Fenêtres sur le passé

1893

Le cœur de la Tour d'Auvergne

et

le drapeau du 46e de ligne

Source : La Dépêche de Brest 21 novembre 1893

 

Le cœur de La Tour d'Auvergne et le drapeau du 46e de ligne

 

Sous ce titre, l'Intermédiaire des chercheurs et curieux s'est occupé, dans ses derniers numéros, de la conservation

du cœur de La Tour d'Auvergne.

 

On lira avec intérêt ces diverses notes :

 

Intermédiaire du 10 novembre.

 

— Voici une réponse qui, tout en ne satisfaisant pas complètement

le collaborateur G. V., lui prouvera que, plus de deux ans après,

le 46e régiment conservait encore pieusement

le cœur du vaillant grenadier.

Il n'est, toutefois, question ici ni de la suspension au drapeau,

ni de la boîte en métal précieux.

 

Nous extrayons cette correspondance, datée de Dunkerque,

10 prairial an XI-30 mai 1803, du Journal de Paris. 7 juin 1803 : 

Le cœur du brave La Tour d'Auvergne, conservé jusqu'alors dans une boite de plomb,

a été déposée le 23 mai dans une urne d’argent, par les soins du chef de brigade Lanchautin, commandant la 46e,

et en présence du commandant d'armes de la place et des autres chefs militaires, ainsi que de beaucoup d'officiers,

sous-officiers et soldats.

Cette opération se fit au bruit d'une musique funèbre.

Le cœur fut trouvé entier et parfaitement conservé.

On vit des larmes couler des yeux des compagnons du premier grenadier de France à l'aspect de ce cœur qui les avait animés

et qui les anime encore.

Il fut déposé dans le nouveau vase avec le procès-verbal de la cérémonie, revêtu de la signature de tous les témoins.

 

Georges BERTIN.

 

Dans un numéro du journal la Presse, du mois de mars 1841, on lisait :

« Lundi, 8 mars, est passé à Rennes M. du Pontavice de Heussey,

porteur de l'urne qui renferme le cœur de La Tour d’Auvergne, premier grenadier de France. 

L’urne est en argent et a environ trente centimètres de hauteur, en comprenant la grenade en vermeil qui la surmonte. 

Au sommet de l'urne on lit :

La Tour d'Auvergne, premier grenadier de France, mort au champ d'honneur,

le 9 messidor an VII et un peu au-dessous ces mots :

Le brave des braves, entourent en exergue le coq gaulois reposant sur une couronne de lauriers.

 

À la partie inférieure de l'urne est gravé le distique suivant :

La Tour d'Auvergne est mort, mais c'est au champ d’honneur.

Envions son trépas, et conservons son cœur.

 

Enfin sur le socle : 46° demi-brigade.

 

Cette urne, dans laquelle le cœur est enfermé en une double boîte de plomb,

est fixée sur un plastron en velours brodé de palmes en or et imite en son entier la forme d'un cœur.

Le plastron est celui que porta toujours dans la 46e demi-brigade le plus ancien sergent chargé de répondre

chaque jour à l'appel du nom de La Tour d'Auvergne :

« Présent, mort au champ d'honneur ».

 

La Dépêche de Brest 22 janvier 1894

 

On lit dans l’Intermédiaire des chercheurs et curieux du 20 janvier :

 

M. le comte du Pontavice de Heussey, au château des Renardières, m'a répondu que le cœur de La Tour d'Auvergne était la propriété de son neveu, le comte du Pontavice de Heussey (*), chef d'escadron d'artillerie,

attaché à l'ambassade française de Londres.

(*) Jules du Pontavice de Heussey

Né le 19 juin 1848 –

Château de Lahaye - Locmaria-Berrien (Poullaouen), Finistère

Décédé le 24 juillet 1924 - Paris, 75000, Paris.

 

Je me suis alors adressé au commandant du Pontavice, qui me répondit :

 

« Le cœur de La Tour d'Auvergne est en ma possession.

Il n'a jamais quitté ma famille depuis qu'il lui fut remis à la suite d'un long et bien injuste procès.

 

La Tour d'Auvergne, fils du chevalier de Corret, avait une sœur qui épousa M. Limon du Timeur,

avocat et conseiller du roi à Guingamp.

Cette sœur fut la seule de la famille à se marier. 

Elle eut une fille qui épousa M. Guillard de Kersausie, et de cette union naquirent trois enfants : 

Un fils, Charles de Kersausie, tué à Wagram ;

un second fils, Théophile de Kersausie (*), le fameux agitateur et républicain qui, sous le règne de Louis-Philippe

et le second Empire, combattit partout où la cause de la liberté demandait la bravoure et le sang de ses défenseurs.

Il fut longtemps en prison dans la tour de César, à Brest, et, perdit ses droits civils, fut condamné à mort, exilé,

rentra à l'amnistie et mourut vers 1870.

(*) Le Maitron : https://maitron.fr/spip.php?article32946

Une fille, ma grand-mère qui, en 1813, épousa le comte du Pontavice de Heussey.

 

À la mort de mon oncle de Kersausie, mon père, le fils aîné de ma grand-mère, hérita des souvenirs qu'il conservait de son grand-oncle La Tour d'Auvergne.

 

C'étaient :

l'urne en argent, renfermant son cœur, le fer de lance resté dans sa blessure,

le plumet de grenadier qu'il portait le jour de sa mort,

un morceau d'un de ses chapeaux percé d'une balle,

et enfin, tous ses papiers et toute sa correspondance.

 

Tous ces souvenirs, ainsi que son portrait à l'âge de vingt-cinq ans, me sont revenus à la mort de mon père, en 1876.

 

Ils sont à Rennes, chez moi, 40, boulevard Sévigné. »

 

Voilà les documents authentiques que je transmets à l'Intermédiaire,

avec l'autorisation du comte du Pontavice de Heussey.

 

Dr Marion.

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Source : L’illustration 10 avril 1904

 

Une solennité d’un caractère imposant s’est déroulée

à l’Hôtel des invalides à l'occasion du transfert,

dans la crypte de la chapelle, de l'urne d’argent qui contient,

depuis bientôt cent quatre ans,

le cœur du « Premier grenadier de la République ».

Nous ne saurions, sans dépasser notre cadre, refaire ici l'histoire glorieuse de La Tour d' Auvergne ;

et nous renvoyons nos lecteurs à l’article du Petit Journal,

dans lequel Thomas Grimm a éloquemment résumé,

le jour même de la cérémonie, cette admirable carrière,

toute de désintéressement, de vaillance et de dévouement au pays.

La tour d’Auvergne fut tué le 9 messidor an VIII,

au combat nocturne de Neuhausen, près de Neubourg.

Un uhlan lui transperça le cœur d'un coup de lance.

Son corps, enterré solennellement à l'endroit même où il était tombé, a été transporté au Panthéon en 1889 ;

mais son cœur, enfermé dans une urne d’argent,

fut conservé pieusement par les soldats de la 46e demi-brigade.

Cette urne, fixée sur un plastron de velours et portée par le fourrier

du 2e bataillon du régiment, figura de 1800 à 1807

dans tous les combats auxquels prit part le 46e.

À cette époque, elle fut déposée d'abord à la grande chancellerie de la Légion d’honneur, puis remise à la famille.

Elle vient d'entrer enfin dans le sanctuaire de la gloire et du patriotisme.

Escortée par le 43e d'infanterie, portée par les sous-officiers du régiment,

elle a été remise aux invalides en présence du président de la République, du ministre de la guerre

et du gouverneur de Paris.

À l’issue de la cérémonie, elle a été déposée dans la chapelle Saint-Grégoire,

où se trouve le tombeau du maréchal de Turenne, arrière-grand-oncle du héros.

De telles solennités patriotiques sont réconfortantes et répondent triomphalement aux sourdes menées

des internationalistes et des ennemis de la Patrie.

Celle-ci n'est pas seulement un honneur rendu au souvenir d'un vaillant soldat et d'un grand patriote.

Elle a une signification plus large encore.

Elle exalte, en effet, la mémoire de ces soldats et de ces officiers de la Révolution et de l'Empire,

de « ces hommes de caractère antique, fiers de la gloire du pays et insouciants de la leur propre »,

dont parle Alfred de Vigny ;

elle est, un mot, toute à l'honneur de notre grande Armée nationale,

où survivent toujours les plus nobles traditions de courage et d’abnégation à la Patrie.

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Dernière mise à jour - Juin 2021