Fenêtres sur le passé

1897

La Croix-Rouge à Brest

Inauguration des cours sur les secours

à donner aux blessés en temps de guerre

Source : La Dépêche de Brest 26 janvier 1897

 

Inauguration des cours sur les secours à donner aux blessés en temps de guerre.

 

Le comité brestois de la Croix Rouge a eu l'excellente idée de créer, pour ses dames sociétaires, des cours sur les secours à donner aux blessés en temps de guerre.

 

Ces cours, dont l'utilité n'est pas à démontrer et qui ont été confiés

au docteur Gayet, médecin principal de la marine, ont été inaugurés hier,

à deux heures, dans l'amphithéâtre des cours de l'hôpital maritime,

devant une très brillante assistance.

Du côté des hommes, l'amiral O'Neill, les membres du comité et de nombreux officiers du corps de santé

de la marine.

Du côté des dames, Mmes Barrera, Le Borgne de Kerambosquer, de Bausset, Deschard, Huin, Spire, Malpel, Nôny, Clamorgan, Bameule, Mlle Auffret, etc., etc.

Discours de M. Auffret

 

M. le docteur Auffret, directeur du service de santé,

a ouvert la séance par un excellent discours sur les secours

à donner aux blessés en temps de guerre.

Il a rappelé que les secours organisés dans les combats et

après les combats ne pouvaient être efficaces que le jour

où la chirurgie militaire est devenue une science à la hauteur

de ses obligations.

Après la journée de Crécy, où, comme le dit Froissard,

« les bombardes lancèrent pour la première fois feu et mitraille pour détruire hommes et chevaux »,

les blessés ne pouvaient compter que sur les drogues des marchands d'orviétan qui suivaient les armées.

Avec Sully, Richelieu et Louvois, on voit les premières ambulances.

Plus près de nous, Louis XVI rêve une réorganisation des secours qu'il n'a pas le temps de réaliser ;

mais il crée de grands établissements hospitaliers, parmi lesquels le bel hôpital de Rochefort, inauguré en 1788.

 

L'Assemblée nationale reprend la question.

Elle mobilise les couvents, les églises et les édifices publics pour en faire des hôpitaux militaires.

La sollicitude pour les blessés n'est pas moins grande sous le premier Empire ; mais les moyens manquent.

À Dantzig, il y a 1,600 blessés et 2,000 malades et pas un infirmier.

Le chirurgien en chef Percy propose la constitution d'infirmiers et de brancardiers militaires,

mais on a encore beaucoup à apprendre sur ce sujet.

Les guerres de Crimée et d'Italie sont désolantes quand on consulte les tables de mortalité.

L'idée des sociétés civiles venant en aide au corps de santé militaire prend naissance à Solférino.

Le docteur Palasciano, de Naples, dans un émouvant plaidoyer, lance l'idée de la Société de Genève.

Il demande l'intervention de l'humanité pour suppléer à l'insuffisance permanente du service médical dans les combats.

Avec M Henri Dunan, de Genève, il pose les principes

de la neutralisation.

La Société de la Croix Rouge s'organise sur ces bases

et un décret de 1889 fixe définitivement son rôle.

Elle devient la réserve du service de santé.

 

M. le docteur Auflret, qui a représenté le gouvernement français au 7e congrès de la Croix Rouge, à Rome, est tout particulièrement qualifié pour parler de cette œuvre tout à la fois humanitaire et bien française.

 

Son utilité lui paraît si peu contestable, qu'il n'hésite pas à jeter un coup d'œil indiscret dans le livre du Destin et qu'il y trouve, pour la Croix Rouge, une page secrète, où il lit :

« Les efforts sans défaillance, le dévouement sans bornes, la générosité sans calcul, sont toujours récompensés. »

 

M. le docteur Auffret termine en remerciant les dames de la coopération qu'elles vont apporter à la Croix Rouge.

Être infirmière n'est pas chose si facile qu'on pourrait le croire.

Il y faut des qualités auxquelles les femmes sont particulièrement aptes.

C'est pourquoi leur concours est réclamé pour une œuvre dont elles ont déjà compris le caractère hautement patriotique.

 

Le discours de M. Auffret, nourri de faits et très philosophiquement pensé, a été très applaudi.

M. le docteur Gayet, prenant la parole à son tour,

a ouvert son cours en précisant le rôle des femmes

dans les sociétés de secours aux blessés.

Ce rôle doit être essentiellement pratique.

 

Conseils pratiques

 

M. le docteur Gayet cite l'exemple du comité de Toulon qui,

grâce â sa persévérance, est arrivé, en très peu de temps,

à des résultats excellents.

Il termine en encourageant les dames présentes

à se mettre immédiatement à l'œuvre en commençant

la confection de la lingerie nécessaire à cinquante lits.

 

La séance se termine par quelques paroles de l'amiral O'Neill, président du comité de Brest, qui remercie les docteurs Auffret

et Gayet et Mme Barrera,

« la véritable organisatrice du comité des dames ».

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