Fenêtres sur le passé

1895

Brigandage à Guipavas et Quimper

 

Source : La Dépêche de Brest 5 février 1895

 

 

Les nommés Labat (Yvon-Marie-Victor), âgé de 22 ans, manœuvre, Benoit (Georges-Joseph-Marie). 19 ans, boulanger, et Mével (Germain) dit Pistache, 18 ans, journalier, les trois demeurant à Brest, comparaissent

sous l'accusation ci-dessous.

 

De ces trois personnages, l'un deux, Labat, se présente ici pour la troisième fois, et cela consécutivement.

On a pu le voir, en effet, aux deux dernières sessions, occupant sa place, sur le même banc, en compagnie

d'autres individus, ejusdem farinœ, mais que le sort a moins favorisés que lui, car chaque fois il a été acquitté.

 

Il est vrai que chaque fois aussi, il a recommencé, considérant sans doute ces brevets d'innocence décernés par le jury comme des primes d'encouragement.

 

Parions qu'il compte, encore cette fois, s'en tirer.

Après tout, pourquoi pas ?

Pour qui connaît les surprises du métier, la chose n'est malheureusement que trop possible ;

« Allons, doit il se dire in petto, un peu de chance et un bon jury, et ça y est ! »

 

L'acte d'accusation énonce ainsi les charges relevées contre ces trois individus.

 

Le 8 novembre 1894, jour de foire à Guipavas, entre six et sept heures du soir, trois agressions suivies de vols

étaient commises aux environs de ce bourg.

 

À six heures du soir, le sieur Ropars était assailli sur la route de Guipavas à Plabennec par trois jeunes gens,

dont deux lui mettaient les mains sur les yeux et le serraient à la gorge pendant que le troisième le fouillait

et lui enlevait son porte-monnaie contenant 0 fr. 60 cent.

À 6 h. 1/2, sur la route de Brest à Guipavas, trois jeunes gens accostaient le nommé Creff :

L'un lui serrait la gorge, l'autre lui mettait la main sur les yeux, tandis que le troisième le fouillait et lui enlevait sa tabatière

et 0 fr. 15.

 

Enfin, le même jour, à sept heures, le nommé Gouez était assailli, à 200 mètres de Guipavas, par trois jeunes gens qui,

au moyen des mêmes procédés, lui enlevaient son porte-monnaie contenant 40 ou 50 centimes.

Ces trois agressions étaient évidemment le fait des mêmes individus.

 

Quelque temps avant, dans l'après-midi du 8 novembre, on avait remarqué, dans un débit du bourg de Guipavas, trois jeunes gens qu'on a reconnus depuis être les accusés, écoutant les conversations des cultivateurs

s'en allant de la foire

 

Vers sept heures, leur présence était de nouveau constatée à Guipavas, où Labat achetait du saucisson

dans une charcuterie.

 

Les soupçons se portèrent de suite sur Labat et ses deux compagnons.

Tous trois durent reconnaître leur présence à Guipavas à l'heure des agressions et avouer leur participation

à ces crimes, tout en s'efforçant de se jeter à chacun la responsabilité des faits.

Labat déclare avoir assisté, à trois ou quatre pas de distance,

à une agression contre un paysan,

mais ne pas savoir par qui il avait été frappé.

 

II affirma n'avoir pas participé au produit du vol et n'avoir même pas vu les objets soustraits.

 

Mével a reconnu que tous trois avaient poussé un paysan,

sans toutefois le renverser, et que, personnellement,

il lui avait pris 0 fr. 30.

 

Quant à Benoit, il déclare que, le soir du 8 novembre, il était accompagné de Labat et de Mével, qui, sur la route, avaient assailli deux ou trois paysans pour avoir de l'argent.

 

Mével lui aurait déclaré avoir pris 0 fr. 60 au premier, 0 fr. 30 au second ; le troisième n'avait rien.

 

D'après cet accusé, son rôle se serait borné à prendre deux consommations qu'il savait être payées

avec l'argent soustrait.

 

Les victimes ont été confrontées avec les accusés.

Creff et Gouez ne purent les reconnaître, n'ayant pas distingué leurs traits lors de l'agression.

Ropars a formellement reconnu Labat et Benoît pour deux de ses agresseurs.

 

Mével a subi cinq condamnations, dont deux pour vol ;

Labat a été deux fois condamné ;

Benoit n'a pas d'antécédents judiciaires.

 

Il résulte des renseignements recueillis que les trois accusés sont paresseux et ne travaillent que rarement. 

Ils sont inconnus de la plupart des patrons chez lesquels ils ont déclaré avoir travaillé.

 

Le président. — Votre réputation à Brest est aussi mauvaise que possible.

Vous rôdiez et cherchiez toujours un mauvais coup à faire, et lorsque vous n'en trouviez pas, vous vous faisiez nourrir par votre vieille mère ?

R. — Il n'y avait que neuf mois que j'étais sorti du service.

Le président. — Oui, de prison.

D. — Vous avez passé deux fois de rang en cour d'assises.

Grâce aux efforts généreux et habiles de vos défenseurs,

vous avez été acquitté, malgré vos aveux.

Il y a un proverbe qui dit que tant va la cruche à l'eau

qu'à la fin elle se casse.

À la foire de Guipavas, vous pensiez sans doute faire un bon coup ?

R. — Nous n'avions pas l'intention de voler.

 

Labat reconnaît avoir attaqué M. Gouez et son fils.

Ses camarades, dit-il, ont pris au père trente centimes.

Il ignore qui a attaqué les deux autres individus.

 

Georges Benoit avoue ni plus ni moins que Labat.

 

D. — Vous êtes grisé par les chances qu'a eu Labat, deux fois de rang, d'être acquitté par la cour d'assises.

C'est pourquoi vous niez les deux autres faits, que cependant vous avez reconnus à l'instruction.

R. — Je n'ai participé qu'à celui de Gouez.

 

D. — Vous avez abandonné vos parents depuis fort longtemps ?

R. — Oui, monsieur le président.

D. — Qu'êtes-vous disposé à reconnaître, vous ?

R. — Les trois vols.

 

Mével raconte comment les trois agressions ont eu lieu.

 

Labat et Benoit. — Oui, oui, c'est vrai.

 

Le président à Mével. — Il sera tenu compte de vos aveux.

 

Labat et Benoît, en chœur. — Nous aussi, nous avouons !

 

On rit.

 

On entend ensuite les témoins.

 

M. Gouez père, âgé de 56 ans, dit qu'il a eu plus de peur des malfaiteurs que des balles, lorsqu'il était à la guerre.

C'est un vieux soldat d'Afrique.

Il prie le ciel de lui accorder que pareil fait ne lui arrive plus.

« Je tenais beaucoup, dit-il au chapelet qu'ils m’ont volé. Il avait fait la Campagne d'Afrique avec moi. »

Reconnus coupables sur toutes les questions, avec admission des circonstances atténuantes,

Labat et Benoît sont condamnés chacun à huit années de travaux forcés, et Mével à huit années de réclusion,

sans interdiction de séjour.

 

Ministère public, M Drouot.

Défenseurs : Me Laurent pour Labat.

Me Le Marchadour pour Benoît.

Me Méheust pour Mével.

 

Source : La Dépêche de Brest 1 mai 1895

 

1° Benoit (Georges-Marie), âgé de 19 ans, garçon boulanger ;

2° Caro (Pierre), âgé de 18ans, ouvrier menuisier ; 3° Pichon (Jean-Louis), âgé de 16 ans,

trois détrousseurs de grands chemins, n'ont aucun domicile, couchent où ils peuvent et semblent n'avoir eu en réalité jusqu'ici qu'un but, celui de vivre aux dépens de la société.

 

Les faits qui vont suivre le prouvent suffisamment.

Ils avisèrent, en effet, un paysan, le sieur Jean Hénaff, qui quittait le champ de foire, portant une corde en sautoir,

à la façon des cultivateurs qui viennent de vendre quelque tête de bétail.

 

Ils supposèrent à juste titre qu'il devait avoir sur lui une certaine somme d'argent et, s'attachant à ses pas,

le suivirent sur un parcours d'environ deux kilomètres.

 

Hénaff, sans défiance, poursuivait sa route lorsqu'il fut rejoint par les trois malfaiteurs,

qui l'abordèrent et entrèrent en conversation avec lui.

 

Tout à coup, dans un endroit plus isolé, Benoît se précipite brusquement sur Hénaff, le renverse dans un fossé

du chemin public sur lequel ils se trouvaient, lui comprime fortement la gorge et lui met une main sur la bouche

pour l'empêcher de crier.

Le 20 octobre 1894, trois malfaiteurs, les nommés Benoît,

Caro et Pichon, se rencontraient sur le champ de foire de Quimper.

 

Se trouvant sans argent, ils résolurent de s'en procurer à tout prix

et ne tardèrent pas à mettre à exécution leurs mauvais desseins.

 

Pendant ce temps, Caro et Pichon explorent les poches de la victime,

lui enlèvent un couteau et son porte-monnaie, contenant au moins 140 fr. ; puis, profitant de l'émotion de Hénaff, les malfaiteurs prennent la fuite d

ans la direction de la ville de Quimper.

 

Hénaff se rendit à une ferme du voisinage où on lui donna des soins,

puis il vint au commissariat de police de Quimper déposer sa plainte

et donner le signalement de ses agresseurs.

 

Les soupçons ne tardèrent pas à se porter sur Benoît, Caro et Pichon, descendus à Quimper, dans la même auberge.

 

Il fut établi que Benoît n'avait, dans la matinée du 4 octobre, aucun argent, et était même réduit à solliciter dix centimes du sieur Toulgoat.

 

Le soir de ce même jour, Benoît et ses deux co-accusés faisaient

des dépenses assez fortes dans des débits malfamés.

 

Interrogés sur la provenance de cet argent, ils n'en purent en indiquer une légitime.

 

Devant le juge d'instruction, ils ont dû avouer les faits qui leur sont reprochés.

 

Benoît est un malfaiteur extrêmement dangereux.

 

Il a été, pour un crime de même nature, également commis sur un chemin public, traduit devant la cour d'assises du Finistère et condamné, à la dernière session, à huit années de travaux forcés.

 

Caro, de son côté, a subi six condamnations.

 

Quant à Pichon, il n'a pas d'antécédents judiciaires, mais les renseignements fournis sur son compte sont loin de lui être favorables.

 

Ministère public, M. le substitut Vidal. 

Défenseurs : Me de Chamaillard pour Benoît, Me Laurent pour Caro et Me Boulo pour Pichon.

 

Benoit et Caro sont déclarés coupables, avec admission de circonstances atténuantes, et condamnés,

Benoît à dix années et Caro à cinq années de réclusion, sans interdiction de séjour.

 

La cour ordonne de plus la confusion de cette peine et celle qui a été prononcée contre Benoît, à la dernière session, à huit ans de travaux forcés.

 

Pichon est acquitté.

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