Fenêtres sur le passé

1900

Déraillement de train à Plabennec

Source : La dépêche de Brest 14 – 15 - 16 août 1900

 

DÉRAILLEMENT
sur la ligne de Brest à l’Aberwarc’h


Chauffeur tué. Mécanicien grièvement blessé


Dans l'après-midi d'hier, un accident de chemin de fer, qui a causé la mort d'un homme,

s'est produit près de Plabennec, sur la ligne du chemin de fer départemental.


Le train, qui part de l’Abervrac’h à 11 h. 18 et arrive à Brest à une heure, a déraillé vers midi 20, à 200 mètres

avant d'arriver au kilomètre 16, en face du village de Kerjulguer, sur un point de la voie où le sol est tourbeux.


La locomotive, le fourgon et trois wagons sont sortis des rails.


La locomotive, pivotant sur elle-même, a été complètement renversée.


Le fourgon est monté sur la locomotive.


Le chauffeur et le mécanicien ont été projetés en l'air.


Le mécanicien Abaléa en a été quitte pour de fortes contusions aux jambes et aux reins.


Quant au malheureux chauffeur Madec, pris sous l'arrière de la machine, entre la marquise et la caisse à charbon,

il a été affreusement mutilé.

Sa mort a été instantanée.


Les voyageurs étaient assez nombreux :

ils ont ressenti de fortes commotions.

 

Pris de panique, plusieurs ont sauté sur la voie.

 

Fort heureusement, personne n'a été blessé.

 

Les secours

Immédiatement, le chef de train se rendait à Plabennec pour télégraphier à Brest et demander du secours.


En même temps, le juge de paix, la gendarmerie et le docteur Gueguen étaient prévenus.

 

Ces messieurs se rendirent aussitôt sur les lieux pour procéder aux constatations d'usage.


Le chef d'équipe de la voie, M. Guillaume Le Goff, de Plabennec, et un poseur, M. René Riou, domicilié à Plouvien,

qui travaillaient non loin du lieu de l'accident, étaient des premiers accourus.


Après avoir vainement tenté de dégager le chauffeur, ils s'occupèrent du mécanicien.


M. Coat, instituteur à Gouesnou, portant une boîte pharmaceutique,

se rendit un des premiers avec sa fille sur les lieux de l'accident.


Le blessé Abaléa, qui tout d'abord avait un peu de déliré et pouvait à peine respirer, fut placé sur un lit de paille,

où le docteur Gueguen lui prodigua ses soins.


Un peu plus tard, on l'installa dans un wagon de 1ère classe qui avait été aménagé pour la circonstance.


Il a été ramené à la gare de Brest, puis conduit à son domicile dans une voiture de place.


Quant au cadavre du chauffeur Madec, qui a pu être retiré du milieu des débris sous lesquels il était pris,

il a été transporté chez un cultivateur voisin, M. Yves Gestin, qui l'a placé dans un char à bancs.


Le corps a été recouvert de paille.


Le déblaiement de la voie

 

Pendant ce temps, tous les voyageurs avaient disparu, les uns retournant à Plabennec

et les autres gagnant Gouesnou.


Vers deux heures, MM. Sadet, chef d’exploitation, et Yvinec, conducteur des ponts et chaussées, chef du contrôle, arrivèrent avec une machine de secours.


Au bout de deux heures de travail, la voie fut déblayée et le train put poursuivre sa marche sur notre ville,

où il est arrivé vers cinq heures.

MM. Jacquet, substitut du procureur de la République ; Fenoux, faisant fonction de juge d'instruction,

accompagné de M. Laurent, commis-greffier, se sont rendus à Plabennec, où ils sont arrivés à six heures du soir.


Ils procédèrent aux constatations d'usage, en présence de M. Loaëc, juge de paix de Plabennec,

de son greffier et de MM. Sadet et Yvinec.


Les magistrats ont ordonné le transport du corps du chauffeur Madec à l'hospice civil de Brest, aux fins d'autopsie.


Quant à la machine, elle devra rester dans l'état où elle se trouve,

de manière à être examinée par le contrôleur des mines.


La cause de l'accident


Le train marchait â une vitesse normale de 20 kilomètres à l'heure.


Le ballast avait été refait récemment.


L'accident paraît être dû à un affaissement du sol bourbeux en cet endroit, ainsi que nous l'avons dit.


Certaines personnes prétendent que la machine avait des organes faussés.

 

Nous donnons, bien entendu, ces dires pour ce qu'ils valent.


Le récit d'un mécanicien


M. Abaléa, interrogé, a déclaré que quelques instants avant l'accident, ayant senti une certaine trépidation

et de légères secousses, il s'est empressé de serrer le frein à bloc.

 

Cinq à six mètres plus loin, la locomotive pivotant sur elle-même, se renversait et il se sentait projeté en l'air.


Il a pu se retirer de dessous la machine, et a tenté de sauver son camarade en le tirant par les jambes,

mais déjà la mort avait son œuvre.


La vapeur a brûlé M. Abaléa aux jambes et il a des contusions aux reins.


L'arrivée du mort à Brest


Le cadavre du chauffeur Madec arrivera ce matin à Brest.


À sept heures, M. Picq se tiendra à la gare pour le recevoir et procéder aux constatations d'usage.


L'infortuné chauffeur était célibataire.


On ne lui connaissait aucun parent.

DÉRAILLEMENT
sur la ligne de Brest à l’Aberwrac’h

Ainsi que nous le disions hier, le corps de l'infortuné Madec,

victime du terrible accident de Plabennec, qui avait été transporté,

la nuit dernière, chez un cultivateur de Kerjulguen.

 

M. Yves Gestin, a été amené à l'hospice civil dans le char à bancs

où il avait été provisoirement placé.


Il y est arrivé à trois heures du matin.


L'autopsie


Vers 8 h. 1/2, dans la matinée d'hier, M.le docteur Anner, médecin-légiste, s'est rendu à la morgue pour procéder à l'autopsie.

Il en résulte des constatations du praticien, que la mort est survenue

par suite de compressions sur la poitrine et le ventre.


Le cadavre est complètement aplati.


L'épaule droite est luxée ainsi que le poignet droit.


Sur tout le corps (tronc, jambes, bras),

on remarque des traces multiples de brûlures.


Le cadavre était à ce point mouillé que le docteur Anner pensait

qu'il avait été trempé dans l'eau.


La famille de la victime

Madec était originaire de Lauberlach.


Sa famille, prévenue, a dû arriver hier à Brest.


Les obsèques


Les obsèques ne sont pas encore fixées.


On pense qu'elles auront lieu aujourd'hui.


Le blessé


Nous nous sommes rendu, dans l'après-midi, au domicile du blessé, M. François Abaléa, âgé de 32 uns,

qui habite au numéro 146 de la rue de Paris, une pièce sur la cour, au 1er étage.


Le logis, dont l'aspect est riant, respire la propreté.


Le blessé, qui a beaucoup souffert surtout des reins nous dit sa femme, est couché et sommeille.


Nous ne voulons pas le troubler dans son repos, d'autant plus qu'il n'avait pu fermer l'œil depuis hier soir.


Tout à côté, dans un berceau, un bébé de 18 mois sommeille.


Sa mère nous déclare que ce que la Dépêche a publié ce matin concorde absolument

avec ce que son mari lui a raconté, et qu'elle ne voit rien d'inédit à nous narrer sur la catastrophe.


L'entrée de son mari à la compagnie des Chemins de fer départementaux remonte à une année environ.


À l'origine, il était employé au dépôt comme chauffeur.


Il ne remplissait le poste de mécanicien que depuis deux ou trois mois.


Précédemment, il travaillait pour le compte de la maison Riou et Abalan, en qualité de chauffeur.


Deux docteurs, nous dit Mme Abaléa, sont venus visiter mon mari, qui parle avec une certaine peine.


Il a des brûlures sur les deux mollets, notamment au mollet gauche,

et des lésions internes sont à redouter au flanc gauche.


Son état est assez inquiétant.


Nous remercions Mme Abaléa de son amabilité et, après avoir formé les meilleurs vœux pour le prompt rétablissement de son mari, nous prenons congé d'elle en nous excusant d'être venu l'importuner.

Sur les lieux de l'accident


MM. Sadet, chef d'exploitation ; Yvinec,

conducteur des ponts et chaussées, chef de contrôle; Beaulard, conducteur des mines;
Vicaire, ingénieur ordinaire des ponts et chaussées,

se sont rendus sur les lieux de la catastrophe

dans la matinée, par train spécial.


Ces messieurs, que l'ingénieur en chef M. Considère

est allé rejoindre vers deux heures,

y ont passé une grande partie de la journée.

Nous croyons savoir que la cause de l'affaissement du sol dont nous avions parlé doit être écartée.


Les recherches sont portées maintenant sur la machine, à laquelle on n'a pas touché jusqu'ici.

 

DÉRAILLEMENT
sur la ligne de Brest à l’Aberwrac’h

 

Sur les lieux de l'accident

 

Dans la matinée d'hier, M. Beaulard, contrôleur des mines,

s'est à nouveau rendu sur les lieux de l'accident pour examiner la machine.


Il était accompagné de MM. Bariller fils, sous-chef du service central au Mans et Jouanne, chef du dépôt.


Ce matin, la machine sera relevée.


Cette opération aura lieu en présence de MM. Sadet, chef d'exploitation ; Yvinec, conducteur des ponts et chaussées, chef de contrôle ; Beaulard, contrôleur des mines ; Vicaire, ingénieur ordinaire des ponts et chaussées, et Bariller fils.

Ces messieurs vont poursuivre leurs recherches en vue de découvrir la cause de l'accident.


Le blessé


Nous avons fait prendre, dans la journée, des nouvelles de M. Abaléa,

mécanicien, blessé dans les circonstances que l'on sait.


M. Abaléa va aussi bien que possible ; son état s'est plutôt amélioré.

Les obsèques de la victime


L'inhumation du chauffeur Madec, qui a trouvé la mort

dans les conditions que nous avons rapportées,

a eu lieu hier après-midi, à 3 h. 1/2.

 

Le deuil était conduit par MML. Bariller, sous-chef de service, venu spécialement du Mans ;

Sadet, chef de l’exploitation ; Jouanne chef de dépôt.

Deux amis du défunt, deux agents du service de la traction, tenaient les cordons du poêle.

 

Deux magnifiques couronnes étaient portées par des agents, l'une, en porcelaine, roses et pensées,

offerte par l'administration des chemins de fer départementaux du Finistère ; l'autre, en porcelaine,

roses thé et violettes, offerte par le personnel de la compagnie.


Assistaient également aux obsèques, M.Yvinec, conducteur du contrôle,

et tout le personnel disponible de la compagnie.


Après la cérémonie religieuse, célébrée à l'église des Carmes, le convoi s'est dirigé vers le cimetière de Kerfautras,

où s'est faite l'inhumation.


Devant la tombe, M. Morvan, garde-magasin, a prononcé, à la place de M. Sadet, atteint par un deuil trop récent,

le discours suivant :


Monsieur le chef de l'exploitation, Messieurs,


C'est le cœur plein d'une profonde tristesse que Je viens, au nom du personnel de la compagnie des chemins de fer départementaux du Finistère, adresser un dernier adieu au chauffeur-ajusteur Madec, mort victime de son devoir.
.
Je ne puis retenir mon émotion devant cette tombe si brusquement ouverte, en songeant que le matin même

de cette terrible catastrophe, qui nous frappe tous, je l’avais vu si gai, si plein de vie, pour le retrouver quatre heures plus tard écrasé sous le poids de sa machine.


Quoique n'appartenant à la compagnie que depuis quelques mois, Madec, par son travail et son aménité ;

possédait la confiance et l'estime de ses chefs et l'amitié de tous ses camarades.

 

Nous tous, qui l'avions vu à l'œuvre et avions su l'apprécier, savons la perte douloureuse que sa mort nous apporte

et les cruels regrets que son souvenir nous laissera.


Dors en paix ton dernier sommeil !

 

Comme le soldat tombé sur le champ de bataille, comme le marin tombé à son poste de combat,

tu es mort de la mort les braves, tu es mort au champ d'honneur.


Au nom de tes chefs et de tes camarades,

Je t'adresse, Madec, un suprême adieu, en m'inclinant profondément devant la tombe d'un ami qui ira grossir encore

le glorieux martyrologe des victimes du devoir.

Les dégâts matériels


Les dégâts matériels ne sont pas très importants.

 

Seule, la locomotive, qui est 6 1 m. 50 de la voie,

complètement renversée, a dû être sérieusement endommagée.


Descente de justice


Le parquet avait été prévenu par télégramme.

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Dernière mise à jour - Décembre 2021