Fenêtres sur le passé

1896

La maison du poète

Le bruit-de vanité qui sort des cénacles ne l'a pas distrait de ses extases coutumières.

Heureux homme ! »

 

Source : La Dépêche de Brest 14 septembre 1896

 

M. Gaston Deschamps, le distingué critique littéraire du « Temps »,

est en ce moment en Bretagne.

La première étape de son voyage, qu'il note au jour le jour, a été Quimper,

où il a essayé vainement de rencontrer notre ami et excellent collaborateur A. Le Braz.

 

« Je suis venu ici, dit-il, avec l'espérance de rencontrer le poète Le Braz,

dont j'aime tendrement les chansons et les rêves.

Je comptais le voir chez lui, parmi ses livres, à deux pas des paysages familiers

où il a entendu venir, des profondeurs du passé, la voix des vieux harpeurs bretons.

Mais ce poète a une âme de goéland.

Il est loin, sur la mer ou dans une île.

Sa maison est close.

La porte du jardin, toute verdoyante de laurier et de chèvrefeuille, est fermée à clef.

Les herbes folles ont envahi la petite allée de tilleuls et la mousse a verdi

les marches du perron.

J'ai tourné autour de l'enclos, du côté où la maison est toute noire,

étant blindée d'ardoises contre le vent de mer, rongeur de granit.

J'ai regardé par-dessus le mur, et j'ai envié le calme de cette solitude.

Ah ! Comme Le Braz a bien fait de rester ici, de s'enraciner au sol natal,

de rester fidèle aux sources vives où sa fantaisie se retrempe et se rajeunit !

Le succès ne l'a point grisé.

Il n'a pas cédé au désir d'émigrer à Paris.

Gaston Deschamps

Gaston Deschamps

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Dernière mise à jour - Juin 2021