Fenêtres sur le passé

1898

L'usine d'énergie électrique du Moulin du Duc

Quimper

Source : Le Finistère juillet 1898

 

L’usine d'énergie électrique du Moulin-du-Duc à Quimper

 

On sait qu'un grand nombre de fils relient l'usine d'énergie électrique de M. Le Chat aux maisons particulières, cafés et magasins qui ont traité pour cette sorte d'éclairage.

Les premiers essais d'éclairage électrique auront lieu la semaine prochaine.

L'usine de M. Le Chat est munie de deux dynamos pouvant alimenter chacune cinq cents lampes.

 

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Nous avons annoncé dans notre numéro du samedi que l'usine d'énergie électrique du Moulin-du-Duc

ferait ses essais d'éclairage cette semaine.

C'est ce soir, à neuf heures, qu'auront lieu ces essais devant les représentants de la municipalité,

et sous la direction de M. l'ingénieur électricien Fiévé.

 

Hier, M. Fiévé a eu l'obligeance de nous donner quelques détails qui ne seront pas, croyons-nous,

sans intérêt pour nos lecteurs.

Au point de vue de l'éclairage électrique, l'exploitation de l'usine appartient à M. Callaud,

de Nantes en vertu d'un traité avec le propriétaire.

M. Callaud dispose pour l'éclairage des forces suivantes :

trois turbines, développant ensemble 90 chevaux

et une machine à vapeur de 90 chevaux.

140 accumulateurs peuvent alimenter

cinq cents lampes pendant quatre heures.

 

Nous avons dit que l'usine aurait deux dynamos.

Une seule est actuellement prête à fonctionner.

Elle a besoin pour marcher d'une force de 90 chevaux et développe une énergie électrique de 125 volts et 250 ampères.

 

La résistance des fils extérieurs n'occasionne qu'une faible perte de 15 volts.

L'éclairage se produit par courant continu.

 

Les fils déjà placés peuvent alimenter mille lampes.

Il n'y en a, à l'heure actuelle, qu'environ 300 sur leur circuit.

 

Le fil pour les abonnés est conduit jusqu’à chez eux aux frais de l'usine.

L'installation intérieure est à leurs frais.

Le compteur électrique est loué à l'usine 1 franc par mois.

 

Bien entendu, l'éclairage peut durer toute la nuit ; il n'y a pas d'heure d'extinction.

Parmi les établissements publics qui seront éclairés

à partir de demain soir,

nous pouvons citer l’Hôtel du Parc et le Café de Bretagne.

 

À la porte de l'Hôtel du Parc est un arc voltaïque,

en outre des lampes placées à l'intérieur.

Il y a un autre arc voltaïque à l'angle de la pâtisserie Tozio

(pont Médard).

 

Nous pouvons encore nommer le Cercle de Cornouaille

et la maison Coubé, qui aura, à elle seule, une trentaine de lampes.

Le séminaire a également traité avec M. Callaud, mais la pose du fil conducteur a dû être interrompue

jusqu'au moment où interviendra une autorisation ministérielle nécessaire.

 

Ajoutons que la ville de Pont-Aven va avoir, comme Quimper, l'éclairage électrique à sa disposition.

La maison Callaud y a trouvé, dans une chute d'eau,

la force nécessaire pour actionner les machines productrices de l'électricité.

 

Disons enfin, pour les curieux, que, suivant nos informations, le collège congréganiste Saint-Yves

s'éclairerait au gaz acétylène.

 

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L'usine d'énergie électrique du Moulin-du-Duc, exploitée,

comme nous l'avons dit, par M. Callaud, de Nantes,

a fonctionné pour la première fois mercredi soir

et a fourni son éclairage à des abonnés déjà nombreux.

 

M. Fiévé, le savant ingénieur électricien de la maison Callaud,

avait invité pour cette mise en marche :

M. Porquier, maire de Quimper et ses deux adjoints,

MM. Canet et Le Même,

M. Peinte, directeur des postes et télégraphes,

M. Le Gent, conducteur des ponts et chaussées,

remplaçant l'ingénieur, M. de Goulherze, conducteur,

chargé du contrôle,

MM Even et L’haridon, chefs de division à la préfecture, M. le capitaine Roussel, officier d'ordonnance du général d'Ambois de Larbont, M. le secrétaire de la mairie, M. le chef de gare, M. l'abbé Abgrall et plusieurs membres du clergé, M. Coubé, notaire, et un certain nombre de notables négociants.

M. Lapaine, secrétaire général de la préfecture, empêché, s'était excusé.

M A. Bigot, de la maison Courtois et Cie, propriétaire de l'usine à glace était également

au nombre des personnes présentes.

 

Avant de mettre le matériel en mouvement M. Fiévé a donné des explications claires et concises sur les différents appareils qui composent l'organisme de l'usine.

 

Il a dit d'abord que les propriétaires des maisons sur lesquelles ont été établis des supports,

ou au-dessus desquelles passent les câbles électriques appartenant aux abonnés,

seront par cela même préservés du tonnerre.

Un appareil spécial destiné à décharger les nuages, à soutirer le fluide électrique et à le conduire en terre,

est installé à l'usine.

C'est le parafoudre.

À côté du parafoudre, M. Fiévé a montré l'indicateur de tension.

À l'aide de cet appareil, l'employé chargé du service pourra

se rendre compte à tout instant de la différence de voltage existant chez les abonnés et leur assurera

une lumière parfaitement régulière.

 

Cette petite conférence terminée, à un coup de sifflet

de l'ingénieur, les machines se sont mises à marcher.

 La visite de la double usine a alors commencé.

La visite de la double usine a alors commencé.

M. Fiévé a d'abord conduit les personnes présentes devant les turbines, la machine à vapeur, les accumulateurs.

Puis M. Bigot, ancien élève des arts et métiers, leur a donné des détails sur la fabrication de la glace.

 

Cette visite terminée M. Fiévé a offert le champagne à ses invités.

Une table avait été placée pour la circonstance, dans la cour de l'usine, sous une lampe à arc voltaïque.

 

M. Fiévé a remercié les personnes présentes d'avoir accepté son invitation et M. le maire de lui avoir facilité sa tâche.

M. Porquier lui a répondu en exprimant en quelques mots ses souhaits pour la prospérité de l'usine Callaud.

Les invités se sont ensuite rendus dans la ville pour examiner l'éclairage électrique qui avait parfaitement réussi.

 

La partie du Parc ou brûlaient les deux lampes à arc voltaïque, placées devant l'hôtel de M. Got et le Café de Bretagne, avait pris un aspect tout nouveau sous cette lumière qui donnait un vert intense au feuillage des marronniers.

La salle à manger de l’hôtel du Parc était superbement éclairée par trois lustres chargés de lampes à incandescence.

Il en était de même de la grande salle du Café de Bretagne.

 

Nous faisons des vœux pour que la lumière électrique se vulgarise à Quimper.

Elle donnera un charme de plus à notre ville déjà si pittoresque,

sans compter les avantages pratiques qu'en tireront les habitants.

© 2018 Patrick Milan. Créé avec Wix.com
 

Dernière mise à jour - Décembre 2021