Fenêtres sur le passé

1894

Singuliers remerciements pour le sauvetage du Tana

La Dépêche de Brest 15 septembre 1894

Nos lecteurs se souviennent du steamer anglais Tana, que des pêcheurs de l'île Molène

avaient trouvé abandonné à dix milles au large du Conquet, dans les premiers jours de juin.

Le Tana, qui avait une forte voie d'eau, aurait coulé sans son chargement, qui consistait en bois de bouleau,

et qui le maintint sur l'eau.

C'est M. Dubosq (Victor-Marie), marin-pêcheur à l'île Molène, qui, le premier,

trouva le steamer abandonné de son équipage.

Il fit des signaux, et bientôt 160 pécheurs d'Ouessant, du Conquet et de Molène arrivaient sur les lieux et,

se plaçant sous les ordres de Dubosq, se mettaient en devoir de remorquer le Tana jusqu'au Conquet.

Leurs efforts furent inutiles.

Le steamer ne bougea pas, et M. Malgorn, pilote à Ouessant, télégraphia à la préfecture maritime,

qui envoya l'Infatigable.

Le remorqueur de la direction des mouvements du port réussit à conduire le navire abandonné au Conquet,

où il fut échoué sur le rivage.

Pendant quatre jours, Dubosq et quelques hommes restèrent à bord, gardant le bateau, qui fut ramené à Brest après que l'on eût aveuglé la voie d'eau.

Grâce à son initiative, le marin de Molène avait sauvé le navire et 140,000 fr. qui se trouvaient à bord.

Il semble que les Anglais n'auraient dû avoir

que des éloges à adresser à Duboscq.

C'est une erreur.

Le 9 août, le capitaine adressait une plainte au commissaire de l'inscription maritime au Conquet,

disant que Dubosq et deux marins, R... (Nicaise) et M... (Guillaume), pêcheurs également à l'île Molène,

leur avaient volé différentes marchandises qui se trouvaient à bord.

Le commissaire de l'inscription maritime du Conquet fit ouvrir une enquête,

qui amena la découverte de quelques kilogrammes de lard, provenant du navire, chez Dubosq,

et quelques planches chez les deux autres matelots.

L'affaire est venue hier devant le tribunal, présidé par M. Le Guillou de Penanros.

Dubosq, interrogé, dit qu'ayant le premier trouvé le Tana, il était le maître à bord,

et qu'il fallait bien qu'il donnât à manger aux 160 pêcheurs

qui l'aidèrent de six heures du matin à trois heures de l'après-midi,

puis à ceux qui restèrent avec lui pour garder le bateau.

Quant à R... et à M..., ils affirment que les planches trouvées chez eux ne provenaient pas du Tana.

Après une courte délibération, le tribunal a acquitté Dubosq,

mais il a condamné R... et M... chacun à une amende de dix francs.

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