Fenêtres sur le passé

1893

Jeu mortel

Ne jouez pas avec les armes à feu !

 

Source : La Dépêche de Brest 3 mars 1896

 

Un accident mortel, survenu dans des conditions particulièrement dramatiques,

a mis hier en émoi le quartier de Saint-Martin.

 

Un enfant de 11 ans, jouant avec un fusil chargé imprudemment laissé à sa portée,

a tué un de ses petits camarades âgé de 14 ans.

 

C'est peu après la sortie de l'école, vers 11 h. 1/2, que l'accident s'est produit.

 

Le jeune Gi..., dont les parents étaient absents à ce moment, avait amené à son domicile,

rue Graveran, 18, le jeune Gourvennoc.

 

Après s'être amusés quelques instants d'une façon anodine, Gi.... eut la malencontreuse idée de prendre un fusil

que M. Br..., arquebusier rue Saint-Yves et patron de M. Gi...,, avait laissé la veille, à son retour de la chasse au renard, et qu'il avait déposé dans un coin de la cuisine, près d'un buffet.

Gourvennoc était assis sur le plancher. G.., passant près de lui

avec le fusil, il saisit l'arme par le canon et voulut la tirer à lui.

G... résista et, comme il avait le doigt sur la gâchette du fusil,

qu'il ne savait pas chargé, le coup partit et la charge atteignit Gourvennoc à l'aine.

 

Le coup avait fait balle.

 

L'enfant, mortellement atteint, s'affaissa en poussant un cri.

Une grande quantité de sang s'échappait de sa blessure.

 

Affolé, le jeune G... prévint une voisine et courut au poste de police de Saint-Martin,

où il avisa les agents de service de l'accident dont il venait d'être involontairement fauteur.

 

Terrifié, le pauvre enfant alla se cacher ensuite dans son école.

 

MM. Bosc, commissaire de police du 4e arrondissement, et le docteur Guyader, aussitôt prévenus,

se sont rendus sur les lieux, mais ils n'ont pu que constater le décès du jeune Gourvennoc.

La mort a été presque instantanée.

 

Après les constatations, le corps a été transporté au domicile de ses parents, rue Graveran, 4,

où il a été placé sur un lit de parade.

Son père, quartier-maître charpentier des équipages de la flotte,

est actuellement en route pour la France,

où il rentre pour raison de santé.

Depuis le 22 du mois dernier, il a, en effet, quitté Saigon,

où il était embarqué sur le Bayard depuis dix mois.

 

Le fusil laissé par M. Br... chez M. Gi...

est un fusil à percussion centrale.

Sa culasse fermant hermétiquement, il est impossible,

sans l'avoir ouverte, de savoir s'il est chargé.

 

Comme nous le disions en commençant, cet accident a causé une vive émotion dans le quartier.

 

Toute l'après-midi, un grand nombre de personnes sont venues voir la jeune victime.

 

L'heure des obsèques, qui auront très probablement lieu aujourd'hui, n'est pas encore fixée.

 

Source : La Dépêche de Brest 3 mars 1896

 

M. Bosc, commissaire de police du 4e arrondissement, a continué hier son enquête sur l'accident de la rue Graveran.

 

Il a notamment entendu M. Br..., arquebusier rue Saint-Yves, qui lui a raconté dans quelles circonstances

il avait déposé son fusil chez son ouvrier, M. Gi..., en revenant de la chasse au renard. 

« À ce moment, lui a-t-il dit, le canon de droite contenait encore une cartouche du calibre 16 chargés avec du plomb n° 1. 

Avant de rentrer à Brest, j'avais essayé de retirer cette cartouche, qui était passée entre le canon et l'extracteur. 

J'avais moi-même retiré de mon arme cette dernière pièce, pensant pouvoir ainsi désarmer plus facilement mon fusil. 

Ne réussissant pas d'avantage, j'ai à diverses reprises tenté, mais en vain, de brûler la cartouche.

 En rentrant chez M. Gi... je lui donnai connaissance de ce fait et je le chargeai d'extraire la cartouche le lendemain. »

M. Bosc a aussi interrogé le jeune Gi... (Léon), l'auteur involontaire

de cet accident, sa sœur Louise, âgée de douze ans,

la mère de ces deux enfants et Mme CouIon, qui habite rue Graveran,23, en face la maison habitée par les époux Gi...

 

Ayant entendu la détonation de l'arme, Mme CouIon venue sur le seuil de sa porte et a vu le jeune Gi..., effaré, monter la rue pour se rendre au poste de police de Saint-Martin.

 

Elle a à ce moment remarqué qu'il avait l'un de ses sabots taché de sang.

 

Quelques instants après, sa sœur survenait à son tour et, questionnée,

elle répondit :

« Oh ! madame, mon frère vient de tuer son camarade Gourvennoc ! »

 

Mme Coulon s'est alors rendue chez les époux Gi...,

où elle a trouvé le jeune Gourvennoc étendu dans une mare de sang.

 

Son veston, son gilet et sa chemise étaient déchiquetés.

Il avait au flanc droit une blessure pénétrante de forme ronde, de trois centimètres environ de diamètre.

 

Le fusil de M. Br... a été saisi par M-Bosc.

Il sera déposé au greffe du tribunal.

 

Les obsèques du jeune Gourvennoc auront lieu cet après-midi, très probablement à deux heures,

mais rien n'a encore été définitivement arrêté.

 

M. Bosc, qui relève contre le jeune Gi... le délit d'homicide par imprudence, a transmis hier soir son procès-verbal

au parquet, qui donnera à cette affaire la suite qu'elle comporte.

 

Le jeune Gi... sera très probablement traduit devant le tribunal correctionnel,

mais uniquement dans le but de donner satisfaction à la loi.

 

Une entente n'est pas encore intervenue entre la famille du jeune Gi... et celle de la petite victime.

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Dernière mise à jour - Août 2021