se coucha sur un tas de foin.

 

Mme Kériguy ferma ensuite la porte de ce grenier et emporta la clé dans la poche de son tablier.

 

A quatre heures, deux consommateurs entrèrent dans le débit.

 

C'étaient Joseph Toullec, âgé de 19 ans, toucheur de bestiaux, sans domicile fixe, et un de ses camarades,

de la même profession, connu sous le nom de le « Plougastel ».

 

Ils se firent servir à boire au rez-de-chaussée et jouèrent tous deux aux cartes.

 

Toullec se trouvait dans un état d'ébriété fort avancé.

 

Tout à coup, il saisit à sa portée une bouteille de vinaigre, croyant qu'elle contenait du cognac,

et allait s'en emparer, quand il fut surpris par Mme Kériguy.

 

Toullec rendit la bouteille et dut quitter l'établissement.

 

Les deux camarades se quittèrent sur la route et Toullec rôda pendant quelques instants autour de la maison.

Le crime

 

Le toucheur de bestiaux s'approcha furtivement du débit

sans être aperçu, en fit le tour et gravit rapidement les marches d'un escalier donnant sur l'arrière et qui conduisait au grenier.

 

Sans bruit, Toullec força la porta dudit grenier pour y pénétrer.

 

On sait que Mme Quéré dormait là, étendue sur la paille.

 

Que se passa-t-il à ce moment ?

 

Quelle fut la scène du drame ?

 

On l'ignore, parce qu'il n'y a eu ni cris, ni lutte, ni appels de secours.

 

Au bout de deux heures seulement, c'est-à-dire vers six heures, Toullec pénétra à nouveau dans le débit,

la blouse et les mains pleines de sang.

 

En outre, il avait l'air égaré, hébété.

 

Mme Kériguy remarqua des taches rouges et lui dit : «  Mais qu'as-tu donc fait pour être plein de sang ? »

 

Toullec ne répondit pas et dit, au bout d'un moment :

« Ta mère doit être morte en ce moment, ou elle n'a pas pour bien longtemps à vivre. »

 

La propriétaire du débit, en proie à une émotion bien compréhensible, accourut au grenier.

 

Elle trouva la porte défoncée et sa mère, le visage mutilé, couvert de sang,

étendue sur la paille et ne donnant plus signe de vie.

 

Plus de doute, Mme Quéré avait cessé de vivre.

 

Effrayée, Mme Kériguy revint dans le débit et apostropha Toullec en ces termes : « C'est toi qui as tué ma mère ! »

 

Le toucheur de bestiaux répondit de l'air le plus tranquille : « Oui, c'est moi, et j'irai aux galères ! »

 

Alors, au paroxysme de la colère, la fille de la victime se jeta sur Toullec et le frappa violemment à la tête

de la clef du grenier, qu'elle avait dans son tablier.

 

Un consommateur intervint et garda l'assassin à vue, pendant que l'on allait prévenir MM. Omnès,

adjoint au maire, et Le Bihan, conseiller municipal de La Forêt.

 

Ceux-ci avertirent la gendarmerie de Landerneau, qui se transporta aussitôt sur les lieux.

 

Le parquet de Brest fut avisé, hier matin, de cette sanglante affaire.

 

Descente de justice

 

À trois heures, hier après-midi, MM. Denier, procureur de la République ; Fenoux juge d'instruction ;

le docteur Anner, médecin-légiste ;

Laurent, greffier, sa rendaient sur les lieux du crime.

 

La gendarmerie communiqua au procureur le procès-verbal détaillé de l'affaire.

 

Le premier soin des magistrats fut de procéder à l'interrogatoire du meurtrier.

 

Celui-ci, gardé, menottes aux mains, dans le débit,

paraissait absolument indifférent et ne semblait pas se douter de son crime.

 

Aux questions de M. Fenoux, il opposa des dénégations successives, niant tout et prétextant ne se rappeler de rien.

 

La confrontation

 

Une confrontation devenait nécessaire, puisque l'assassin ne reconnaissait pas le crime.

 

Toullec fut amené devant sa victime, en présence des magistrats.

 

Cette confrontation ne produisit aucune impression sur le toucheur de bestiaux

et il ne cessa de garder son attitude impassible.

 

M. Fenoux lui demanda :

« Vous êtes accusé d'homicide volontaire sur la personne de Mme Quéré. Reconnaissez-vous les faits ? »

 

« Je ne reconnais rien », répondit Toullec.

 

Un gendarma présenta un béret tâché de sang que l'on avait trouvé sur le cadavre.

 

« Ce béret vous appartient-il ? » demanda le juge d’instruction.

 

L'accusé examina longuement cette coiffure, hésita quelques minutes et répliqua : « Oui, il est à moi. »

 

« Et ce bâton ? » continua M. Fenoux en signant une branche de chêne de 1m 50 de long, très épaisse,

et que le meurtrier avait laissée auprès de sa victime.

 

À cette question, Toullec tourna la tête et ne répondit pas.

 

À son tour, le docteur Anner s'approcha du coupable et l'examina.

 

Toullec a la face complètement ravagée et ses camarades l'appelaient le « sans nez ».

 

Interrogé sur les traces de sang répandues sur sa blouse et ses mains, l'inculpé a donné les explications suivantes :

 

« J'étais dans le débit, en bas, quand la patronne m'a frappé à la tête. »

 

« Comme le sang coulait abondamment j'ai tenté de l'étancher avec mes mains

C'est ce qui explique la maculation de mes vêtements. »

 

Les magistrats ont enregistré cette version, qui ne manque pas d'habileté.

 

Béret et bâton ont été saisis comme pièces à conviction.

 

Il semble résulter de l'examen médical que Mme Quéré a été assommée à coups galoches ferrées et de bâton.

 

Après cet interrogatoire sommaire, le docteur Anner a procédé à l'autopsie du cadavre pendant

que le juge d'instruction recueillait les dépositions des témoins.

 

Un mandat de dépôt a été décerné contre Toullec, que les gendarmes ont écroué hier soir,

à la maison d'arrêt du Bouguen.

 

La victime

 

Mme Quéré, la victime, est âgée de 53 ans.

 

Elle habitait La Forêt depuis 25 ans et jouissait de l'estime générale.

 

Son mari, M. Pierre Quéré, âgé de 58 ans vit d'une pension que le gouvernement lui accorda

en récompensa des services rendu pendant la guerre 1870-71.

 

Il est médaillé militaire.

 

Au moment du crime, il travaillait au village de Paguelen, près de Landerneau.

 

On devine son désespoir à l'annonce du malheur qui le frappait soudainement.

 

Les époux Quéré demeuraient près de leurs enfants, au pont de Mesgral, dans une modeste ferme.

 

Ajoutons que M. Quéré a perdu la sens de l'ouïe depuis plusieurs années.

 

L'assassin

 

Toullec était tenu en mauvaise estime parmi ses camarades, qui ne prisaient guère son mauvais caractère.

 

Ce toucheur de bestiaux perdit son père à l'âge de huit ans et c'est vers cette époque

qu'un cancer lui rongea totalement le nez et une partie de la face.

 

En outre, l'assassin est scrofuleux de naissance et se livre fréquemment à la boisson.

 

C'est un repris de justice, condamné à diverses reprises pour vol.

 

Il sortait récemment de prison et les bouchers qui le fréquentaient lui disaient souvent,

devant ses écarts de conduite : « Tu finiras par avoir le cou coupé ! »

 

Toullec s'était rendu, samedi dernier, à la foire de Saint-Renan,

et il ramenait des bestiaux pour la foire de Landerneau, qui avait lieu hier.

 

Il possédait donc de l'argent au moment du crime.

 

Dimanche matin, à neuf heures, il se trouvait avec le « Plougastel » dans un café dans Lambézellec,

au point terminus des tramways.

 

Tous deux ont suivi la route de Guipavas et se sont finalement arrêtés au pont de Mesgral, quoique ayant l'intention de se rendre à la foire de Landerneau.

 

Le vol ne paraît pas être le mobile du crime, puisque la victime n'avait pas d'argent sur elle

et qu'aucune somme n'a disparu.

 

D'autre part, Toullec, qui stationnait deux ou trois fois par semaine dans le débit,

lors de ses voyages d'une commune à l'autre, connaissait très bien sa future victime.

 

Que s'est-il passé entre Mme Quéré et Toullec dans la solitude du grenier?

 

Seuls, les aveux de l'accusé pourront nous l'apprendre.

 

Ce crime a produit une pénible impression dans les campagnes environnantes et faisait,

hier, l'objet de toutes les conversations.

 

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Le toucheur- de bestiaux Toullec, l'assassin de Mme Quéré, a été conduit, hier après-midi, à 1 h. 27,

à la gare de Landerneau, où il a pris place dans le train qui se dirigeait sur Brest.

 

Arrivé dans notre ville à 1 h. 55, Toullec a refusé de se rendre à pied à la maison d'arrêt du Bouguen.

 

Force a été de commander une voiture pour conduire le meurtrier à la prison.

 

M. Fenoux, juge d'instruction, n'a procédé, hier, à aucun interrogatoire.

 

Toullec sera vraisemblablement conduit aujourd'hui dans le cabinet du juge d'instruction,

où il choisira un avocat-conseil, suivant les termes de la loi.

 

Un nouvel interrogatoire sera fait quarante-huit heures après cette formalité,

et l'instruction continuera son cours normal.

 

L'attitude de l'accusé est toujours la même : impassible et indifférente.

 

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Toullec, l'assassin de Mme Quéré, de La Forêt, a été extrait, hier après-midi,

de la maison d'arrêt du Bouguen et a pris place dans la voiture cellulaire, qui l'a conduit au palais de justice.

 

Dans le cabinet du juge d'instruction, l'assassin a refusé l'assistance de l'avocat-conseil auquel il avait droit,

suivant les termes de la loi.

 

Il est à noter, d'ailleurs, que Toullec, qui est un repris de justice et un habitué des cabinets de juges d'instruction,

n'a jamais accepté d'avocat, lors de ses précédents délits.

 

Au début de l'interrogatoire, l'inculpé a renouvelé ses dénégations de l'autre jour, sur le théâtre même du crime.

 

Pressé de questions, il a finalement passé des aveux complets,

prétextant une ivresse absolue qui l'a poussé au meurtre.

 

Au cours de cette entrevue avec M. Fenoux, Toullec a déclaré, en outre,

qu'il avait tenté d'avoir des relations avec sa victime.

 

Ce serait même le seul mobile du crime, car toute idée de vol est définitivement écartée.

 

Il reste à préciser certains détails, notamment à connaître si Mme Quéré a opposé une résistance à son agresseur ou si elle a été assommée sur le coup.

 

À cet effet, le docteur Anner, médecin-légiste, a été commis par le parquet pour rechercher si l'accusé

porte sur son corps des traces quelconques de lutte.

 

Les vêtements de Toullec, maculés de sang, ont été déposés au greffe du tribunal, comme pièces à conviction.

 

M. Denier, procureur de la République, ayant délivré le permis d'inhumer après l'autopsie,

les obsèques de la victime ont eu lieu mardi dernier.

 

Le rapport du docteur Auner n'est pas encore parvenu au parquet, mais il semble résulter de l'examen médical

que la responsabilité de l'assassin serait atténuée, en raison de son mauvais état de santé.

 

Comme nous l'avons dit, Toullec est scrofuleux de naissance et les juges retiendront certainement ce cas

lorsqu'il paraîtra en cours d'assises.

 

Après ses aveux, l'inculpé n'a manifesté aucun sentiment de regret.

 

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L'acte d'accusation

 

Par une sorte de fatalité, dans les affaires de meurtre ou d'assassinat, les victimes sont, le plus souvent,

des êtres intéressants, soit au point de vue de la famille, soit au point de vue de la moralité.

 

Ici, tel n'est pas le cas.

 

Simple remarque, qui ne suffit pas, bien entendu, à excuser le crime odieux sur les détails

duquel on comprendra que nous glissions assez rapidement.

 

Le 9 novembre dernier, vers 3 h. 1/2 du soir, Joseph François Toullec, âgé de 19 ans, toucheur de bestiaux,

sans domicile, se trouvait dans le cabaret tenu à Pont-Mesgral, commune de La Forêt, par les époux Kériguy.

 

La mère de la cabaretière, Marie-Yvonne Floch, femme Quéré, y habitait avec sa fille.

 

Elle avait des mœurs fort-mauvaises et, quand elle était ivre, sa fille était obligée de la renfermer dans sa chambre.

 

Après avoir quitté le cabaret, Toullec prit la route de Landerneau,

revint sur ses pas et voulut pénétrer dans la chambre de la femme Quéré.

 

Ne pouvant y réussir, il monta dans le grenier, où la femme Quéré vint le rejoindre.

 

Toullec a raconté que la femme Quéré, qui lui demanda alors de l'argent, et à laquelle il opposa un refus formel,

le frappa dans le dos avec un couteau, sans d'ailleurs lui faire de mal.

 

Rendu furieux, il lui arracha son couteau, qu'il jeta à terre, la frappa brutalement au visage et finalement l'étrangla.

 

Telle est la version de l'accusé, qui, d'ailleurs, n'est contredite ni par l'entourage de la femme Quéré,

ni par les constatations du médecin légiste.

 

Vers 6 h. 1/2, Toullec descendait dans la salle du cabaret, réclamait son béret et se faisait servir un bol de lait ;

ses mains étaient ensanglantées et ses vêtements tâchés de sang :

« D'où venez-vous? lui disait la femme Kériguy. Est-ce que vous avez tué une vache ? »

 

« Allez voir votre mère, elle est en train de mourir, si elle n'est pas déjà morte ! » lui répondit Toullec.

 

La cabaretière montait alors au grenier et y trouvait le cadavre de sa mère,

dont le visage était méconnaissable par les coups qui lui avaient été portés.

 

Elle descendait aussitôt et, trouvant Toullec, elle le frappait avec une clef derrière la tête,

lui demandant s'il ne regrettait pas ce qu'il venait de faire :

« Non », répondit immédiatement Toullec, qui avouait ensuite cyniquement son crime à M. Billant,

conseiller municipal, appelé sur les lieux.

 

Les renseignements recueillis sur l'accusé sont des plus mauvais : il est ivrogne, paresseux, violent et brutal.

 

Il a été condamné pour vol, coups et blessures, bris de clôtures et ivresse.

 

L'accusé Toullec est un jeune homme de 19 ans, à la figure hideuse,

rongée par une plaie ancienne qui s'étend du nez jusqu'à la joue gauche.

 

Il s'exprime très bien et ne semble pas dénué d'une certaine intelligence.

 

Il est assisté de M. Hamon.

 

M. le substitut Mauranges, occupe le siège du ministère public.

 

On remarque comme pièces à conviction tout un lot de vêtements ensanglantés.

Interrogatoire de l'accusé

 

À vrai dire, il n'est pas bien compliqué, Toullec, après avoir,

au début de l'instruction, refusé toute explication,

s'étant arrangé un système de défense qu'il n'abandonna plus.

 

Après s'être vanté d'avoir abusé de la femme Quéré,

il est revenu sur cette déclaration et se contente de dire

qu'il l'a « simplement étranglée ».

D. — Vous avez reconnu, que vous lui aviez également porté des coups de poing sur la figure ?

 

R. — Je me rappelle bien que je l’ai serrée fortement à la gorge ;

je ne me souviens plus si je lui ai donné des coups sur la figure.

 

D — Vous savez cependant que le médecin légiste attribue la cause de la mort aux nombreux coups portés

sur la figure plutôt qu’à l'asphyxie ?

 

R. — Moi, je pense toujours que je l’ai tuée en l'étranglant.

 

D. — Pourquoi avez-vous tué la femme Quéré ?

 

R. — Parce qu'elle m'a frappé à coups de couteau.

D. — Mais vous avez reconnu vous-même que vous n'aviez eu aucun mal et que ce couteau à lame ronde

n'avait même pas déchiré vos vêtements.

R. — Si elle avait pu me faire encore du mal, elle m'en aurait fait.

 

Sur interpellation : « Je regrette assez ce que j'ai fait. »

 

Audition des témoins

 

Huit témoins sont cités.

 

Voici, en résumé ce qu'ils déposent :

 

M. Uhel, gendarme à Landerneau, donne les plus mauvais renseignements sur l'accusé Toullec,

qui est considéré, dit-il, dans le pays, comme un homme des plus dangereux.

 

Joseph Vigouroux, âgé de 19 ans, dit « Plougastel », toucheur de bestiaux,

est ce camarade de route qui tint compagnie, le soir du crime, à Toullec, dans le cabaret Kériguy.

 

Il parle d'une discussion au sujet d'un litre de vinaigre que Toullec aurait pris,

et dit qu'ayant été mis à la porte par le gendre de la femme Quéré, il est allé coucher dans une ferme voisine.

 

En partant, le témoin a entendu la femme Kériguy dire, en parlant de sa mère :

« Maintenant, elle est renfermée ; elle ne viendra plus faire du « baroufle. »

 

Vigouroux fait un triste tableau de la dépravation de la victime.

 

Le sieur Jérôme Kériguy, âgé de 29 ans, cabaretier à Pont-Mesgral,

raconte brièvement les épisodes de cette triste soirée.

Il cite notamment les propos suivants tenus par Toullec à la dame Kérigny, qui, le voyant couvert de sang,

lui demandait ce qui lui était arrivé : « Ta mère est tuée; si elle n'est pas morte, elle est en train de mourir ! »

 

Le témoin ajoute :

« En descendant du grenier, j'ai demandé â Toullec si c'était lui qui avait tué ma belle-mère ;

il me répondit : « Oui et j'irai aux galères ! »

 

Pauline Quéré, femme du précédent témoin, dépose des mêmes faits et ajoute que, dans son indignation,

en apprenant de la bouche même de Toullec ce qu'il venait de faire,

elle n'a pu s'empêcher de le frapper à la tête avec une clé.

 

Sur interpellation:

« Lorsqu'il est descendu du grenier, je lui ai demandé d'où provenait le sang qu'il avait sur ses effets et sur ses mains, je lui ai même dit ;

« Est-ce que vous venez de tuer une vache ?»

 

Il m'a répondu :

« Allez voir votre mère, elle est en train de mourir, si elle ne l'est déjà. »

 

D. — Ne lui avez-vous pas demandé s'il regrettait d'avoir fait ce qu'il avait fait ?

 

R. — Si, et il m'a répondu non.

 

On représente ou témoin un bol portant des empreintes de doigts tâchés de sang.

 

Le témoin dit :

C'est bien dans ce bol que Toullec a bu du lait, quand il est descendu du grenier, c'est bien lui qui l'a tâché de sang.

 

M. François Billant, conseiller municipal au Courtez, en La Forêt, appelé à faire les premières constatations, déclare :

Après avoir réuni quelques renseignements sur le drame qui venait de se passer, je demandai à Toullec,

que je connaissais de vue, si c'était lui qui avait tué la femme Quéré ;

il me répondit : « Oui, je lui ai donné un coup de poing ;

va prévenir les gendarmes, j'irai aux galères ;

s'il n'y a pas assez de deux, envoie quatre gendarmes. »

 

Sur interpellation :

À ce moment, Toullec avait toute sa lucidité d'esprit.

 

M. le docteur Anner, de Brest, médecin-légiste, résume, d'une façon très nette et très claire,

les constatations qu'il a relevées sur le cadavre de la victime.

 

Pour lui, des violences de la plus grande gravité ont été exercées sur la femme Quéré,

et la cause de la mort doit être attribuée aux coups multiples portés sur la face plutôt qu'à la strangulation.

 

La mort a dû être prompte.

 

Charles Jézéquel, 37 ans, cultivateur à Roscarven, en Gouesnou, déclare :

Un jour, en descendant de la voiture cellulaire avec Toullec, il m'a dit qu'il avait tué une vieille femme

et qu'il ne parlerait pas à l'instruction.

 

M. Claude Paul, 40 ans, agent de police à Brest, tient ces propos du sieur Jézéquel, qui les lui aurait rapportés.

 

Le réquisitoire

 

M. le substitut Mauranges flétrit avec indignation le crime odieux commis par l'accusé.

 

L'honorable magistrat n'a pas de peine à démontrer la fragilité du système de défense de Toullec.

 

Dans un langage facile et méthodique,

il réclame du jury un verdict inflexible, le seul qui soit en rapport avec l'acte accompli.

 

La défense

 

Maître Hamon invoque toute l'indulgence des jurés.

 

Son client, dit-il, est un déshérité de la nature ;

il a droit à certains égards ;

il faut le juger tel qu'il est.

 

D'autre part, le défenseur met en relief les mœurs de la victime qui, en quelque sorte,

a amené le malheureux Toullec à commettre le crime dont on l'accuse aujourd'hui.

 

En résumé, la défenseur fait appel à toute la commisération du jury.

 

La condamnation

 

Toullec, reconnu coupable avec circonstances atténuantes,

est condamné à douze années de travaux forcés et à dix ans d'interdiction de séjour.

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Joseph François Toullec au bagne de Guyane

Condamnations antérieures

Embarqué sur "La Loire"

le 12 juin 1903

à destination de la Guyane.

Évadé en 1904

Réintégré et condamné

le 9 septembre 1904

à 2 ans de Travaux forcés

 

Évadé le 6 septembre 1906

Réintégré le 30 janvier 1907

Condamné le 12 juin 1907

à 3 ans de Travaux Forcés.

Évadé le 16 juillet 1907

Jamais repris

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Dernière mise à jour - Janvier 2021