Fenêtres sur le passé

1898

Collision entre deux trains à Gouesnou

Source : La Dépêche de Brest 20 mai 1898

 

Collision entre deux trains à Gouesnou

 

Un terrible accident de chemin de fer est arrivé, hier après-midi,

à 400 mètres environ de la gare de Gouesnou.

 

Voici dans quelles conditions :

A l'occasion du pardon de Gouesnou, la compagnie des chemins

de fer départementaux avait organisé toute une série

de trains supplémentaires.

 

Une collision s'est produite entre un train régulier partant de Lannilis à 11 h 50 et le train supplémentaire

quittant Brest à midi 10.

 

La collision

 

Nous venons de dire que le train régulier avait quitté Lannilis à 11 h. 50, il devait arriver à Gouesnou à midi 45

et en repartir presque aussitôt.

 

Le train supplémentaire quittant Brest devait entrer en gare de Gouesnou à midi 41,

quatre minutes par conséquent avant l’arrivée du train régulier.

 

Pour une cause qui est encore obscure le train régulier quitta la gare de Gouesnou, se dirigeant sur Brest,

à midi 40, au lieu de midi 45.

 

Le train de Brest, marchant à vitesse normale, ne devait donc pas être arrivé à Gouesnou.

 

La malheureuse méprise du train de Lannilis produisit un épouvantable malheur.

 

Au lieu-dit le Moulin-Neuf, à environ 400 mètres de la gare de Gouesnou (côté de Brest),

et à 150 mètres à peu près de la route de Gouesnou à Saint-Renan, il existe une courbe assez prononcée.

 

Les deux trains arrivèrent presque en même temps à la courbe.

 

Les mécaniciens se découvrirent mutuellement alors qu'ils n'étaient plus qu'à une distance

d'une cinquantaine de mètres.

Avec un grand sang-froid, tous deux renversèrent la vapeur

et serrèrent les freins.

 

Il était malheureusement trop tard.

 

Les deux trains se tamponnèrent.

 

La panique

Les deux machines s'étant heurtées violemment, furent, l'une et l'autre, projetées hors des rails,

tout en étant légèrement entrées l'une dans l'autre.

 

Sous le choc, le fourgon du train régulier et une voiture de 1re classe furent fortement endommagés.

 

Du même coup, quatre voitures du train supplémentaire furent fort maltraitées.

 

Comme en toute occasion semblable, une panique se produisit.

 

On entendit des cris de blessés, en même temps que la plupart des voyageurs se précipitèrent effarés sur la voie.

 

Quelques-uns même s'enfuirent à travers champs.

 

Les premiers secours

 

Le violent choc qui s'était produit, l'arrêt des deux trains que l'on pouvait apercevoir de la route de Gouesnou

à Saint-Renan, très fréquentée à ce moment, les cris des blessés, les appels des voyageurs, tout l'énorme brouhaha

qui s'ensuivit fit qu'en quelques instants une foule considérable était réunie sur le lieu de la collision.

 

Le maréchal-des-logis Rolland, de la gendarmerie de Lambézellec, se trouvait à Gouesnou avec trois gendarmes.

 

Tous quatre accoururent et prirent la direction de l'organisation des premiers secours.

Les blessés

 

Des brancards furent apportés ou improvisés pour le transport

des blessés, dont voici les noms avec la nature des blessures :

 

Combot (François), 26 ans, ébéniste à Bohars.

Jambe gauche fracturée.

 

Lécuyer (Auguste), 22 ans, ajusteur au dépôt de la compagnie. Côté gauche contusionné.

Meudec (Jean), 20 ans, domestique à Bohars. Jambe gauche fracturée et la jambe droite fortement contusionnée.

 

Ropars (Henri), 17 ans demeurant à Brest, passage Saint-Louis, 2.

Grièvement blessé à la tête ; état général très peu satisfaisant.

On craint une issue fatale.

 

Prigent (Louis) 28 ans, quartier-maître chauffeur à bord de l'Amiral Baudin.

Légèrement blessé à la tête et le poignet droit démis.

 

Roudaut (Yves), 22 ans, matelot de pont à bord de l'Amiral Baudin.

Coupures au front.

 

Cochard (Jean), 13 ans, demeurant à Kerveren, en Lambézellec.

Contusions très graves aux jambes.

On avait d'abord dit qu'il avait les deux jambes fracturées.

 

Tous ces blessés se trouvaient dans le train supplémentaire.

 

Il y a eu deux blessés qui se trouvaient dans le train régulier :

 

Morvan (Joseph), 28 ans, conducteur du train.

Côté gauche contusionné.

 

Lossouarn (François) 56 ans, courrier convoyeur, demeurant à Lannilis.

Blessures peu graves à la tête.

 

Le transport des blessés fut effectué par les soins des gendarmes et des agents de la compagnie.

 

MM. Morvan, Lécuyer, Prigent, Roudaut et Delaunay trouvèrent asile chez M. Crouan, négociant.

 

MM. Cochard et Meudec furent amenés chez Mme veuve Manach.

 

Ropars, dans un état très grave, fut placé à l'école des filles, tenue par des religieuses.

 

Les autorités prévenues

Pendant ce temps, la gendarmerie avait pris soin d'avertir

la compagnie à Brest, le sous-préfet et le capitaine

de gendarmerie.

 

En raison du pardon, tout le matériel de la compagnie

était à peu près occupé.

 

Cependant, un train spécial fut rapidement formé.

 

Dans une voiture prirent place MM. Maheu, directeur

de la compagnie ; Ramondou, sous-préfet ;

le capitaine de gendarmerie Pensée, les docteurs Hébert

et Aubineau.

 

Aussitôt l'arrivée du train spécial à Gouesnou, M. le sous-préfet, en compagnie des docteurs Hébert et Aubineau

et du capitaine de gendarmerie, se rendirent auprès des blessés.

 

Ils y trouvèrent deux étudiants en médecine de l'hôpital maritime, MM. Pochet et Godart, qui étaient à Gouesnou

et qui étaient accourus dès la première heure.

 

M. Huet, de la maison Ely-Labastire, qui était également à Gouesnou, était parti pour Brest

aussitôt le tamponnement.

 

Il ramena le docteur Yyinec.

 

Ce dernier, aidé par les étudiants en médecine, avait déjà paré à quelques soins urgents.

 

Comme MM. Hébert et Aubineau avaient apporté tout un matériel de chirurgie et de pansements, les secours furent rapidement donnés aux blessés.

 

L’état de Ropars inspirait une vive inquiétude.

 

Quand le sous-préfet arriva, avec les docteurs, le malheureux fut pris de vomissements de sang.

 

Les hommes de l'art avaient d'abord cru son état sans remède, mais après examen et des soins énergiques,

ils crurent pouvoir répondre de sa vie.

 

Nouveaux secours demandés

 

M. le sous-préfet chargea M. Huet de retourner à Brest et de demander à M. préfet maritime,

de bien vouloir envoyer des voitures d'ambulance.

 

En même temps, M. Huet faisait demander des coupés chez MM. Tartelin et Jacq

pour ramener les hommes blessés légèrement et pour leur famille.

 

Le déblaiement le la voie

M. Maheu, directeur de la compagnie, avait, avant de quitter Brest, donné des ordres

pour la formation d’un train de secours amenant crics, traverses et autres outils nécessaires.

 

Le déblaiement de la voie fut assez long.

 

Les deux machines étaient sorties des rails ; il a fallu deux heures et demie pour les remettre en place.

Elles furent remorquées en gare de Gouesnou.

 

Il en fut de même pour les wagons détériorés.

François Ernest FOURNIER

Né le 23 mai 1842 à TOULOUSE

(Haute-Garonne)

Décédé le 6 novembre 1934 à PARIS (Seine)

Préfet Maritime 2ème arrondissement maritime à Brest

1897 – 1898

L'amiral Fournier

 

M. l'amiral Fournier ne se contenta pas de donner des ordres

pour que les voitures d'ambulance du 2e d’infanterie de marine et du 6e

se rendissent à Gouesnou pour prendre les blessés.

 

Le préfet maritime envoya son aide de camp, M. Cavelier de Cuverville,

près des blessés.

 

Ainsi que l'avait déjà fait M. Ramondou, sous-préfet, M. Cavelier de Cuverville prodigua des encouragements aux blessés.

 

Disons également que les prêtres de Gouesnou, MM. Poullaouec, recteur,

et Déniel, vicaire, allèrent également rendre visite aux blessés.

 

Le transport des blessés

 

Les voitures d'ambulance et les voitures de MM. Jacq et Tartelin

arrivèrent vers six heures.

 

Sauf Ropars, qui était dans un état comateux et qui est peut-être mort à l'heure où nous écrivons ces lignes,

les blessés furent placés dans les voitures d'ambulance et dirigés sur Brest, à l'hôpital maritime et à l'hospice civil.

 

Les parents des victimes prirent place dans les coupés de MM. Jacq et Tartelin.

 

La version du conducteur Morvan

 

Nous avons pu voir M. Joseph Morvan, conducteur du train supplémentaire.

 

Malgré ses blessures, Morvan était d'un très grand calme, faisant preuve d'un courage extraordinaire.

 

Il ignorait, nous a-t-il dit, qu'il existait un train supplémentaire ;

et d'autre part, affirme-t-il, le chef de gare de Gouesnou oublia de le prévenir.

 

Comme il avait très peu de voyageurs, il s'arrêta à peine à Gouesnou.

 

II vit le train à une cinquantaine de mètres environ.

 

Les freins furent serrés et la vapeur renversée, mais il était trop tard pour éviter la collision.

 

Quant à la cause du départ prématuré de la gare de Gouesnou, M. Morvan n'a pu nous l'expliquer.

 

D'ailleurs, dans les circonstances où le malheureux se trouvait, il eût été cruel d'insister.

 

Ce train a eu deux voitures brisées :

une partie des blessures des victimes ont été faites par les éclats des vitres et des compartiments.

 

La version du postier Lossouarn

 

Nous avons également interrogé le postier convoyeur Lossouarn, qui se trouvait dans le train venant de Lannilis.

 

Lossouarn ne nous a rien appris de nouveau.

 

Il entendit trois ou quatre coups de sifflets précipités, puis ressentit une commotion violente,

en même temps qu'il se sentait blessé.

 

Bien qu'il fût assez grièvement blessé à à la tête, Lossouarn n’hésita pas à monter dans le train supplémentaire

qui suivait le train tamponné et qui retourna vers Brest pour garer divers wagons au Rufa.

 

Le postier convoyeur se trouvait au Rufa lorsque passa le train amenant le sous-préfet et les docteurs.

 

M. Ramondou fit arrêter le train et les hommes de l'art firent un pansement au blessé.

Le retour des autorités

 

Vers 6 h. 1/2, la voie était à peu près déblayée.

 

Un train ramena, à 7 h. 20, les autorités

et de nombreux voyageurs.

 

Gouesnou en deuil

 

Aussitôt que la collision se fut produite et que le nombre

des blessés fut connu, M. le maire de Gouesnou,

à qui il faut rendre hommage pour cette mesure,

fit suspendre toutes les réjouissances publiques.

Le maire ne voulut pas que la commune lût en joie alors que de nombreuses familles allaient être plongées

dans les larmes.

 

Les sauveteurs

 

Les personnes qui se dévouèrent furent nombreuses.

 

Nous ne les connaissons pas toutes.

 

Donnons toutefois, en dehors des hommes déjà cités, le nom de ceux qui nous ont été signalés :

Demarle (Léon), 18 ans, électricien à la Compagnie des tramways électriques ;

Gallo (Baptiste), 18 ans, rue d'Aiguillon, monteur à bord du Masséna ;

Brossard (Pierre), maître ouvrier à la 2e compagnie d'ouvriers d'artillerie de marine ;

Moine (Yves), journalier au port de Brest ;

Les trois infirmiers de l'hôpital, dont nous regrettons de ne pas connaître les noms.

Féral (Émile), quartier-maître, rue d'Algésiras, 18 :

Rolland (Frédéric), journalier aux ponts et chaussées.

 

Les responsabilités

 

Une enquête officielle est ouverte pour déterminer les responsabilités.

 

D'après notre enquête personnelle, nous avons toutefois pu nous rendre compte que tous les chefs de trains

et tous les chefs de gare avaient reçu un horaire indiquant tous les trains réguliers et supplémentaires

qui devaient fonctionner hier sur la ligne.

 

Le train supplémentaire venant de Brest, et conduit par MM. Burnam et Remeur, qui devait arriver à Lannilis à midi 41, ne pouvait savoir que le train de Lannilis quitterait la gare à midi 40,

c'est-à-dire cinq minutes avant l'heure du train supplémentaire.

 

La faute du tamponnement incombe donc au train de Lannilis.

 

Jusqu'à preuve du contraire,

la direction nous semble avoir pris toutes les précautions.

 

M. Maheu, directeur, avait, en effet, envoyé, par le train tamponné,

un employé spécial, M. Garousse, qui devait arriver quatre minutes

avant le train de Lannilis et assurer le service de la gare jusqu'au soir.

 

Malheureusement, le train est parti avant l'heure.

Les dégâts sont assez importants ; il y aura, d'autre part, des indemnités

à payer, mais nous croyons savoir que la compagnie est assurée

contre les accidents.

 

À la réunion de mars dernier, la réunion des actionnaires avait décidé

que les trains seraient munis de freins Westinghouse,

mais la mesure n'avait pu être encore appliquée.

 

M. Maheu a prévenu le directeur en chef de la compagnie,

lequel arrivera à Brest aujourd'hui.

Source La Dépêche de Brest 21 mai 1898

L'état des victimes

 

Avant toutes choses, disons quel est l'état des victimes du terrible accident de chemin de fer de Gouesnou.

 

Henri Ropars

Nos lecteurs seront certainement heureux d'apprendre que l'issue fatale que l'on avait un instant redoutée pour Henri Ropars ne s'est pas produite.

L'état grave de notre jeune concitoyen n'avait pas permis de le ramener à Brest.

Il était resté chez les religieuses de Gouesnou, dans une chambre du rez-de-chaussée du pensionnat.

La nuit a été agitée et il a eu de violents vomissements de sang, indiquant des contusions internes.

Depuis trois heures, le calme est revenu.

Hier matin, le bruit avait couru à Brest qu'il était mort dans la nuit.

Ses parents se sont même rendus à Gouesnou.

Au lieu du cadavre qu'ils croyaient trouver, ils ont heureusement pu constater que leur enfant allait mieux.

Dans l'après-midi, M. le docteur Hébert s'est rendu à Gouesnou.

L'état de calme du malade lui a permis d'ordonner son transfert à Brest.

Henri Ropars a été placé à l'hospice civil.

 

Auguste Lecuyer

Auguste Lécuyer, 22 ans, ajusteur au dépôt de la compagnie, avait été envoyé comme chauffeur occasionnel

sur le train venant de Brest.

Transporté à l'hospice civil avec des contusions au côté gauche, il a pu sortir de l'hospice civil, hier matin,

avec sa famille, qui était venue le voir.

Lécuyer sera soigné au domicile de ses parents, rue Poullic-al-Lor, n° 11.

 Sa guérison est l'affaire de quelques jours.

 

François Combot 

François Combot, âgé de 26 ans, ébéniste à Bohars, souffre de plaies à la tête, de fractures compliquées

à la jambe gauche et d’une fracture simple à la jambe droite, près du genou.

Il est le seul soutien de sa vieille mère, avec laquelle il vivait.

C'est le plus gravement blessé.

Néanmoins, les médecins de l'hôpital civil de Brest espèrent le guérir sans recourir à l'amputation.

Il n'a pas énormément souffert cette nuit ; il n'a surtout pas eu de fièvre.

 

Jean Cochard

Jean Cochard, 15 ans, demeurant à Kerven, en Lambézellec, n'a pas eu de fracture, comme on l'a dit,

mais seulement de très légères contusions aux jambes.

Son père est venu le prendre hier après-midi et l'a emmené chez lui.

Depuis quelque temps, le jeune Cochard était au service de M. Quentel, demeurant à Lambézellec.

 

Jean Meudec

Jean Meudec, 20 ans, a eu la jambe gauche fracturée et la jambe droite contusionnée.

Son cas n'est pas aussi grave que celui de Combot.

Le docteur Aubineau, qui le soigne à l'hospice civil, a laissé intact le pansement qu'il lui avait fait à Gouesnou.

Meudec est au service de M. Lucas, meunier à Bohars.

 

Alexandre Delaunay

Alexandre Delaunay, 25 ans, ébéniste, demeurant au bourg de Bohars, a eu des contusions au pied droit

et à la jambe gauche.

Ses blessures sont sans gravité, puisqu'il a pu venir à pied de Gouesnou à Bohars.

 

Les trois blessés de Bohars, Combot (François), Meudec (Jean) et Delaunay, se trouvaient dans le même wagon du train supplémentaire allant de Brest à Gouesnou.

 

Les trois jeunes gens étaient debout sur la plate-forme de l'arrière de l'un des premiers wagons, avec Mlle Delaunay, sœur du jeune Delaunay, qui était accompagnée de l'une de ses amies.

 

Des cinq jeunes gens qui se trouvaient sur la plate-forme, deux ont été grièvement blessés : ce sont Combot et Meudec.

 

Ils ont eu les jambes prises entre le garde-corps de la plate-forme, qui a été violemment projetée en avant,

et la paroi du fond de la voiture.

 

Le jeune Delaunay, qui se trouvait au milieu de la plate-forme et, par suite, en face de l'entrée du wagon,

a été projeté en avant et est tombé violemment à l'intérieur du wagon.

 

Sans perdre son sang-froid, il a fait sortir sa sœur et son amie, puis il a sauté lui-même.

 

Aussitôt il s'est précipité au secours de Meudec et de Combot, qui ne pouvaient se dégager ;

puis, aidé des nommés Phélep et Jean Mingant, il a transporté Combot jusqu'à la maison de M. Crouan,

négociant à Gouesnou.

 

Louis Prigent

Louis Prigent, 28 ans, quartier-maître chauffeur à bord du cuirassé Amiral Baudin,

contusions à la tête et au poignet droit, sans luxation. 

Prigent, qui a cinq ans de service, est le fils d'un cultivateur de Plouguerneau. 

Quand il arriva avant-hier soir à l'hôpital maritime,

il avait encore dans ses blessures des débris de verres qu'il fallut extraire.

 

Yves Roudaut 

Yves Roudaut, 22 ans, matelot de pont à bord de l'Amiral Baudin.

Blessé au front par des éclats de verre, comme son camarade, mais moins profondément.

Tous deux se trouvaient, au moment de l'accident, à côté de la porte vitrée du wagon. 

Roudaut est aussi le fils d'un cultivateur de Plouguerneau.

 

La guérison de ces deux marins est l'affaire de quelques jours.

 

Joseph Morvan

M. Joseph Morvan, 28 ans, conducteur du train de Lannilis, contusions au côté gauche. 

Il a été transporté chez lui, à Lannilis. 

Ses blessures n'ont pas de gravité.

 

François Lossouarn 

François Lossouarn, courrier convoyeur, n'a reçu que des contusions peu graves comme nous l'avons dit.

Il est retourné chez lui, à Lannilis.

Sa guérison ne demandera que quelques jours.

À l'hospice civil

 

MM. Delobeau, sénateur-maire de Brest, Louis Pichon, député,

et Ramondou, sous-préfet, sont allés hier matin à l'hospice civil.

 

Ils se sont rendus près des malades, auxquels ils ont donné des consolations

et des encouragements.

 

Dans cette visite, ces messieurs étaient accompagnés du président

de la commission administrative des hospices, M. le commandant Rousseau,

et de M. Jamet, receveur-économe.

 

Louis Arthur Delobeau

M. Arthur Deshayes, maire de Lambézellec, est venu à l'hospice civil près de Combot et de Cochard, qui appartiennent, comme nous l'avons dit, à la commune de Lambézellec.

 

À l'hôpital maritime

 

MM. Delobeau, Pichon et Ramondou se sont également rendus à l'hôpital maritime, près des deux matelots blessés, qui se trouvent dans la salle 5.

 

Ils ont été accompagnés dans leur visite par M, Friocourt, médecin en chef de l'hôpital.

 

M. l'amiral Fournier s'est aussi, inutile de le dire, rendu à l'hôpital maritime, près des matelots.

 

À cette occasion, réparons une erreur.

 

Avant-hier, aussitôt que M. l'amiral Fournier, préfet maritime, fut informé de la catastrophe,

il prévint à l'hôpital maritime.

 

En plus des personnes et des secours qu'il envoya à Gouesnou, MM. Gouzien et Plagneux,médecins de 1re classe, partirent avec six infirmiers et tout le matériel nécessaire de chirurgie et de pansement.

 

Arrivée de M. Bariller

 

M. Bariller, directeur en chef de la compagnie des chemins de fer départementaux, a quitté le Mans dans la nuit

de jeudi à vendredi et est arrivé, hier matin, à Brest, par l'express.

 

Une machine était sous pression à la gare départementale ;

il est parti aussitôt, accompagné de M. Maheu, chef de l'exploitation, pour Gouesnou, où il a visité le blessé Ropars ;

il a rendu visite et a remercié les personnes qui s'étaient dévoués en la circonstance,

particulièrement M. Crouan et Mme veuve Manach.

 

En revenant de Gouesnou, M. Bariller s'est arrêté au Rufa et est allé visiter le jeune Cochard, chez M. Quentel,

maire de Gouesnou.

 

M. Bariller s'est rendu, hier après-midi, vers quatre heures, dans les deux hôpitaux, pour visiter les blessés.

 

À Gouesnou

 

M. Louis Pichon s'est rendu, hier après-midi à Gouesnou,

pour visiter le jeune Henri Ropars.

 

Il s'est trouvé au chevet du malade presque en même temps que M. le docteur Hébert.

 

M. Pichon est également allé rendre visite aux personnes qui se sont dévouées

et les a complimentées de leur humanité.

Le matériel

 

Les deux machines sont assez sérieusement endommagées ;

un fourgon et six voitures de voyageurs nécessiteront de grandes réparations.

Louis Pichon

Une partie de ce matériel, dont une des machines, est revenue, hier matin, à Brest ;

l'autre partie, qui avait été refoulée à la gare de Bohars, a été ramenée dans la soirée.

 

À Lannilis

 

M. Yvinec, conducteur des ponts et chaussées, contrôleur du contrôle, et M. Bolo, contrôleur des mines,

sont allés, hier, à Lannilis, pour interroger M. Joseph Morvan, conducteur du train de Lannilis,

sur les circonstances dans lesquelles s'est produite la catastrophe, et sur les causes qui ont déterminé

son départ avant l'heure.

 

D'autre part, l'enquête ouverte par la gendarmerie et le parquet continue.

 

M. Bariller est allé, dans l'après-midi, voir M. le procureur de la République.

 

 

Source La Dépêche de Brest 22 mai 1898

M. Henri Ropars 

Nous avons fait prendre, hier, des nouvelles d'Henri Ropars. 

L'état du jeune homme est des plus satisfaisants.

 Il est soigné chez sa mère, passage Saint-Louis 2, par le docteur Hébert. 

À ce sujet, rectifions un point important :

On sait que quelques heures après l'accident, pendant la visite même de M. le sous-préfet auprès du blessé,

Ropars fut pris de vomissements de sang. 

Ce sont ces vomissements qui avaient fait craindre des lésions internes. 

Il n'en était rien. 

Ropars eut les os du nez brisés, d'où une abondante hémorragie. 

Le jeune homme étant tombé en syncope, le sang pénétra par la bouche et la gorge dans l'estomac. 

Lorsque Henri reprit ses sens, il fut pris de vomissements de sang. 

Le docteur Robert croit pouvoir affirmer que, d'ici une huitaine de jours, son malade sera complètement remis.

 

M. Auguste Lécuyer

 

Nous avons fait également prendre, hier, des nouvelles d’Auguste Lécuyer, qui est chez lui, rue Poullic al-Lor, 11. 

L'état du blessé laissait à désirer ; la nuit avait été mauvaise Lécuyer n'a pas dormi un instant,

par suite de douleurs au côté gauche, à la tête et à l'épaule. 

Le docteur Mahéo, médecin de la famille, a visité le blessé.

 

M. Jean Meudec 

L'état de Jean Meudec est très satisfaisant. M. le docteur Aubineau a rendu visite hier matin au blessé,

à l'hospice civil ; le premier pansement qui lui a été appliqué sera maintenu jusqu'à nouvel ordre. 

En somme, la fracture de la jambe n'est pas si grave qu'on le supposait tout d'abord. 

Meudec n'a pas été alité, et son séjour à l'hôpital ne durera que quelques jours.

 

MM. Prigent et Roudaut 

L'amiral Fournier, accompagné de l'un de ses aides de camp, M. de Cuverville, s'est rendu à l'hôpital maritime,

où il a visité le quartier-maître Louis Prigent et le matelot Yves Roudaut. 

Les blessures de ces deux marins sont à peu près guéries. Prigent, seul, est toujours alité,

il en a au moins pour quinze jours. 

Quant à Roudaut, deux ou trois jours suffiront à le mettre en état.

 

MM. Combot et Cochard 

L'état de François Combot et de Jean Cochard est aussi satisfaisant que possible. 

Combot, Cochard et Meudec sont les trois seuls blessés qui restent à l'hôpital civil.

 

Autre blessé

 

La collision de Gouesnou a fait une victime dont on n'a pas parlé jusqu'ici, M. Jean-Baptiste Fauvel,

ajusteur chez M. Esneault, demeurant rue Colbert, 11, a reçu des blessures au front et a eu la jambe droite fracturée.

L'enquête de la justice

 

Dès la première heure, M. le substitut du procureur

de la République se rendit à Gouesnou pour informer.

 

M. Guicheteau, juge d'instruction, a été saisi, hier, officiellement, du dossier de l'affaire.

 

Aussitôt que Joseph Morvan, le conducteur du train,

sera en état de supporter le voyage de Lannilis à Brest,

il sera convoqué pour être entendu par M. Guicheteau.

On pense que Morvan pourra venir dans les premiers jours de la semaine prochaine.

 

Le magistrat instructeur entendra un très grand nombre de témoins dans cette affaire.

 

Le départ de M. Bariller

 

M. Bariller, directeur de la compagnie, est reparti, hier après-midi, au Mans, par le train de 2 h. 43.

 

L'inspecteur d'assurances a dû arriver hier soir à Brest.

Source : La Dépêche de Brest 8 juin 1898

L'accident du chemin de fer de Gouesnou eut lieu, on s'en souvient, le 19 mai, et causa 18 victimes,

dont la plupart ne furent heureusement que légèrement blessées.

 

Le parquet, cependant, ouvrit une enquête minutieuse.

 

Nous avons, presque au jour le jour, tenu nos lecteurs au courant des diverses phases de l'instruction.

 

Il restait à établir, de façon mathématique, à quelle distance de la gare s'était produit le tamponnement

et à vérifier sur les lieux les dispositions des trains tamponneur et tamponné.

 

Le parquet, représenté par MM. Pérussel, procureur de la République ; Jacquet, substitut ; 

Guicheteau, juge d'instruction, et Combes, greffier de ce dernier, a quitté Brest hier,  à une heure et demie

de l'après-midi, pour se rendre à Gouesnou.

 

Deux gendarmes de la brigade de Lambézellec attendaient les magistrats.

 

MM. Millour, mécanicien du train supplémentaire venant de Brest, et Riou, mécanicien du train de Lannilis,

avaient été convoqués.

 

Aussitôt arrivés, les magistrats se sont occupés de déterminer la distance de la gare au lieu du tamponnement.

 

À cet effet, les gendarmes, sous la direction du parquet, se sont mis en devoir de mesurer cette longueur,

sur les rails, à l'aide d'un décamètre.

 

De la gare au lieu de l'accident, il y a exactement 763 mètres.

 

Cette première opération terminée, restait à établir à quelle distance les mécaniciens des trains

venant en sens inverse avaient pu s'apercevoir.

 

À l'endroit où se produisit la catastrophe, il existe une courbe fortement prononcée.

 

C'est cette circonstance malheureuse qui empêcha les mécaniciens de se voir assez à temps.

 

Les trains n'étaient plus qu'à une distance de 77 mètres l'un de l'autre lorsqu'ils débouchèrent chacun

à l'extrémité de la courbe.

 

Le train supplémentaire de Brest parcourut 37 mètres, et le train de Lannilis, entraîné par la pente, 40 mètres.

 

MM. Millour et Riou ont été interrogés de nouveau.

 

Leurs dépositions, concordant avec celles qu'ils ont faites jusqu'ici, ont été reconnues exactes.

 

Les trains n'étant pas munis de freins Westinghouse, permettant l'arrêt presque instantané,

il semble que les deux mécaniciens ont dû faire tout ce qui dépendait d'eux pour amoindrir le choc.

 

On sait que le train de Lannilis partit de la gare de Gouesnou cinq minutes avant l'heure réglementaire.

Quelques instants après la catastrophe, Joseph Morvan,

conducteur du train tamponneur, déclara pour sa défense

qu'il avait été trompé par sa montre,

indiquant à ce moment l'heure réglementaire.

 

La montre fut saisie ; elle se trouvait en avance de cinq minutes.

 

On pourrait objecter que Morvan aurait dû ne pas se fier à sa montre, mais se guider sur l'heure indiquée par la pendule de la gare.

 

Or, s'il existe une pendule à la gare de Gouesnou, elle se trouve à l'intérieur du bâtiment.

 

Pour voir l'heure, il faut « coller l'œil » aux vitres de la porte.

 

De son train, Joseph Morvan ne pouvait donc apercevoir cette pendule et rectifier sa montre.

 

Le parquet, ces vérifications faites, a quitté Gouesnou pour revenir à Brest, où il est arrivé à six heures.

 

Joseph Morvan est assisté à l'instruction de Me Feillard, avocat.

 

Ajoutons que Meudec et Combot, les deux victimes les plus gravement atteintes sont toujours à l'hospice civil.

 

Leur état va s'améliorant sensiblement.

 

MM. Millour et Riou, mécaniciens, qui avaient reçu des contusions, ne sont pas encore totalement guéris.

 

On a cependant vu que leur état ne les a pas empêchés de se rendre sur les lieux de l'accident, à Gouesnou.

 

 

Source : La Dépêche de Brest 9 juin 1898

 

Autour du parquet

 

Nous avons parlé, hier, de la descente faite par le parquet de Brest sur les lieux

où s'est produit l'accident du chemin de fer de Gouesnou.

 

M. Guicheteau a poursuivi, hier, l'instruction de cette affaire.

 

On se rappelle que, dans le train supplémentaire venant de Brest et qui devait arriver, en gare de Gouesnou,

cinq minutes avant le départ du train de Lannilis, se trouvait un employé envoyé de Brest par le directeur, M. Maheu.

 

Cet employé devait rester toute la journée à Gouesnou et prendre la direction du service,

assez compliqué en raison des nombreux trains supplémentaires prévus le 19 mai, qui était jour de pardon.

 

M. Guicheteau a entendu cet employé, hier après-midi.

 

Il n'a pu que confirmer ce que nous venons de dire, à savoir qu'il se trouvait bien dans le train

et qu'il avait reçu des ordres pour prendre, à partir de midi quarante-cinq, la direction du service à Gouesnou, devenant pour ainsi dire tête de ligne.

 

Malheureusement le train de Lannilis partit à midi quarante, d'où la rencontre.

 

 

Source : La Dépêche de Brest 9 juin 1898

 

L'accident du chemin de fer de Gouesnou.

 

Plusieurs de nos confrères annoncent que deux personnes seront poursuivies

dans l'accident du chemin de fer de Gouesnou.

 

Nous croyons que c'est aller un peu vite en besogne, puisque l'instruction n'est pas encore terminée.

 

Source : La Dépêche de Brest 12 juin 1898

 

Autour du parquet

 

L'instruction de l'affaire de l'accident du chemin de fer de Gouesnou continue.

Jusqu'ici, contrairement à ce qui a été dit, il n'y a qu'un seul prévenu : Joseph Morvan, conducteur du train de Lannilis.

 

 

Source : La Dépêche de Brest 1 juillet 1898

 

L'accident du chemin de fer de Gouesnou.

 

M. Guicheteau, juge d'instruction, a entendu, cet après-midi, Joseph Morvan, le Conducteur du train de Lannilis,

qui tamponna le train supplémentaire venant de Brest.

 

Joseph Morvan était assisté de son défenseur conseil, Me Feillard.

 

L'instruction touche donc à sa fin.

 

L'état de Combot ne s'est pas amélioré.

 

Ces jours derniers, le chirurgien a retiré des esquilles de la jambe qui fut brisée dans l'accident.

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Dernière mise à jour - Décembre 2021