Fenêtres sur le passé

1896

Tempête et raz de marée

 

Source : La Dépêche de Brest 6 décembre 1896

 

Le mauvais temps a continué hier.

De nombreux points de la région, des télégrammes nous parviennent signalant l'importance de la tempête.

De nombreux navires, fuyant devant le temps, ont dû se réfugier dans les ports de la côte.

 

À Brest, ont relâché deux bateaux pilotes de Belle-lsle.

 

Le vapeur les Fils Conseil, qui doit prendre à Brest pour le conduire à Bordeaux un torpilleur réformé,

est entré à Brest hier soir, à 5 h. 40. 

Le capitaine, qui a 23 ans de navigation, a déclaré n'avoir jamais vu une mer si démontée.

La tempête s'est présentée, en effet, dans des conditions peu ordinaires.

Le baromètre est descendu à 752.

Pareille dépression ne s'était plus produite depuis 1830.

C'est du moins ce qui résulterait des expériences faites en rade et à l'observatoire de la marine.

 

Hier matin, à 7 h. 30, la rade a été déconsignée,

mais le temps ne s'est pas beaucoup amélioré. 

À midi 8, le cône nord a été hissé, mais à une heure on hissait le cône sud. 

Ces variations, ces sautes de vent qui s'étaient produites la veille ont fait croire à une éruption sous-marine,

voisine de notre littoral.

Quoi qu'il en soit, les renseignements que nous recevons ne laissent aucun doute sur l'importance de la tempête.

 

À Penmarc'h, notamment, le sinistre a pris les proportions d'un désastre.

Le sémaphore a été envahi par la mer.

Les meubles flottaient dans les pièces inférieures.

Le guetteur et sa famille ont dû se réfugier dans la pièce supérieure du sémaphore.

 

Pendant ce temps, la mer montait toujours, ainsi qu'en témoigne le télégramme suivant que nous adresse

notre correspondant :

« Penmarc'h, 4 h. 40 soir.

La tempête a causé ici un désastre épouvantable.

Soixante bateaux ont été coulés sur leurs corps-morts.

Les trois quarts de la commune sont inondés. »

D'autre part, le ministre de la marine a reçu la dépêche suivante

du commissaire de l'inscription maritime de Quimper :

« La marée de la nouvelle lune, poussée par un vent violent, inonde une partie de la commune de Penmarc'h.

Les communications télégraphiques du sémaphore sont interrompues.

Les maisons des guetteurs, dont les portes ont été enfoncées,

sont remplies d'eau.

Les femmes et les enfants ont dû se réfugier dans les greniers.

15 bateaux de pêche ont sombré.

Beaucoup sont venus à la côte.

On n'a heureusement aucune mort à déplorer, mais les pertes matérielles sont considérables,

surtout pour cette population de pêcheurs. »

 

Le ministre a donné l'ordre au commissaire de l'inscription maritime de Quimper de se rendre aujourd'hui même

à Penmarc'h et de repartir une somme de 2,000 fr. entre les familles les plus nécessiteuses

 

Le sémaphore de Penmarch ne paraît pas avoir été le seul à souffrir de la tempête.

Le phare de la Vieille avait hier son pavillon en berne, mais les détails manquent.

 

D'autre part, une coque de navire a été aperçue hier, flottant sur l'eau, entre la pointe au Raz et Audierne.

 

On nous écrit le 5 :

Une violente tempête s’est déchaînée hier.

Un vent du nord-ouest, soufflant avec une rare violence, coupait la respiration des personnes qui se hasardaient

dans les rues et les empêchait d'avancer.

Les toitures ont eu beaucoup à souffrir.

Quelques-unes ont été enlevées presque en entier.

Sur le port, c'était bien pis.

Les vagues, déferlant avec une vraie furie sur la jetée,

atteignaient des hauteurs vraiment étonnantes.

On en a vu passer par dessus l'ancien abri du bateau de sauvetage et aller tomber dans la jardin de M. Poilleu, situé à une quarantaine de mètres au-dessus du niveau de la mer.

Aussi ont-elles causé de nombreux dégâts.

 

Le parapet qui surmonte la jetée a été détruit sur une longueur

de soixante mètres environ ; le quai n'existe pour ainsi dire plus.

 

La cabane qui sert actuellement d'abri au bateau de sauvetage a vu ses deux pignons enlevés.

On va être obligé de la reconstruire complètement à neuf.

Des blocs de pierre, pesant 200 et 250 kilogrammes, ont été transportés à 20 mètres de l'endroit où ils se trouvaient.

 

Plusieurs bateaux ont coulé en un clin d'œil ;

d'autres ont été enlevés par les vagues et transportés à 20 ou 30 mètres dans les terres.

 

Des casiers à langoustes et à homards, ont été enlevés de l'avant-port et transportés par dessus la jetée

à de grandes distances.

 

Heureusement, pas de mort d'hommes à déplorer.

Le vapeur Louise, qui fait le service postal du Conquet

â Ouessant, a dû être mis sous pression et conduit en lieu sûr,

au lieu-dit Toul-ar-Blantoc.

Le patron Miniou, voulant doubler les amarres qui attachaient

la Louise au quai, a couru un grand danger, mais il s'en est tiré grâce à son sang-froid.

 

En somme, de mémoire d’homme,

on n'avait vu une mer aussi démontée. 

Les pertes subies par nos braves pêcheurs sont couvertes par la société l'Utile.

 

Disons que, grâce à l'intelligente initiative de M. Levasseur, maire et président du comité de sauvetage,

et de M. Pethiot, adjoint au maire et trésorier de ladite société, le bateau et les engins ont été mis en lieu sûr,

aidés par nos braves canotiers qui, à l'envi, ont rivalisé de zèle et de dévouement.

 

M. Pethiot a adressé le télégramme suivant à la Société générale de sauvetage :

« Cabane abri bateau sauvetage vient d'être démolie, par mer très démontée du sud-ouest.

Besoin urgent envoyer inspecteur pour constater dégâts.

Ai fait mettre matériel à l'abri. »

On nous écrit de l'Aberwrac'h le 5 :

Une tempête s'est déchaînée la nuit dernière sur notre région.

 

Le vent s'est élevé dans la soirée d'hier et a soufflé de la partie nord-ouest, avec accompagnement de forts grains

de pluie.

Le baromètre est descendu à 720 millimètres.

 

Malgré l'intensité de la rafale, aucun accident maritime grave ne s'est produit et, à l'heure où nous écrivons,

on n'en signale heureusement pas sur notre littoral.

 

Le ponton-vivier Dieu protège la France et le homardier Gabrielle, à M. Oulhen, mareyeur à l'Aberwrac'h,

ont chassé sur leurs ancres et se sont échoués ; sans avaries.

 

Ce matin, le baromètre est monté subitement à 743.

Il est à craindre que cette hausse rapide n'annonce une nouvelle tempête de la partie nord.

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Dernière mise à jour - Décembre 2021