Fenêtres sur le passé

1899

La réfection des halles Saint-Louis

Source : La Dépêche de Brest 22 septembre 1899

 

Grand émoi, hier et avant-hier, au marché Saint-Louis, parmi tous les marchands possédant un étal

pour la vente de leurs denrées.

 

La plupart ne parlaient rien moins que d'intenter un procès à la municipalité.

 

Le motif :

La réfection des halles et le soi-disant transfert des bouchers, marchandes de légumes et de poissons

sur la place Fautras ou celle de la Liberté.

 

On savait, cependant, qu'un jour ou l'autre, il faudrait arriver à cette mesure, mais chacun avait gardé le silence jusqu'au moment où le sous-brigadier Prigent, chargé de la surveillance des halles, est venu, par ordre de nos édiles, sonder l'opinion des marchands.

 

Il n'en a pas fallu davantage pour causer une grande explosion de colère qui, avouons-le cependant,

n'a pas trop de raison d'être.

Car la réfection des halles s'imposait.

Pour une grande ville comme Brest, dans un quartier aussi central,

la vue du marché délabré et malpropre de Saint-Louis était loin d'être réconfortante.

Le projet fut soumis au conseil, dans sa séance du 23 janvier dernier, par son rapporteur, M. Picot, et il fut adopté à l'unanimité.

 

Il est vrai qu'à une question posée par M. Lullien, demandant si,

par le délai d'un an accordé pour l'exécution des travaux

et qui semblait bien long, on entendait que le travail durerait toute

une année, M. Omnès répondit que le travail ne se ferait que par partie.

De cette façon on ne serait pas obligé de déplacer les marchandes

et le délai était assez court, puisque l'entrepreneur, devant exécuter son travail partie par partie, il aurait beaucoup plus de difficultés

que si le chantier lui était livré complètement.

 

C'est cette assurance qui avait momentanément calmé la crainte

des marchands.

Il a fallu l'enquête du sous-brigadier Prigent pour raviver le feu

et donner lieu à un concert de récriminations.

 

Les uns demandent qu'on leur permette de s'installer place Médisance, d'autres sur la portion de la place Saint-Louis qui se trouve

derrière la sacristie ;

quelques-uns, désireux avant tout de ne pas s’éloigner du centre

de leur clientèle habituelle, parlaient de la rue Duquesne.

 

Passe pour la place Médisance, et encore les petits marchands forains qui s'y trouvent et se verront expulsés

par les bouchers ou autres marchands des halles, pousseront-ils de hauts cris.

 

Mais, franchement, nous ne voyons pas trop la possibilité de transférer chaque étal dans les deux derniers endroits.

 

Le premier, en effet, est d'abord très exigu, puis, et surtout, il est journellement envahi par les voitures de Plougastel ou autres localités, débarquant leurs denrées.

D'autre part, il ne faut pas oublier que cette portion de la place Saint-Louis est pour ainsi dire une rue,

et une rue très passagère pour les mariages.

La circulation ne peut donc être interrompue.

 

Le second local est la rue Duquesne.

Mais les postulants ne se heurteraient-ils pas encore contre les protestations des habitants, peu désireux

d'être masqués et de respirer journellement l'odeur plus ou moins agréable des viandes et poissons mélangés.

Et c'est, sans doute, à cause de toutes ces considérations,

que la municipalité semblerait décidée à faire construire

une halle provisoire, dont la dépense est évaluée

à plus de dix mille francs.

Nous disons « semblerait », car il n'y a encore rien de décidé

d'une façon absolue, et c'est précisément pour savoir à quoi s'en tenir sur les desiderata de cette intéressante population,

que la municipalité a prescrit une enquête.

 

Mais il n'y a pas seulement les marchands qui réclament ;

les aubergistes et débitants de tout genre protestent à leur tour.

 

— On va nous ruiner, disent-ils tous en chœur, par le transfert des halles, pour une durée d'au moins six mois, sur les places Fautras et de la Liberté.

 

Une délégation s'est même présentée, hier matin, à la mairie ;

elle a été reçue par le 2e adjoint, M. Rivière, qui n'a pu que lui répondre que rien n'était irrévocablement résolu.

 

C'est qu'il est bien difficile, en pareille occurrence de pouvoir donner satisfaction à tout le monde.

Il est un point indiscutable, c'est que la réfection de nos halles,

en si mauvais état, s'imposait.

 

Les travaux, nos lecteurs s'en souviennent, ont été donnés, le 19 avril dernier, en adjudication à deux entrepreneurs de Nantes, MM. Ménard et Gourdon, avec un rabais de 16.50 % sur les prix de base.

 

Quand commenceront-ils ?

On ne peut le dire d'une façon certaine.

Assurément bientôt, puisque le cahier des charges porte qu'ils devront être terminés le 15 mai prochain.

 

Ces travaux sont d'une très grande importance, le montant du devis, 125,000 francs, l'indique suffisamment.

 

On commencera, en premier lieu, par la réfection complète des water-closets, qui sont dans un état de saleté impossible à décrire et dégagent, de ce fait, de très mauvaises odeurs.

Ils seront remplacés par d'autres water-closets placés sur la terrasse, du côté de l'église.

 

Puis, les grands travaux proprement dits seront entrepris.

 

Ils comprennent la réfection de la partie centrale et de la couverture des halles ;

des modifications aux bas-côtés existants ;

la construction de belles marquises sur la rue si passagère de la Mairie, la façade sud et sur le côté regardant l'église, jusqu'à l'escalier.

 

Comme aspect extérieur, les halles formeront trois galeries, jointes ensemble, les deux galeries actuelles,

surmontées d'un lanterneau vitré pour les éclairer et les aérer et un bâtiment central — un hall — élevé de dix mètres, avec toiture en zinc et landerneau vitré.

 

Le tout serait entouré sur les façades est, sud et ouest, jusqu'à l'escalier, d'une superbe marquise de 3m 50

de largeur, et amorcée à environ quatre mètres de hauteur.

Les persiennes, qui forment la clôture actuelle des galeries,

trop faciles à briser et pouvant tenter les voleurs, seront remplacées

par une cloison en briques, d'une hauteur de 2m 50 environ.

 

Le reste de la hauteur, dans les parties précédées d'une marquise,

sera grillé pour permettre la ventilation et empêcher de pénétrer

à l'intérieur.

 

Au milieu de la partie centrale des nouvelles halles, il sera établi

des stalles, dos à dos, ce qui donnera huit rangs de stalles,

quatre au milieu et deux dans chaque galerie latérale.

 

Enfin, une horloge à double cadran, placée au-dessus de la marquise

et donnant l'heure à l'extérieur et à l'intérieur de la halle,

sera le couronnement de l'édifice, par la satisfaction qu'elle procurera aux promeneurs attardés.

Sans parler des ménagères loquaces qui, d'un seul coup d'œil,

auront toute facilité pour mesurer le temps qu'elles peuvent dépenser, sans crainte d'être, à leur retour du marché,

gourmandées par une maîtresse ou un maître pointilleux.

 

On le voit, dans la réfection des vieilles masures, rien n'a été épargné, mais pour ce faire,

il faut naturellement un petit changement dans les habitudes, et, rien qu'à cette pensée,

tous les marchands poussent de grands cris d'effroi.

Qu'ils se rassurent, car il faut bien espérer que les choses s'arrangeront au mieux des intérêts de tous, et puis,

d'autre part, les clients s'habitueront aisément à la courte promenade qui leur sera imposée.

 

Source : La Dépêche de Brest 26 septembre 1899

 

Nous recevons la lettre suivante :

 

Brest, le 25 septembre 1899.

Monsieur le rédacteur en chef,

Nous avons l'honneur de vous prier de vouloir bien insérer dans votre estimable journal la copie de la pétition ci-jointe, adressée à M. le maire de Brest, revêtue des signatures des commerçants du quartier Saint-Louis, ainsi que les deux lettres adressées, l'une à M. Omnés, l'autre à M. Lullien, conseillers municipaux.

 

Veuillez agréer, etc.

Par délégation ; CHRISTEN, PRAT, MAGNAN, MOURET, Vve COATALEN, BERTHOU.

Monsieur le maire,

 

Sons le titre :

« La réfection des halles de Saint Louis », la Dépêche de Brest de ce matin publie un article qui, loin de calmer l'inquiétude des commerçants intéressés, ne fait, au contraire, que l'accentuer.

 

Dans cet article, il est dit, en effet, « qu'il fallait arriver un jour ou l'autre à transférer les bouchers, marchandes de légumes

et de poissons sur la place Fautras ou celle de la Liberté pour pouvoir procéder à la réfection des halles »,

dont les travaux doivent durer un an environ.

 

Si chacun a gardé, le silence jusqu'au moment où le sous-brigadier Prigent, chargé de la surveillance des halles, est venu,

par ordre de l'administration supérieure, sonder l'opinion des marchands, c'est que tout le monde comptait sur ce que

les travaux seraient effectués partie par partie, comme l'avait formellement déclaré l'honorable M. Omnès, dans la séance

du conseil municipal du 23 janvier dernier, et que, de cette façon, on ne serait pas obligé de déplacer les marchands et les marchandes.

 

Si, contre toute attente, le chantier est livré complètement aux entrepreneurs, les conséquences qui en découleront sont faciles à prévoir :

Il faudra déplacer les marchands et les porter sur un autre point éloigné du marché actuel, et de ce fait les alentours des halles ne seront

plus fréquentés, les rues adjacentes seront désertées et les nombreux commerçants de la rue de la Mairie, des rues de Crée, Duquesque, Frézier, Saint-Louis, du haut de la Grand'Rue, la place Saint-Louis, en un mot de tous les environs des halles,

seront ruinés ou subiront tout au moins des pertes irréparables.

 

Au contraire, si on fractionne les travaux, le nombre des marchands à déplacer sers très restreint et, avec un peu de bonne volonté, on trouvera facilement à les loger au tour du marché.

 

À cet effet, veuillez nous permettre de soumettre à votre approbation, monsieur le maire, à titre d'indication seulement, quelques idées qui,

a priori, peuvent paraître un peu vagues mais qui, étudiées avec soin, pourraient peut-être amener une solution susceptible de satisfaire

tout le monde.

 

Supposons que l'on scinde les travaux en deux et que l'on commence par la partie du côté de la rue Frézier et de la place Saint-Louis ;

il n'y aura dans ce cas à déplacer que les marchands qui occupent cette partie, qu'on pourra loger ensuite à l'intérieur et aux extrémités opposées des deux pavillons, surtout à l'extrémité de celui du côté de la mairie, qui est presque vide ;

un autre peu tout le long du mur du logement de l'aumônier de la marine, sur la place dite « des Plougastels »,

et enfin dans la rue qui sépare l'église des halles.

 

Quand la première partie des travaux serait terminée, on procéderait de même pour l'autre, moitié en logeant dans le côté terminé

autant de commerçants que l'on pourrait.

 

Il nous semble enfin qu'en procédant ainsi et en utilisant toutes les places disponibles des halles, des rues, places et venelles y adjacentes,

et qu'en apportant surtout un peu de symétrie dans la disposition des nouveaux étals, on éviterait de déplacer le point central du marché

et on contenterait tout le monde.

 

Dans le cas où le déplacement des marchands nécessiterait l'installation provisoire de quelques fontaines, on pourrait obtenir l'eau nécessaire à leur alimentation en donnant l'ordre au service des eaux de commencer immédiatement les travaux de canalisation de la rue de la Mairie, puisque les tuyaux que l'on attendait à cet effet sont arrivés depuis le 16 du mois d'août.

 

Il est bon de signaler aussi que pendant toute la saison d'hiver, les denrées de toutes sortes, et surtout les poissons, n'arrivent au marché qu'en très petite quantité et que ce n'est que vers la fin d'avril ou commencement de mai que l'abondance commence à se faire sentir.

Or, à cette époque, les travaux peuvent être très avancés et les places primitives presque toutes réoccupées.

 

En résumé, les soussignés, tous commerçants des rues et places précitées, ont l'honneur d'attirer, monsieur le maire, votre bienveillante attention sur la situation qui leur serait faite si, comme ils le craignent, le marché central était déplacé ;

ils ont l'entière confiance que vous voudrez bien prendre les dispositions nécessaires pour la sauvegarde de leurs intérêts,

qui seraient gravement compromis si leurs craintes se réalisaient.

Et ils osent espérer enfin que, grâce à votre esprit de justice et de celui de l'administration municipale, toutes les mesures seront prises pour leur donner satisfaction. .„

 

C'est dans cette attente que les soussignés ont l'honneur de vous prier de vouloir bien agréer, monsieur le maire,

avec leurs remerciements anticipés, l'assurance de leur respectueuse considération.

(Suivent les signatures des commerçants du quartier Saint-Louis)

 

Monsieur,

 

Les soussignés, délégués par les commerçants du haut de la Grand'Rue, des rues de la Mairie, de Crée, Duquesne, Kéréon, Saint-Louis, Frézier, d'Orléans et place Saint-Louis, ont l'honneur de vous faire connaître qu'ils viennent d'adresser à monsieur le maire de Brest une pétition, signée par eux tous, dans le but d'obtenir que les travaux de réfection des halles soient effectués sans que le marché central soit déplacé

et porté sur un autre point quelconque de la ville, conformément à votre déclaration faite à M. Lullien dans la séance du conseil municipal

du 23 janvier 1899.

 

Ils ont la ferme conviction que vous voudrez bien user de toute votre influence auprès de l'administration municipale

pour qu'elle vous permette de tenir votre promesse, qui répond entièrement à tous leurs desiderata, et vous prient d'agréer,

monsieur, avec leurs remerciements anticipés, l'assurance de leur respectueuse considération.

 

Par délégation : (Suivent les signatures des délégués.)

 

Monsieur,

 

Les soussignés, délégués par les commerçants du quartier de Saint-Louis, ont l'honneur de vous faire connaître qu'ils viennent d'adresser

à M. le maire de Brest une pétition dans le but d'obtenir que les travaux de réfection des halles soient effectués sans que le marché central soit déplacé et porté sur un autre point quelconque de la ville, conformément à la déclaration qui vous en a été faite par l'honorable

M. Omnès dans la séance du conseil municipal du 23 janvier dernier.

 

Ils ont la ferme conviction que, en qualité de représentant de leur quartier, vous voudrez bien user de toute votre influence pour soutenir

leurs revendications auprès de l'administration municipale, et vous prient d'agréer, monsieur, l'assurance de leur respectueuse considération.

 

Par délégation : [Suivent les signatures.)

 

Source : La Dépêche de Brest 29 septembre 1899

 

Il y a une semaine, à peine, que nous entretenions nos lecteurs de la grosse question

de la réfection des halles Saint-Louis et de l'émoi qui s'était subitement fait jour à travers l'esprit des différents marchands, lorsqu'ils surent, par l'enquête préliminaire du sous-brigadier Prigent,

que la municipalité s'apprêtait à les installer places Fautras ou de la Liberté.

 

Après avoir péremptoirement essayé de démontrer que les demandes des uns et des autres étaient bien difficiles

à satisfaire d'une part, et que, de l'autre, la réfaction de notre marché, malpropre et insalubre, s'imposait,

nous terminions par des considérations que nous avions cru propres à calmer un peu les explosions de colère

des intéressés.

 

Il paraîtrait que nos vœux ne se sont pas réalisés.

Bien au contraire, le concert de récriminations que, du reste, nous comprenons parfaitement, lorsque des intérêts sont en jeu, n'a fait que revêtir de plus grandes proportions, en sorte que notre municipalité ne sait absolument plus à quel saint se vouer, et nous comprenons encore son embarras.

 

En effet, dès le surlendemain, nous publiions une pétition des commerçants du quartier Saint-Louis au maire de Brest, ainsi que deux lettres collectives adressées à MM. Omnès et Lullien, conseillers municipaux.

 

Ces pétitions, nos lecteurs l'ont vu, visaient la réfection partielle des halles, qui permettrait de ne déplacer

qu'un nombre très restreint de marchands ou marchandes.

Elle s'Inspirait en cela, du reste, des déclarations de M. l'adjoint Omnès, dans la séance du 23 janvier dernier.

Partant de ce principe, les pétitionnaires déclaraient qu'il serait très facile de caser tout le monde dans les alentours du marché, en utilisant toutes les places disponibles des halles, des rues et des venelles adjacentes.

 

Une fois une partie reconstruite, il serait, disent les pétitionnaires,

loisible à nos édiles de loger dans le côté terminé autant de commerçants qu'ils voudraient, tandis que les derniers s'en iraient prendre la place

des premiers.

 

Les deux lettres collectives adressées aux honorables conseillers désignés plus haut sont surtout significatives.

Dans leur style laconique, elles ne manquent pas de rappeler à MM. Omnès et Lullien les paroles officielles qu'ils ont prononcées et qui,

très certainement, doivent, à l'heure qu'il est, fortement les embarrasser.

 

Mais ce n'est pas tout.

Il y a plusieurs cloches qui font entendre différents sons, et au milieu de cette cacophonie, la question est d'autant plus malaisée à résoudre.

 

Il n'y a que les riverains des places Fautras et de La Liberté qui gardent

un religieux silence, car ils verraient avec satisfaction la mise en action

des premiers projets de la municipalité.

 

Mais, avec la perspective d'un transfert de nos halles, d'autres quartiers s'émeuvent et s'agitent,

sollicitant leur part du gâteau.

 

— Qu'on dissémine les marchands dans les rues de Crée et de Saint-Louis, ou dans la rue Duquesne,

les places Médisance ou d'Orléans, disent les uns.

 

— Mais cent fois non, clament d'autres intéressés, le meilleur endroit, le plus propice est assurément

la place Sadi Carnot, qui est la plus centrale et offre, tout autour de l'ancienne halle aux blés,

assez d'étendue pour une installation provisoire.

 

D'un autre côté, les marchandes de légumes ne se montrent pas, outre mesure, mécontentes d'aller

sur la place de la Liberté ;

elle déclarent même que la mesure ne leur sera en rien préjudiciable, mais à une condition expresse,

c'est que les marchandes de poissons, la boucherie, les marchandes de fleurs, en un mot,

tout ce qui concerne la vente aux halles, y viendra également.

 

En cela, car le bout de l'oreille se montre facilement, les marchandes de légumes ne font que prendre les devants

et répondre aux arguments in fine de la première pétition :

Savoir que, pendant toute la saison d'hiver, les denrées de toutes sortes, et surtout les poissons,

n'arrivent au marché qu'en très petite quantité, et que c'est seulement vers la fin d'avril,

c'est-à-dire au moment de l'installation des nouvelles halles, que l'abondance commence à se faire sentir.

 

On le voit, il est bien difficile pour la municipalité d'arriver à contenter tout le monde.

C'est une dure impasse.

 

Une délégation d'environ quarante personnes, comprenant des marchands et des riverains,

la plupart d'un avis différent, se sont présentés, dans l'après-midi d'hier, à trois heures, à la mairie.

 

Elle a été reçue par MM. Berger, Rivière, le docteur Anner et Omnès, adjoints au maire.

 

L'entretien, qui s'est prolongé jusqu'à quatre heures, a été, nous a-t-on dit, des plus courtois de part et d'autre,

mais la question n'a pas avancé d'un pas, chacun se refusant à se départir de ses opinions.

 

On comprendra qu'en pareille circonstance, au milieu de discussions stériles, aucune solution n'ait pu être donnée.

Cette grande affaire sera soumise à notre assemblée municipale dans l'une de ses prochaines réunions,

et, ainsi que nous le disions en terminant, dans notre précédent article,

il y a tout lieu d'espérer que les choses s'arrangeront au mieux des intérêts de tous.

 

Et puis, nous ne cesserons de le répéter impartialement :

La réfection des halles Saint-Louis a été décidée ;

elle s'imposait, c'est un fait incontestable.

Dans ces conditions, il faut bien se laisser aller à un petit sacrifice qui, plus tard, sera largement compensé.

 

Comme l' « anguille de Melun », nous avons toujours peur d'être écorchés,

et nous poussons de hauts cris auparavant ;

c'est dans notre caractère, notre tempérament.

Voyez un peu pour les impôts ;

mais nous avons tôt fait de nous calmer et de bien considérer ce qui nous est imposé.

 

W. M.

*

**

Nous recevons, d'autre part, la lettre suivante :

 

Brest, le 28 septembre 1399.

 

Monsieur le rédacteur en chef,

 

J'ai lu avec beaucoup d'intérêt, dans votre estimable journal, les divers avis

des commerçants et des marchandes des halles, sur l'utilité qu'il y aurait à déplacer

ou à ne pas déplacer le marché Saint-Louis pendant la réfection des halles centrales.

 

Toutes les raisons sont également justes, et sans prétendre à faire pencher la balance

en faveur des uns ou des autres, permettez-moi de vous faire connaître mon avis,

qui pourrait, je pense, satisfaire tous les intéressés.

 

Il est de toute évidence que si les halles sont immédiatement mises entièrement

à la disposition de l'entrepreneur, celui-ci aura toutes les facilités désirables pour mener à bien et vivement ses travaux, et qu'il aura bénéfice à les finir deux mois plus tôt ;

c'est ainsi que doit penser l'administration, pour avoir la première étudié le déplacement complot du marché ;

il est incontestable aussi qu'il y va de l'intérêt de tous les contribuables

que les halles soient livrées le plus tôt possible.

Il faut, par conséquent, déplacer le marché en entier et l'établir sur un point de la ville permettant à tous, commerçants et acheteurs, de s'y rendre et d'y trouver, comme actuellement aux halles, tous les produits possibles à faire une complète provision.

 

La place de la Liberté a déjà été indiquée, et c'est effectivement là que l'on doit transporter le marché, sur la partie haute de la place,

dans l'enceinte même du Concours hippique, reconstitué pour les besoins de la cause.

 

Dans les stalles ouvertes, placées tout autour, on pourrait abriter tout le monde ;

au centre, les marchandes de légumes et de poissons y seraient fort bien ;

des allées larges et spacieuses, bien limitées, permettraient aux ménagères et aux promeneurs de circuler librement et donneraient

à cette halle provisoire un mouvement peu ordinaire qui, loin de faire baisser les recettes des détaillants, tendrait plutôt à les augmenter.

 

Et enfin, pour donner satisfaction aux commerçants des environs des halles, vins, bazars, etc., on devrait autoriser ceux-ci à s'établir

dans toute la partie longeant la rue de Paris ;

une ouverture à chaque angle avec une large porte au centre pour les voitures terminerait ce marché provisoire,

qui devrait s'ouvrir régulièrement aux heures indiquées, et fermer tous les soirs à trois heures.

La sécurité des marchandises comme des baraquements pourrait être assurée, nuit et jour, par des agents et pompiers.

 

En adoptant cette transformation provisoire, la municipalité serait certaine d'accorder satisfaction à tout le monde,

même aux plus rebelles et aux plus opposés à ce déplacement ;

il resterait bien quelques mécontents, mais il n'y en aurait certainement plus un seul après le quinzième jour d'ouverture,

et je suis même persuadé que ceux-là seraient les premiers à déclarer qu'un déplacement ainsi compris était encore la meilleure des solutions.

 

Veuillez agréer, etc.

Un intéressé.

© 2018 Patrick Milan. Créé avec Wix.com
 

Dernière mise à jour - Décembre 2021