Fenêtres sur le passé

1897

Un nouveau câble entre Brest et New York

 

Source : La Dépêche de Brest 21 avril 1897

 

Le vapeur François Arago a quitté le port de Brest, emportant un ingénieur de l'administration des postes

et télégraphes et deux ingénieurs de la Compagnie des câbles français, chargés d'étudier la route

que doit suivre dans quelques jours le transport spécialement aménagé pour dérouler de Brest à New-York

le nouveau câble sous-marin reliant la France aux Etats-Unis.

 

Nous possédions déjà une voie télégraphique entre Brest et Saint-Pierre Miquelon, d'une part,

et d'autre part entre ce dernier point et New-York.

Cette ligne était insuffisante.

Un accident, en effet, la mettait-elle hors d'usage, il fallait avoir recours aux câbles transatlantiques anglais

pour la transmission des nouvelles entre la France et les Etats-Unis.

C'était un gros inconvénient, dont les Anglais, parfois peu délicats, avaient su à mainte reprise tirer parti à leur profit et à notre détriment.

 

Aussi le gouvernement français n'a-t-il pas hésité, malgré la grosse dépense qu'entraîne la pose

d'un câble transatlantique et sa confection, à faire une commande reconnue nécessaire.

 

Au mois de juillet dernier a commencé la construction du nouveau câble,

dont on termine les derniers apprêts en ce moment.

Dans quelques jours on pourra procéder à la pose de la nouvelle ligne télégraphique Brest-New-York.

Les transmissions par ce nouveau câble direct entre New-York

et Brest seront très simplifiées...

 

Nous n'aurons plus le point intermédiaire de Saint-Pierre-Miquelon, et surtout, en cas d'accident, soit de notre ancien, soit de notre nouveau câble, celui des deux qui pourra continuer le service

nous évitera les longs délais que nous étions obligés de subir
en nous adressant aux lignes anglaises, les détours par l'Irlande ou par Terre-Neuve ou par la nouvelle Ecosse.

Au reste, l'administration des postes françaises a doublé le fil spécial des correspondances entre Paris et la station

du câble de Brest, de telle sorte que dans quelques jours on saura sur le boulevard des Italiens, minute par minute,

ce qui se passe à New-York, tandis que jusqu'à présent on était obligé d'attendre plusieurs heures les dépêches

du Nouveau-Monde.

 

Un câble sous-marin apparaît généralement aux profanes comme un monstre énorme et compliqué.

Cependant il n'en est rien.

C'est ainsi qu'un ingénieur de la Compagnie, parlant à un de nos confrères du journal la France a pu dire

en montrant le jonc assez fort qu'il tenait à la main :

 

« Vous voyez cette canne ?

Eh ! bien, le câble transatlantique que nous allons poser de Brest .à New-York n'est pas plus épais que cela

à certaines profondeurs et sa grosseur maxima aux approches des côtes ne dépasse jamais le diamètre

de trente-cinq à quarante-cinq millimètres. »

Quant à l'anatomie de ce câble qui semble si phénoménal,

la voici en quelques mots, toujours d'après l'ingénieur

que nous venons de citer.

 

« Tout câble sous-marin se compose de deux organes essentiels

que nous appelons l’âme et l'armature, c'est-à-dire le fil ou l'ensemble des fils conducteurs de l'électricité et l'enveloppe qui protège ces fils.

 

« L'âme du câble nouveau de Brest à New-York est composée

d'un conducteur en cuivre absolument pur, de haute conductibilité.

Ce conducteur est formé de treize fils, dont un fil central de diamètre plus fort que les autres

et douze fils enveloppants.

Une gaine de gutta-percha isole ce conducteur et cette gaine est triple,

trois couches superposées et la substance isolante la composant.

 

« L'armature du nouveau câble qui entoure et protège l'âme est constituée de la façon suivante :

1° deux couches de filin tanné ;

2° vingt-deux fils d'acier dont la grosseur varie suivant les régions (haute mer, zone intermédiaire, zone de rive)

dans lesquelles doit reposer le câble ;

3° enfin un matelas de filin goudronné, puis un enduit recouvrant le tout et assurant une parfaite imperméabilité.

 

« Ainsi, le câble transatlantique de Brest à New-York se compose de six éléments divers formant huit enveloppes

et un conducteur, et sa longueur est de 3,000 milles nautiques, c'est-à-dire un peu plus de cinq mille kilomètres. »

 

Tel est l'appareil que l'on va poser dans quelques jours au fond de l'Océan, entre la France et les États-Unis,

et qui assurera à nos correspondances internationales avec le Nouveau-Monde une sécurité parfaite

et une indépendance que l'on désirait depuis longtemps et que certains incidents récents avec l'Angleterre

avaient rendu nécessaire et urgent.

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Dernière mise à jour - Juin 2021