Fenêtres sur le passé

1896

Les mines de plomb à Pontpéan et Huelgoat

 

Source : La Dépêche de Brest 7 juin 1896

La discussion qui s'est engagée jeudi à la Chambre au sujet au droit proposé par la commission des douanes sur

les minerais de plomb et le plomb a fourni sur ce métal et sa production en France des renseignements intéressants.

 

À en juger par les cartes métallurgiques, le plomb abonde en France ;

les gisements sont, en effet, fort nombreux.

Mais les gîtes exploités sont rares, bien plus rares encore ceux qui le sont d'une façon fructueuse.

Sur des centaines de mines connues, bien peu sont de nature à donner des bénéfices.

D'après les chiffres du ministère des travaux publics, cités jeudi par M. Siegfried, la production du minerai de plomb

a été, dans les Hautes-Alpes, de 225 tonnes ;

dans la Lozère, de 183 tonnes ;

dans le Puy-de-Dôme, Pontgibaud a produit 2,253 tonnes ;

dans les Hautes-Pyrénées, Pierrefite a produit 1,205 tonnes ;

le territoire de Belfort, 25 tonnes ; 

le Tarn, 200 tonnes ;

le Var, pour Bormettes, etc., a produit 1.548 tonnes.

La mine la plus importante, Pontpéan, dans l’Ille-et-Vilaine,

a donné 12,000 tonnes, soit plus de la moitié,

la production totale étant de 22,000.

 

La situation des mines de Pontpéan a été le fond du débat de jeudi.

M. Siegfried les représentait comme florissantes, les députés

du département les disaient dans une passe périlleuse.

M. Ardouin-Dumazet, auteur d'un intéressant et remarquable

Voyage en France, qui formera vingt volumes quand il sera terminé et dont les tomes 4 et 5 sont consacrés à la Bretagne,

donne sur ces mines les renseignements suivants :

 

« Ces mines, creusées dans un site fort tranquille,

où rien ne semblerait appeler la vie industrielle,

occupent 971 ouvriers, dont 448 hommes sous le sol, employés à l'extraction.

Au dehors, pour le concassage et le triage du minerai et les transports, il y a 33 enfants, 147 femmes et 348 hommes.

La valeur des salaires dépasse 700,000 francs.

Le produit de l'extraction est évalué à 1.500,000 francs environ.

La production est d'environ 700,000 tonnes de galène, 1500 tonnes de blende, 3000 tonnes de pyrite

et 120,900 tonnes de schlamms ;

galènes et schlamms vont à Couëron, les blendes et les pyrites sont dirigées sur la Belgique.

Le manque de charbon a empêché de créer sur place des usines pour le traitement du minerai ;

c'est pourquoi Couëron, où abordent les charbonniers anglais, où l'on reçoit aussi les minerais d'Espagne,

a pris l'importance industrielle qui semblait dévolue à la vallée de la Seiche. »

Bien plus importantes ont été les mines d'Huelgoat, dans le Finistère.

 

Des documents, dit encore M. Dumazet, datant de 1760 les montrent en pleine exploitation.

Lorsqu'il y a cent ans, Cambry visita le pays, il y avait encore, à Poullaouen seulement,

2,400 ouvriers, hommes, femmes et enfants.

De grandes roues servaient à l'extraction du minerai, de longs appentis, des forges, des cités ouvrières,

des chantiers animés par des chevaux et des voitures « annonçaient une grande manufacture ».

De vastes bâtiments servaient au lavage, d'autres à la fonderie.

La production en plomb et en argent était considérable ;

Huelgoat était plus riche en argent et Poullaouen en plomb.

Les créateurs de ces établissements, des mineurs allemands venus en Bretagne vers le XIVe siècle,

ont fait pour l'exploitation des travaux extraordinaires ;

l'étang d'Huelgoat est leur œuvre, de là partent les canaux qui amenaient aux mines de Huelgoat,

après un parcours de près de deux lieues presque entièrement souterrain, les eaux qui servaient à faire mouvoir

les machines, au lavage et à l'épuisement des eaux dans les mines.

La profondeur des puits était grande.

Six cents pieds, c'est-à-dire deux cents mètres à Poullaouen, quatre cents pieds à Huelgoat.

Brizeux, dans son poème des « Bretons », conduit Lilèz

dans les galeries sombres et fait dire au guide :

 

« La terre à huit cents pieds monte au-dessus de nous. »

 

Peut-être huit était-il là pour éviter-la désastreuse allitération de six cents.

« Les Bretons » paraissaient en 1846 ; peu d'années après, les mines étaient abandonnées...

 

Elles sont riches encore cependant et un chemin de fer les dessert.

Peut-être l'exploitation en sera-t-elle un jour reprise dans des conditions prospères.

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Dernière mise à jour - Août 2021