Fenêtres sur le passé

1892

Assassinat d'une vieille femme à Plouider

Source : La Dépêche de Brest 12 août 1892

 

Voici la grosse affaire de la session.

 

Il s'agit d'une pauvre vieille de 62 ans, trouvée morte, étranglée,

dans la petite maison couverte en chaume qu'elle habitait seule dans la campagne.

 

Les circonstances mystérieuses qui entourent ce drame en font une affaire des plus délicates.

On verra plus loin les détails de ce crime abominable qui, tout dernièrement encore,

jetait la consternation dans le pays.

 

L'accusé, Le Fur (Yves-François), est un jeune homme de 24 ans, à la physionomie ouverte et intelligente.

Certes, à voir son attitude calme et sa mine tranquille, on ne s'imaginerait pas que la tête de cet homme est en jeu.

 

Le Fur est assisté de Me de Chamaillard.

M. Drouot occupe le siège du ministère public.

 

Parmi les nombreuses pièces à conviction, on distingue une chemise dont les poignets manquent,

une corde ensanglantée, instrument du crime, un béret, un tricot de marin, etc.

 

Après les formalités d'usage, il est donné lecture de l'acte d'accusation, ainsi conçu :

Le 27 avril dernier, dans la matinée, la nommée Jeanne Coat, veuve Vincent Thomas, âgée de plus de soixante ans, était trouvée morte dans la petite maison isolée qu'elle habitait sur la route de Lesneven à Lanhouarneau,

au lieu-dit « Prat-ar-Gall », commune de Plouider.

 

Elle gisait près du foyer, la face contre terre.

Elle avait été frappée avec une certaine violence à la tête, d'où le sang avait abondamment coulé,

et elle avait été étranglée.

Une corde ensanglantée était découverte sous le cadavre.

 

Les meubles non fermés paraissaient avoir été fouillés.

Pas un sou n'y restait, et cependant, le 25 avril, la veuve Thomas avait rapporté à la maison

le prix de trois sacs de froment qu'elle avait touché au marché de Lesneven.

Le vol avait donc été le mobile de l'assassinat.

Les soupçons se portèrent sur un jeune homme, vêtu en marin, qui avait été rencontré, la veille dans la soirée,

non loin de la maison, ayant des allures étranges

et évitant les regards des passants.

 

Bientôt même un nom fut prononcé :

c'était celui de Le Fur (Yves-François), âgé de 24 ans,

ancien marin, revenu depuis peu à Lanhouarneau,

sa commune d'origine, sans emploi et sans ressources,  

dont le signalement correspondait en tous points à celui de l'individu suspect qui, avant le crime,

avait été vu dans les environs et sur les lieux mêmes et qui, depuis, avait subitement disparu.

 

Un mandat d'arrêt fut décerné contre lui et, sur les indications recueillies par la gendarmerie de Plouescat,

fut, le 27 mai, mis à exécution par celle de Saint-Brieuc.

En effet, de son propre aveu, Le Fur, après avoir vainement tenté de s'engager à Brest dans l'infanterie de marine,

et sous prétexte d'aller chercher, sur les côtes de la Manche, un embarquement,

était parti furtivement sans dire adieu à sa famille.

 

Il avait erré en se cachant dans la campagne et couché dans des fermes qu'il ne peut indiquer.

Son attitude était tellement suspecte qu'on le voit, au cours de cette existence aventureuse que rien n'explique, sinon le besoin de fuir, dénoncé pour ses allures bizarres à la gendarmerie, de la Haie-du-Puits,

arrondissement de Coutances, des mains de laquelle il s'esquive au moment où il allait être arrêté.

De là, il court tout affolé s'engager chez M. de Kerpoisson, propriétaire en la commune de Pleursuit, arrondissement

de Saint-Malo, où une visite tout officieuse des gendarmes

à pour résultat de le faire pâlir, trembler, se cacher durant d

es heures et quitter le pays, au bout de quelques jours,

pour se réfugier plus loin dans une ferme de l'Ile-au-Pordic, arrondissement de Saint-Brieuc.


Là, il se montre taciturne et inquiet, donne de fausses indications sur le lieu qu'il vient de quitter et sur la durée de son dernier

service et, par surcroît de précaution, pour éviter de faire connaître son identité, il invite sa mère à lui expédier

des vêtements de rechange, au nom de son maître et en gare de Saint-Brieuc, où enfin il fut arrêté.

 

Conduit devant M. le juge d'instruction et interrogé. Le Fur a cherché à donner des explications mensongères sur l’emploi de son temps au moment du crime.

 

Il ne saurait y avoir de doutes sur son retour dans le canton de Lesneven et son passage dans la commune

de Plouider, et il est établi que, le 25 avril au soir, il entrait chez la femme Joseph, au Rustaler, commune du Folgoët,

à dix minutes du marché de Lesneven, et que, le même jour, dans l'après-midi,

il avait été vu au bourg même de Lesneven ;

puis, le lendemain, dès le matin, et pendant tout le cours de la journée, il parcourut les communes du canton

de Lesneven ou les communes voisines, allant de ferme en ferme, dans les maisons surtout où il supposait

ne trouver que des femmes, s'inquiétant du personnel de ces maisons, demandant à boire du lait ou se disant envoyé tantôt par des marchands de vin de Lesneven, tantôt par le vétérinaire de ce bourg pour traiter des marchés de paille.

En vain Le Fur a-t-il cherché à contredire les nombreux témoignages absolument concordants qui établissent que,

dans la journée du 26 avril, il explorait et étudiait les lieux

et était en quête d'une victime facile à supprimer et à dépouiller.

Ils se sont, en effet, unanimement produits avec une fidélité

de souvenirs tellement sûre et une indication de circonstances

et de détails décisifs si précise, qu'il est impossible

de ne pas les admettre contre lui dans toute leur intégrité

et avec leur réelle puissance. 

Mais ce n'est pas tout.

Le soir, entre 8 heures et 8 heures 1/2, un homme est aperçu par les frères Jacques et Guillaume Toullec,

sur la route de Lesneven à Lanhouarneau, dans la direction de la route neuve qui longe la maison de la veuve Thomas et à 400 pas environ de cette maison.

À leur vue, il rebrousse chemin et fait une dizaine de pas en sens contraire ;

puis, les voyant venir à lui, il se détourne et reprend la direction première ;

il affecte alors de lire des papiers pour se donner une contenance ou dissimuler ses traits.

Interpellé, il répond qu'il va à Roscoff ou peut-être à Lanhouarneau.

 

Le signalement de sa taille, de sa physionomie, de son costume est donné par eux et se rapporte entièrement

à celui de Le Fur, qui est reconnu par eux sans hésitation au moment de sa confrontation.

 

Une autre charge bien grave vient s'ajouter à l'argument capital de la reconnaissance :

la chemise que portait l'accusé, au moment de son arrestation, avait les poignets coupés.

Appelé à s'expliquer sur cette bizarre circonstance, Le Fur a prétendu qu'il les avait coupés avant de quitter le service du sieur Duval, maître d'hôtel et loueur de voitures à Landerneau.

Les autres garçons, qui l'ont souvent observé et connaissent les moindres détails de sa toilette,

affirment que cette chemise était intacte au moment de son départ.

Du moment où la preuve est faite que les poignets de la chemise dont il s'agit existaient, malgré ses dénégations,

lors du départ de Le Fur de Landerneau, et, ce qui est établi et plus grave encore,

lors de son départ de Lanhouarneau le 19 avril,

on est amené à conclure que ces poignets ont été supprimés parce qu'ils devaient porter des taches accusatrices.

Une autre circonstance des plus accablantes a été révélée au cours de l'information.

Il a été, en effet, appris par le sieur Cadiou, garçon d'écurie chez M. Duval, qu'un jour, en s'habillant, Le Fur laissa tomber, par suite d'une maladresse qu'il parut regretter, d'une des poches de son pantalon, un instrument que, sur sa demande,

il lui dit être « un coup-de-poing américain » et dont il lui indiqua l'usage.

Depuis cette époque, il montra au cocher Kervian, qui le déclare, ce coup-de-poing, dont il était constamment porteur et qui fut vu en sa possession,

deux ou trois jours au plus avant son départ de chez M. Duval,

lui disant que c'était pour se défendre s'il était attaqué, ajoutant même, un jour, qu'avec cela il ne serait pas difficile d'« assassiner » une personne.

 

Le Fur a opposé à ces témoignages le même système de dénégations, se défendant d'avoir jamais eu entre les mains et même de connaître un pareil instrument.

Ces dénégations n'ont pas plus de valeur que les précédentes, et il demeure acquis que Le Fur a été possesseur

d'un coup-de-poing américain, qu'il a eu des raisons particulières et vraisemblablement très sérieuses

de faire disparaître, comme les poignets de sa chemise.

 

C'est qu'effectivement, le docteur Anner, dans son rapport, où il a décrit le long sillon sur le cou de la victime

comme indice certain de strangulation à l'aide de la corde de marin trouvée dans la maison du crime,

et les deux plaies contuses à la tempe droite et à l’occiput, a attribué celles-ci, à raison des déchirures

qu'elles présentent, à l'action énergique et violente, d'un même corps contondant à surface large, mais non unie, irrégulière et inégale comme l'est essentiellement l'instrument dont Le Fur se borne à nier l'existence

au lieu de tenter de justifier la disparition.

 

Le Fur n'a pas d'antécédents judiciaires, mais les renseignements recueillis sur lui le dépeignent

comme un homme d'une probité douteuse et d'une excessive violence.

 

La lecture de ce document terminée, M. le président interroge l'accusé.

 

D. — Vous avez encore votre mère ?

R. — Oui.

D. — Votre père est mort. Il était horloger ? ,

R. — Oui.

D. — Vous vous dites cultivateur ; mais vous n'exercez pas cette profession depuis un certain temps.

Vous n'habitiez plus Lanhouarneau?

B. — Non.

D. — Vous avez été domestique à Lesneven ?

B. — Oui, chez M. Barjou.

D. — En dernier lieu, vous avez travaillé comme cocher chez M. Duval ?

R. — Oui. C'était au mois de mars, j'en suis parti le 2 avril.

D. — Vous passiez pour un serviteur  médiocre; vous étiez signalé comme un caractère exalté, querelleur et violent, surtout sur l'influence de l'ivresse.

Une dame Taro, chez qui vous aviez servi en 1887, dit qu'un jour qu'elle vous avait fait une observation,

vous l'avez menacée de la frapper à la tête avec un râteau.

 

Le Fur raconte une histoire à ce sujet.

 

D. — Vous avez servi dans la marine ?

R. — Oui, trois ans.

Le président relève sur les états de service de l'accusé de nombreuses punitions, démontrant son caractère violent.

R. — Je n'ai pas le caractère vif.

 

Abordant le fait principal, le président fait connaître le crime atroce qui a été commis dans la nuit du 26 au 27 avril.

Une vieille femme a été frappée avec une violence extrême à la tête.

Elle n'est pas morte sur le coup.

L'assassin a fouillé les armoires et, voyant que sa victime respirait encore, il a pris une corde et l'a étranglée.

C'est là un crime abominable.

Un vol a été commis, cela n'est pas douteux.

 

D. — Vous avez entendu parler de ce crime ?

R. —- J'en ai entendu parler depuis que je suis arrêté.

Auparavant, je ne le savais pas.

Le président — C'est ce que nous allons voir.

D. — Vous êtes allé à Brest pour rengager dans l'infanterie de marine ?

R. — Oui. On n'a pas voulu me recevoir à cause de mes nombreuses punitions.

 

Le Fur ajoute qu'il est parti de Brest avec dix francs en poche et qu'il est allé à Saint-Malo et à Granville.

D. — Comment avez-vous fait la route ?

R. — À pied. Je n'avais pas assez d'argent pour prendre le chemin de fer.

D. — Comment se fait-il que vous n'avez pas pu indiquer des personnes qui vous aient vu

à un point quelconque entre Brest et Saint-Malo ?

R. — Je couchais dans les fermes.

D. — Par où avez-vous passé ?

R. — Par la route nationale.

D. — Vous avez affirmé que vous n'avez pas paru à Lesneven et à Lanhouarneau.

C'est bien sûr ?

R. — Oui, par exemple.

D. — Alors, voulez-vous me dire comment il se fait que neuf ou dix témoins vous ont vu le 26 avril toute la journée,

à dix heures du matin, à quatre, à huit et à neuf heures du soir, à 300 mètres de la maison de la veuve Thomas ?

R. — Ils se sont trompés.

D. — Il est impossible qu'ils se soient trompés, car ils vous connaissent admirablement bien.

Ce sont des amis, des parents, qui vous ont même parlé.

R. — Pourtant, ils se sont trompés.

D. — Ces témoins déposent avec une netteté absolue.

R. — C'est le 5 avril que j'ai été par là.

D. — Vous étiez à Lesneven le 25 avril, jour où la veuve Thomas a vendu ses sacs de blé ?

R. — Je n'ai pas mis les pieds ce jour-là à Lesneven,

D. — Des témoins affirment le contraire et donnent votre signalement.

R. — Ce n'était pas moi.

D. — Eh bien, le lendemain 26, vous êtes vu par une foule de témoins sur le lieu du crime.

Le président cite les noms de ces témoins, qui sont au nombre de neuf.

R. — On se trompe. C'est le 5 avril qu'on m'a vu.

D. — Vous avez rôdé toute la journée du 26 dans le pays,

allant de ferme en ferme, disant que vous étiez chargé d'acheter de la paille, ce qui était faux.

R. — Je vous demande bien pardon.

D. — Vos dénégations sont des charges graves contre vous,

et si vous niez votre présence sur les lieux,

c'est que vous avez intérêt à nier.

 

Le Fur ne répond pas.

 

D. — L'accusation dira que, dans ces conditions, vous êtes l'auteur du crime.

R. — Je n'étais pas dans le pays à cette époque-là.

 

À d'autres preuves, plus catégoriques encore, l'accusé oppose les mêmes dénégations.

II nie également avoir eu en sa possession un coup-de-poing américain.

Jamais, dit-il, je n'ai porté un instrument pareil.

 

D. — Voici la charge la plus grave relevée contre vous.

Vous avez dit au juge d'instruction que vous aviez coupé les poignets de votre chemise étant cocher chez Duval ?

R. — Oui, je les ai coupés au mois de mars.

D. — Les cochers vous donnent un formel démenti.

Ils affirment que vous aviez les poignets de votre chemise à cette époque-là.

On vous a même toujours vu avec les poignets de votre chemise.

R. — Je les avais pourtant coupés au mois de mars.

Ils me gênaient pour travailler aux voitures.

Le président. — Vous êtes en contradiction avec tous les témoins.

L'information est fâcheuse pour vous.

D. — Autre détail important : Vous aviez une peur folle des gendarmes.

Quand vous aperceviez leur silhouette dans le lointain, vous vous cachiez derrière les haies.

R. — Je craignais d'être arrêté comme vagabond.

D. — Vous aviez cependant des papiers ?

R. — Oui, mais je n'avais pas d'argent.

D. — En vous voyant trembler ainsi et fuir l'approche des gendarmes, on disait de vous !

Faut-il qu’il ait fait un mauvais coup ?

C'était l'opinion des gens. C'est étrange, tout cela.

 

Le Fur ne dit mot.

 

Le président borne là l'interrogatoire et passe à l'audition des témoins.

Le président fait revêtir à Le Fur son béret et son tricot.

 

1. — Le gendarme AUBRIÈRE, de la brigade de Lesneven, qui a édifié une enquête dès la découverte du crime,

a vu le 27 avril, dans l'après-midi, le cadavre de la veuve Thomas dans l'état que l'on sait

et confirme sur ce sujet l'acte d'accusation.

Les enfants de la veuve Thomas lui ont affirmé que leur mère avait de l'argent ;

ils ont fouillé l'armoire devant lui et n'ont trouvé qu'un livret de caisse d'épargne constatant le dépôt

d'une somme de 490 francs.

 

Quant à la corde qui a servi à étrangler la victime, tous les voisins de la veuve et ses enfants affirment

qu'elle n'était pas dans la maison avant le crime.

Elle a donc été apportée par l'assassin.

2. — DENIEL, également gendarme à cheval à Lesneven,

a spécialement dirigé ses il résulte également que la veuve Thomas avait vendu, le 25 avril dernier, à Lesneven, trois sacs de froment qui lui avaient été payés comptant 11 fr. 50 chaque,

et dans l'armoire, lorsque les héritiers ont fouillé,

ils n'ont trouvé aucun numéraire.

 

Quant à Le Fur, il parait établi que, le 19 avril,

toute sa fortune se bornait à trois francs.

 

3. — Marie-Jeanne. GUILLERME, femme SIMON, 23 ans, cultivatrice au village de Kériven-Vian, en Plouider,

a pénétré dans la maison de la veuve Thomas quelques instants après la découverte du crime.

Le 27 avril, dit-elle, vers onze heures et demie du matin, pendant que j'étais au lavoir de Prat-ar-Gall,

un homme qui travaillait non loin de moi m'engagea à aller voir ce qu'il y avait dans la maison de la veuve Thomas, d'où il entendait sortir depuis le matin les beuglements de la vache.

Je m'y suis rendue, et j'ai trouvé la porte entrouverte.

Dès mon entrée, la vache s'est enfuie et j'ai bien été étonnée de trouver dans la maison de la vaisselle brisée.

M'étant dirigée vers le foyer, j'ai vu la veuve Thomas le corps replié en deux, la face contre terre, tourné vers l'armoire, placée auprès de la cheminée.

J'ai été si effrayée que je me suis sauvée, aussitôt et n'ai rien vu autre chose.

Je n'y suis pas retournée depuis.

Sur interpellation de M. le président.

— J'ignore si la veuve Thomas possédait de l'argent.

J'habite à un quart d'heure de marche de chez elle et je n'ai vu personne rôder aux environs la veille du crime.

 

4. — PAUGAM (Jean), 57 ans, cultivateur à Créach-Mi, en Plouider, a fait les mêmes constatations.

Il déclare, de plus, que sous le cadavre de la veuve Thomas,

se trouvait une corde qui portait des traces de sang.

 

5. — Anne THOMAS, femme COUÉ, 33 ans, fille de la victime.

— Le 27 avril, vers onze heures du matin, dit cette femme, mon voisin Cabon est venu nous dire d'aller chez ma mère, dont l'habitation est à cinq minutes de marche de la mienne.

D'après les paroles de cet homme, j'ai cru comprendre que ma mère était morte.

M'étant rendue chez elle, je l'ai trouvée étendue sur le dos, devant le foyer ;

sa figure était couverte de sang desséché et son corps était glacé.

Je n'ai vu que la blessure qu'elle portait au front.

Ma belle-sœur et moi avons ouvert l'armoire, et nous ne nous sommes pas aperçues

que les vêtements avaient été changés de place ni bouleversés.

Nous avons également cherché s'il y avait de l'argent dans l'armoire ; nous n'en avons pas trouvé.

Du reste, ma mère n'en avait pas beaucoup.

Le lundi précédent, elle avait vendu au marché de Lesneven trois sacs de blé, au prix de 11 fr. 50 le sac.

 

D. — Savez-vous si votre mère avait cet argent chez elle ?

R. — Je pense que oui, mais je n'en suis pas sûre.

6. — Angèle VOURC'H, femme SALOU, cultivatrice à Prat-ar-Gall, fait une déposition analogue aux précédentes ; elle ajoute :

Je sais que la veuve Thomas possédait deux ou trois livrets,

mais j'ignore si elle avait de l'argent chez elle.

Lorsqu'elle est venue habiter seule à Prat-ar-Gall, elle m'a dit qu'elle n'aurait jamais d'argent chez elle,

parce qu'elle avait peur des voleurs.

Trois mois environ avant le crime, dit encore le témoin,

la veuve Thomas me raconta que, la nuit précédente,

on était venu frapper à sa porte, qu'on l’avait presque soulevée de ses gonds, et que le passage d'une voiture avait dérangé

les malfaiteurs qu'elle n'avait pu voir, étant au lit, mais qui devaient être à deux.

 

7. — TOULLEC (Jacques), 43 ans, cultivateur au village

de Kervella, en Plouider, dépose :

Le 26 avril dernier, entre 8 heures et 8 h. 1/2 du soir,

ayant terminé mon travail, je sortais avec mon frère

d'une garenne située à 300 pas environ de chez la veuve Thomas, lorsque mon frère me fit remarquer un individu
qui marchait sur la vieille route de Lesneven à Lanhouarneau, dans la direction de la route neuve qui longe la maison

de la veuve Thomas.

Il pouvait être à 400 pas de cette maison.

Lorsqu'il nous a aperçus, il a rebroussé chemin aussitôt et a fait une dizaine de pas en sens contraire ;

puis, voyant que nous allions vers lui, il se détourna et vint vers nous.

Sur ma demande, il nous dit, en breton, qu'il allait à Roscoff.

Je lui fis observer qu'il en était encore loin et qu'il allait peut-être coucher à Lanhouarneau ;

il nous répondit : « Peut-être ».

Il s'est mis ensuite à lire des papiers qu'il a sortis de sa poche.

En nous quittant, il a repris sa première direction.

 

Le témoin donne ensuite le signalement de cet individu, qui n'était autre que Le Fur.

Enfin, toujours d'après le témoin, l'accusé se serait présenté quinze jours auparavant, à son domicile,

qui est situé à vingt minutes de marche de celui de la veuve Thomas, et y aurait demandé du lait.

 

Sur interpellation de M. le président, Toullec dit que Le Fur avait, au moment où il l’a rencontré,

un livret qui lui a semblé être un livret de marin.

 

Le Fur, que ce témoignage semble embarrasser, oppose un alibi.

Il ne se rappelle pas, dit-il, quand il a quitté Brest ;

il croit toutefois que, le 26 avril, dans la soirée, il devait se trouver à Châtelaudren ou à Saint-Brieuc.

Il nie être allé, à cette époque, dans la commune de Plouider, où il n'avait que faire.

 

8. — TOULLEC (Guillaume), frère du précédent témoin, dépose des mêmes faits.

M. le président lui demande si l’accusé est bien l’homme qu’il a vu, le 26 avril au soir,

c'est-à-dire la veille du jour où la veuve Thomas a été assassinée dans sa maison, à 400 pas de cette maison,

et qui lui a dit, à lui et à son frère, qu'il allait à Roscoff.

 

Le témoin examinant l'accusé, répond : — C'est celui-là.

D. — Eh êtes-vous bien sûr ?

R. — C'est celui-là et non un autre.

Le Fur. — Je n'ai pas passé à Plouider le 26 avril ; j'étais déjà bien loin.

D. — Comment alors le témoin peut-il vous reconnaître sans hésiter ?

R. — Je ne sais pas, il y a plusieurs personnes qui voyagent.

 

Après cette déposition, l'audience est levée à sept heures.

 

Source : La Dépêche de Brest 13 août 1892

 

L'audience d'aujourd'hui est toute consacrée à la suite de l'affaire du crime de Plouider.

Le Fur a dit, paraît-il, à ses codétenus qu'il se pendrait, comme Terrec, s'il était condamné.

Le gardien l'a aussitôt mis aux fers.

 

À l'audience, Le Fur montre un peu moins d'assurance qu'hier.

Les confrontations le harcèlent et commencent à le déconcerter.

Il y en a qui sont tout à fait accablantes pour lui ; mais il nie tout, même l'évidence.

 

Hier, on a entendu les dépositions des témoins suivants : les gendarmes Aubrière et Deniel, Jean Paugam,

la femme Coué, la femme Salou et les frères Jacques et Guillaume Toullec.

 

L'audience d'aujourd'hui commence par l'audition des autres témoins.

Voici les principales dépositions :

 

1. — LE HIR (Anne), femme ABALÉA, reconnaît l'accusé pour l'avoir vu chez elle, le 26 avril, vers 4 h. 1/2.

Il lui a demandé à acheter de la paille pour le compte de M. Le Clec'h, vétérinaire à Lesneven,

puis il est parti en demandant la route qui mène à cette localité.

 

Le Fur. — Je ne connais pas cette personne ;

je ne suis pas allé chez elle, je ne suis allé que dans deux ou trois maisons.

Le témoin. — Je suis sûre, je ne me trompe pas.

 

2. — D'autres témoins affirment, avec preuves à l'appui de leurs dires, que Le Fur se trouvait les 25 et 26 avril

sur le lieu du crime.

Le Fur essaie toujours de nier, mais les témoins n'ont aucune hésitation.

 

3. — MORGANT (Jeanne),femme LE FUR, de Poul-Pris, en Saint-Méen, cousine par alliance de Le Fur, vient affirmer,

elle aussi, que l'accusé était sur le lieu du crime le 26 avril dernier.

Je l'ai vu, dit le témoin, le 2 février.

Il est revenu le 26 avril chez moi, vers sept heures et demie du matin.

Il m'a dit qu’il achetait de la paille pour M. Cozanet.

Je lui ai servi deux écuellées de lait, et, en mangeant, il m'a demandé pourquoi je ne mettais pas de la bouillie

ou des pommes de terre dans mon beurre pour le rendre plus lourd.

Je lui répondis que je n'étais pas encore fatiguée d'être honnête.

 

D. — Êtes-vous bien sûre que cette visite a eu lieu le 26 avril ?

R. — Oui. Ce qui me fixe sur ce point, c'est qu'elle a eu lieu le lendemain de la foire de Saint-Marc, à Lanhouarneau, laquelle se tient le 25 avril.

Le Fur. — Je ne me rappelle pas au juste quand je suis allé chez le témoin.

Je sais que c'est avant Pâques.

Le témoin. — Je ne puis me tromper ; les enfants de la paroisse de Saint-Méen avaient fait leurs Pâques le 24 avril ;

la foire a eu lieu le 25, et c'est le lendemain que Le Fur est venu chez moi.

Le Fur. — Alors, c'est après Pâques que je suis allé chez le témoin.

 

Sur interpellation, le témoin : — Aussi vrai que le bon Dieu est au paradis, c'est lui que j'ai vu chez moi le 26 avril.

4. — ROLLAND (Jeannette), femme Léost, 62 ans,

cultivatrice aux Courses, en Plounéventer, a également reçu

le 26 avril dernier la visite de Le Fur,

mais celui-ci ne veut pas en convenir.

« Vous êtes bien venu, répond vivement la bonne femme

et je me rappelle bien vous avoir dit que j'élevais au biberon

un petit agneau vous m'avez même demandé à le voir

et vous avez joué avec. »

 

M. le président. — Comment le témoin aurait-il pu inventer ces détails, s'ils n'étaient pas exacts ?

 

Le Fur nie toujours.

 

5. — BOURRIGANT (Yvonne), femme LAURENT, de Kernon,

en Lanhouarneau, déclare que dans les premiers jours d'avril l'accusé est venu passer quelques jours chez sa mère,

voisine du témoin.

La femme Le Fur n'ayant pas de lit pour coucher son fils,

la femme Laurent le logea pendant sept nuits.

Le Fur est parti le mardi de Pâques, 19 avril, en disant qu'il allait

à Brest essayer de s'engager dans la marine et que,

s'il était accepté, il reviendrait passer quelques jours à la maison avant de rejoindre.

 

D. — La chemise que portait Le Fur quand il a habité chez vous, avait-elle des poignets ?

R. — Oui, j'en suis sûre.

Le Fur. — J'ai arraché ces poignets pendant que j'étais chez Duval.

 

Le témoin maintient sa déclaration.

Les documents de la procédure établissent que Le Fur s'est réellement présenté, vers le 25 avril,

au corps de l'infanterie de marine pour demander à contracter un rengagement, mais que,

vu le trop grand nombre de ses punitions, il a été impossible de donner une suite favorable à sa demande.

 

6. — JOLIVET (Célestin), agent de police à Landerneau, soutient qu'il a vu, le 28 avril, Le Fur,

sur la place Saint-Houardon, à Landerneau ; il marchait vite et se dirigeait vers le quai.

Le témoin ignorait alors que la gendarmerie recherchait cet individu ; il ne l'apprit que deux jours après.

 

Le Fur. — À la date indiquée par le témoin, je devais me trouver vers Saint-Brieuc, ou même au-delà.

 

Le témoin maintient son dire.

7. — PINARD (Pierre), cocher à Landerneau, dépose :

Vers la fin d'avril, sans que je puisse préciser la date, revenant

de Plouvorn en voiture et passant dans la commune de Bodilis, au lieu-dit Kerfaven, j'ai aperçu sur la route un individu,

dont je n'ai pas vu la figure, mais qui portait un costume

presque semblable à celui de Le Fur, quand il était à Landerneau.

II s'est enfui aussitôt dans un bois bordait la route.

Le Fur. — Il y a bien longtemps que je ne suis allé

dans la commune de Bodilis,  

à moins que ce soit quand j'étais au service de M. Duval, mais je ne m'en souviens pas.

Le témoin. — Je suis pourtant à peu près sûr que c'est Le Fur que j'ai vu s'enfuir sur la route.

8. — Les nommés KERVRAN (Henri), CADIOU (Yves), Le Coz (Jean-Marie), Le CORRE (Charles) et L'HER (Guillaume) reconnaissent parfaitement la chemise de Le Fur, qui leur est présentée.

 

Les quatre prévenus affirment que c'est bien cette chemise que l'accusé portait pendant qu'il était chez M. Duval,

au mois de mars dernier, et ils sont certains que les poignets de cette chemise n'étaient pas coupés alors.

Elle était, disent-ils en très bon état, elle avait des poignets très larges et bien conditionnés,

paraissant avoir été repassés avant l'arrivée de Le Fur chez M. Duval.

Le Fur soutient que les témoins n'ont pas vu de poignets à sa chemise, car ils les avait coupés auparavant.

 

M. le président appelle l'attention du témoin Kervran sur le « coup-de-poing américain »

qui aurait été vu en possession de Le Fur.

 

Ce coup-de-poing, déclare Kervran, ne quittait pas Le Fur :

il l'avait toujours dans la poche droite de son pantalon, et il me l'a montré plusieurs fois, dans l'écurie, « en rigolant », disant qu'il n'était pas difficile « d'assassiner » une personne avec cela.

 

Sur interpellation : — J'affirme que Le Fur a employé l'expression « assassiner. »

 

Le Fur nie avoir jamais eu un pareil instrument en sa possession.

Tous ces individus m'en voulaient, dit-il, quand j'étais chez Duval parce que je ne leur payais pas à boire,

et aujourd'hui ils veulent m'enfoncer.

Tous les cochers sont ainsi !

 

Le témoin Cadiou a vu ce « coup-de-poing » tomber de la poche de Le Fur, un jour que celui-ci s'habillait.

Il l'affirme, ajoutant que Le Fur a paru « embêté » et l'a ramassé vivement.

 

Le Fur. — Ce n'est pas vrai, jamais je n'ai eu de « coup-de-poing américain ».

Le témoin s'adressant à l'accusé. — Tu nous as même montré, un jour, à Kervran et à moi, la manière de s’en servir.

 

9 — M. le docteur ANNER, médecin à Brest, a été chargé de faire l'autopsie du cadavre de la veuve Thomas.

Il reproduit brièvement les termes de son rapport et conclut ainsi :

La veuve Thomas a été assassinée.

Les lésions qu'elle portait sur le corps sont le résultat de plusieurs coups très violents portés par un corps contondant à surface

non unie, mais bien irrégulière, comme le serait un bâton

à extrémité bosselée ou la semelle d'un sabot,

d'une chaussure à gros clous.

Les coups sur le crâne ont certainement produit une commotion cérébrale qui a dû étourdir la bonne femme, au moins pendant quelques minutes.

Combien a pu durer cet état ?

C'est ce que l'homme de l'art ne saurait préciser.

Il est vraisemblable, ajoute M. le docteur Anner,

que la victime a dû ensuite remuer,

puisqu'elle a pu proférer quelques plaintes sourdes ;

c'est alors qu'on l'a étranglée pour l'achever, et le lien constricteur a été appliqué sur les seules régions antérieures

et latérales du cou qui se sont trouvées, de la sorte,

comme aplaties.

Étant donné la commotion cérébrale, suite des coups portés

sur le crâne, le lien constricteur a dû vite opérer son action définitive mortelle, avec une rapidité d'autant plus grande

que le cerveau était déjà atteint.

Donc, la strangulation très caractérisée a été la cause de la mort.

 

Les constatations faites par l'honorable expert dans la cavité stomacale indiquent enfin que la veuve Thomas

a dû être surprise au moment même où elle mangeait ou deux heures environ après le repas.

 

Sur interpellation de M. le président.

— J'ai procédé à l'autopsie le 28 avril et j'ai dit dans mon rapport que la mort devait remonter à quarante-huit heures.

10. — M. LAURANS, brigadier de gendarmerie à Plouescat, a interrogé la mère de Le Fur, au sujet de son fils.

Cette femme a d'abord déclaré qu'elle ignorait ce qu'il était devenu depuis le 19 avril,

jour où il l'avait quittée pour aller s'engager à Brest, mais pressée de questions,

« elle a fini par avouer qu'elle avait reçu de lui, le 23 mai, la lettre que l'on sait.

11. — Toutes les dépositions entendues,

il est donné lecture de la déposition suivante, faite à l'instruction par HERVÉ (Rose), âgée de 19 ans,

domestique chez M. de Kerpoisson, à la Saudraie, en Pleurtuit,

et qui est absente :

Rose HERVÉ reconnaît Le Fur, qui est venu chez son maître

où il a été employé pendant huit jours.

L'accusé se disait marin, parlait rarement et avait l'air soucieux.

Il prenait ses repas sans rien dire.

Je suis certaine, dit le témoin,

que Le Fur n'avait pas de poignets à sa chemise.

Il retroussait toujours ses manches pour travailler,

même en mangeant il les relevait.

 

Parlant de la terreur que les gendarmes inspiraient à Le Fur,

le témoin dit : — Un soir, vers neuf heures,

les gendarmes sont venus chez M. de Kerpoisson.

En les voyant arriver je dis :

« voilà les gendarmes, c'est peut-être moi

qu’ils viennent chercher ! »

Le Fur me dit : « Allez donc voir à la porte du salon,

si les gendarmes parlant de moi ! »

Je fis semblant d’aller écouter à la porte et je revins en disant que c'était bien lui qu'ils cherchaient.

Le Fur répondit avec son accent breton : « Ils vont emmener moi ! »

et il sortit par l'arrière-cuisine pour aller se cacher dans un champ de trèfle.

Le lendemain, me trouvant dans la métairie avec les ouvriers, je voulus voir si Le Fur avait encore peur des gendarmes.

Je sortis et revins en disant : « Voilà encore les gendarmes, qu'est-ce qu'ils viennent donc chercher ?»

Le Fur s'écria : « Encore les gendarmes ! » puis il me dit : « C’est moi qu’ils cherchent, ne dites pas que je suis là »,

et il se cacha sous la mécanique.

En partant, il a dit qu'il allait à pied à Granville et qu'il passerait par Saint-Malo.

13. Angèle TANGUY, 29 ans, couturière à Poul-ar-Born et Jeanne MÉVEL, 17 ans,

domestique chez M. Bernard, rue de la Vierge, à Lesneven, ont vu Le Fur passer dans la rue, le 25 avril.

Elles l'affirment malgré les dénégations de l'accusé, qui prétend n'être pas allé, ce jour-là, à Lesneven.

 

Après la déposition d'Angèle Tanguy, le président dit à l'accusé : — Cette jeune fille vous a même souri ;

vous lui avez fait la cour, motif excellent pour qu'une jeune fille vous reconnaisse.

 

En résumé, dix-sept témoins reconnaissent l'accusé avec l'évidence la plus absolue.

Les dépositions terminées, M. Drouot, procureur de la République, prononce le réquisitoire.

En présence d'une affaire aussi grave, dit-il la question est celle-ci :

Tout ou rien.

L'acte commis dans les circonstances que l'on sait est un de ceux qui ne s'excusent pas.

 

Donc, l'acquittement ou la mort.

 

Quant aux circonstances atténuantes, elles doivent être écartées du débat sans contredit aucun.

Nous sommes en présence d'un crime.

L'hypothèse d'un accident ne s'admet pas ; pas plus, celle du suicide.

 

Entrant dans le cœur du débat, l'organe du ministère public reconstitue la scène du crime, telle qu'elle a dû se passer.

Ce n'est pas sur un fait unique que se base une conviction humaine, mais bien sur un faisceau de preuves

qui ne peut se rompre, et le procureur de la République développe avec beaucoup de netteté

les charges de l'accusation.

Tout dans cette affaire, dit-il en terminant, démontre la culpabilité de l'accusé.

Ses dénégations mêmes se tournent contre lui.

Et, s'appuyant sur sa conviction profonde, l'honorable magistrat fait appel à toute l'énergie du jury.

 

Me de Chamaillard prend ensuite la parole.

Il est de ces affaires, dit-il, où l'avocat se sent écrasé par sa tâche,

où il se sent en quelque sorte impuissant devant la grandeur du crime et devant la gravité de la peine encourue,

et ses efforts sont empreints d'une sorte de découragement.

Il n'en est pas de même pour moi dans cette cause, et ce qui est ma force,

c'est la peine capitale qu'on requiert contre cet homme,

car je me dis que ce n'est pas avec des à peu près que vous livrerez cette tête au bourreau.

Si j'admets la preuve par induction, il me faut la preuve inéluctable.

C'est sous l'empire de cette idée, en partant de ce principe, me demandant s'il y a preuve absolue,

que je vais étudier cette affaire.

Me de Chamaillard développe cette argumentation.

En résumé, il n'y a pas, dit-il, ce qu'il faut dans cette affaire pour vous faire une conviction entière.

Est-ce qu'il ne peut pas se faire qu'il y ait un autre criminel, qu'un autre nomme ait accompli cette sinistre besogne ?

Et si quelqu'un, dans cette salle, s'écriait :

C'est moi qui suis l'assassin !

Me, me adsum qui feci !

Est-ce que vous n'arrêteriez pas aussitôt le cours de votre justice ?

Devant l'énormité du crime, s'écrie Me de Chamaillard, vous ne pouvez pas dire :

Oui ! Je n'ai pas été peut-être à la hauteur de ma tâche ;

mais, avec l'aide de Dieu, j'ai parlé conformément aux règles de ma profession et avec l'amour de la justice.

 

Le jury écarte la préméditation et admet les circonstances atténuantes.

En conséquence, Le Fur, coupable de meurtre et de vol, est condamné aux travaux forcés à perpétuité.

Bagne Guyane

Embarqué pour la Guyane

le 8 février 1893

 

Évadé le 31 août 1893

Réintégré le 9 septembre 1893

 

Condamné le 20 novembre 1893

à 2 ans de double chaîne pour évasion

 

Évadé le 22 juillet 1896

Réintégré le 23 juillet 1896

 

Décédé à Cayenne le 29 novembre 1896

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Dernière mise à jour - Décembre 2021