Fenêtres sur le passé

1897

Ivresse sur le grand-pont à Brest

 

Source : La Dépêche de Brest 6 juillet 1897

 

Tout comme le Cid, le jeune Pierre Le Goff pourrait prétendre que la valeur n'attend pas le nombre des années.

Mais il s'agit pour lui d'une valeur qui n'a rien de commun avec celle du héros de Corneille.

Bien au contraire.

L'amant de Chimène terrassait Navarrais, Maures et Castillans, Pierre Le Goff s'attaque plus spécialement

aux agents de police, et régulièrement ce sont eux qui le mettent, non point en déroute — il voudrait bien s'enfuir — mais au violon.

 

Pareille aventure lui est encore arrivée vendredi dernier.

Traversant le grand pont dans un état d'ivresse qui se manifestait par des écarts d'une amplitude

vraiment excessive et de grossières injures aux passants, Pierre Le Goff fut invité par deux agents de police à calmer ses alcooliques ardeurs.

Sa réponse, on la devine.

Comme les agents ne paraissaient point s'en vouloir contenter,

il la ponctua de quelques bourgades.

Il y avait injures et coups aux agents de la force publique,

le cas était clair :

Le Goff devait faire une nouvelle visite aux violons brestois.

 

Le tout pourtant était de l'y mener, ce à quoi il refusait énergiquement de consentir, criant :

« À l'assassin, au secours ! » et ameutant une foule considérable.

 

Après avoir vainement requis l'assistance d'un gendarme maritime qui s'esquiva, les agents, non sans peine, réussirent à écrouer l'ivrogne récalcitrant.

 

Hier, Pierre Le Goff comparaissait devant le tribunal correctionnel.

Deux condamnations qu'il a déjà subies pour ivresse et rébellion n'étaient point pour concilier la bienveillance

des magistrats à l'inculpé.

 

Ils l'ont condamné à quatre mois de prison, tout en regrettant, vu son âge, seize ans accomplis,

de ne pouvoir l'envoyer en une maison de correction.

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Dernière mise à jour - Décembre 2021