Fenêtres sur le passé

1894

Pierre Loti en voyage

Source : La Dépêche de Brest 31 janvier 1894

 

On sait que M. Pierre Loti vient d'obtenir du ministre de la marine un congé de six mois qu'il va employer

à parcourir les déserts de l'Arabie et à visiter Jérusalem.

 

M. Loti a donné sur son futur voyage les détails suivants à un rédacteur du Journal (*) :

« Je trouverai près du Caire, à Aïn-Musa, un camp tout prêt,

une trentaine d'hommes, avec des tentes, des chameaux porteurs,

des chameaux coureurs.

Le chef de cette petite troupe, recrutée parmi les Arabes,

est Serpa-Pinto, un explorateur qui connaît les régions

que nous allons traverser.

(*) édition du 29 janvier 1894 

article écrit par Louis de Robert

romancier (prix Fémina 1911)

Remerciements  à Philippe Royer

« — Oh ! Tout simplement comme il convient pour un pareil voyage.

En arrivant au Caire, je m'achèterai à la Belle Jardinière de l'endroit un bon costume de Bédouin ;

la seule chose qui ne sera pas arabe dans mon aspect, ce sera une excellente carabine à six coups

que je viens d'acheter à Paris, et encore, je la ferai recouvrir de cuir pour qu'elle ne contraste pas trop avec le reste.

Sur notre passage, les cheiks du désert doivent nous fournir

une garde pour qu'on ne nous assassine pas,

et cela moyennant rançon.

Il n'y en a qu'un, celui du Pétra, qui, jusqu'à présent,

n'a pas répondu à nos ouvertures ;

c'est un fanatique, à la fois rebelle au sultan

et très hostile aux chrétiens.

 

Qu'adviendra-t-il ?

 

Je ne sais.

 

Pourtant, je suis convaincu que, si je parviens à le voir,

nous serons les meilleurs amis du monde au bout de cinq minutes.

Il doit probablement s'imaginer voir arriver devant lui

un beau monsieur, en chapeau haut de forme,

monté sur une locomotive, et, lorsqu'il me verra assez semblable à lui, je ne doute pas que nous ne fassions vite la paix. »

 

« — Comment serez-vous costumé ?

 

Pierre Loti en guerrier arabe de fantaisie (1895)

Edmond de Pury, portrait inachevé

Musée d'Art et d'Histoire (Rochefort, bât.)

 

Pierre Loti est représenté à l'âge de 45 ans,

déguisé en guerrier arabe de fantaisie.

Il pose debout et face, sa main tient un poignard

dans son étui serti de pierres semi-précieuses

et sa main gauche est posée sur la hanche.

Son costume se compose d'un casque à cornes, d'un pendentif à pierre verte, d'une chemise blanche,

d'une ghutra blanche à rayures dorées, d'une sorte

de pagne à motif d'ocelles de plume de paon.

Le portrait est inachevé

comme l'indique l'auteur auprès de sa signature.

« — Et le voyage durera ?

 

« — Nous en avons pour sept ou huit semaines de route, à chameau,

avant d'attraper Jérusalem.

En quittant le désert de Pétra, je traverse une partie de celui de Syrie jusqu'au sud de la mer Morte, que je longerai...

La séduction du voyage, c'est que ce pays m'est inconnu,

qu'il est resté absolument arabe,

absolument le même depuis deux mille ans.

Personne, ou à peu près personne, parmi les Européens,

ne s'y est encore hasardé, et il y a là-bas des ruines romaines,

des vestiges assyriens que je me promets de visiter.

 

« — Comment travaillez-vous quand vous êtes en route ?

 

« — Tous les soirs, avant de me coucher, j'écris au crayon ce que je veux retenir de ma journée,

sans cela, le lendemain, l'impression serait déjà effacée.

Au grand air, avec cette vie toute physique, la fatigue vous terrasse à la fin du jour et on dort lourdement ;

aussi, il m'est arrivé, dans de précédents voyages, de tomber de sommeil sur mon papier.

Cette fois, j'emmène avec moi, dans ma petite troupe, deux musiciens arabes, un tambour et une flûte,

qui me joueront des airs que j'aime, au coucher du soleil, une fois rentré sous ma tente. »

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Dernière mise à jour - Janvier 2021