Fenêtres sur le passé

1892

La disparition du yacht "Aster" à Bénodet

 

Je me contentais donc de l'examiner de loin,

lorsqu'un petit canot s'en détacha et accosta devant la cale où j'étais arrêté.

 

L'homme du canot, un chauffeur ou un mécanicien,

s'adressa à moi pour me demander où on pourrait faire de l'eau douce.

 

Ici, lui répondis-je, avec une pompe pour puiser dans une des citernes du pays et des seaux en toile

pour la transporter ensuite à bord.

Il me dit : C'est bien compliqué, et dans la rivière ?

 

Dans la rivière, il vous faudra monter pour trouver l'eau douce jusqu'à Quimper, c'est-à-dire à quatre lieues.

 

Il fit la grimace et continua à causer.

 

Je ne me rappelle pas au juste tout ce qu'il dégoisa ;

mais il me semble bien me souvenir

qu'il me dit qu'il n'y avait à bord que l'équipage que le propriétaire du bateau n'y était pas.

C'est tout.

 

Le lendemain 25 mars, vers huit heures du matin, l’Aster partit sans avoir eu avec nous d'autres communications.

 

Le patron des douanes, les différents marins et pêcheurs que j'ai interrogés n'ont pu que me confirmer

ces explications, malheureusement assez vagues.

 

Personne n'a vu descendre de l'Aster qui que ce soit, en dehors du mécanicien chercheur d'eau douce.

 

Or, j'ai appris qu'une au moins des personnes qui montaient l'Aster est venue jusqu'à Quimper

dans la soirée du 21 mars ; c'est le valet de chambre de M. Fol.

 

Il est descendu à l'hôtel de l'Épée et y a écrit une lettre.

 

A-t-il fait à Quimper autre chose?

 

On ne sait, et je ne vois pas que l'on puisse tirer à l'heure actuelle, de la présence à Quimper de cet homme,

une indication quelconque sur le sort de M. Fol.

 

Pour l’instant, le mystère le plus complet continue.

 

Faut-il croire que M. Fol a été victime de son équipage révolté ?

 

Faut-il, comme le prétendent les marins, supposer que l’Aster a, suivant leur pittoresque expression,

fait un trou dans l'eau et s'est perdu corps et biens ?

 

Ou bien encore, étant données certaines particularités du caractère de M. Fol, très autoritaire, très dur à ses gens, mais aussi très original, faut-il penser que ce savant a voulu en faire une bien bonne et exécuter,

en se cachant pendant un certain temps, une fugue à la Saint-Saëns ?

Source : Le Finistère juillet 1892

 

Bénodet.

 

Nous avons déjà parlé de la disparition mystérieuse d'un yacht à vapeur, l'Aster,

que montait un savant suisse, le professeur Fol, chargé d'une mission par le gouvernement français.

 

Il parait que ce yacht a été vu à Bénodet dans l'après-midi du 24 mars dernier.

 

Le vent soufflait assez violemment du N. E. lorsqu'il entra dans le port.

 

Le correspondant d'un journal de Paris s'est livré à une enquête et a interrogé M. Mestric,

maître de port à Bénodet, qui lui a fait le récit suivant :

 

L’Aster était un vapeur de vingt-cinq à vingt-six mètres de long,

jaugeant à vue de nez de soixante à soixante-dix tonneaux.

 

C'était un bateau de plaisance, je n'avais aucun contrôle à exercer sur lui.

Hermann Fol,

né à Saint-Mandé le 23 août 1845, mort en mer le 13 mars 1892, est un biologiste et zoologiste suisse

Après avoir étudié la médecine et la zoologie à l'université d'Iéna avec Ernst Haeckel (1834-1919) où il est élève de

François Jules Pictet de la Rive (1809-1872)

et René-Édouard Claparède (1832-1871),

il accompagne Haeckel en voyage scientifique prolongé

sur les côtes de l'Afrique occidentales

et des îles Canaries en 1866 et 1867.

De retour en Europe, il entreprend des études de médecine

à Heidelberg et les achève par l'obtention de son diplôme

en 1869 à Zurich et à Berlin.

 

En 1871, il fait un premier séjour à Villefranche-sur-Mer

pour y étudier la faune planctonique dont Carl Vogt (1817-1895)

lui a vanté la diversité.

En 1878, il obtient un poste de professeur à l'université de Genève où, l'année suivante,

il observe la pénétration d'un spermatozoïde dans un œuf

et met en évidence son rôle essentiel dans la fécondation,

devenant ainsi un pionnier des études microscopiques sur la fécondation et la division cellulaire.

En 1886, il démissionne de ses fonctions à Genève

pour se consacrer entièrement à ses recherches

à Villefranche-sur-Mer où il crée un petit laboratoire marin

en 1880 avec Jules Henri Barrois (1852-1943).

 

Lorsqu'il reçoit une aide financière du gouvernement français

pour mener une expédition sur les côtes tunisiennes et grecques afin d’y étudier la distribution des éponges,

il prend la mer au Havre sur son nouveau yacht, « l'Aster »

le 13 mars 1892, accompagné de plusieurs membres d’équipage.

Après une escale à Bénodet, Fol disparaît mystérieusement en mer.

Sa disparition n’a pas été élucidée.

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Dernière mise à jour - avril 2021