Fenêtres sur le passé

1892

Agression route de Guilers

 

Source : La Dépêche de Brest 24 juillet 1892

 

Assommer un homme pour 4 fr. 50, c'est vraiment risquer beaucoup pour bien peu,

mais quand il s'agit d'un vieillard de 63 ans, qui a droit au respect et à la protection de tous,

c'est se rendre coupable d'un acte de brutalité révoltante qui mérite toute la sévérité des juges.

 

L'accusé Appéré (Jean-Marie), cultivateur de Locmaria-Plouzané, est âgé de 28 ans.

Il avait dans son pays une réputation détestable :

« Ce n'est pas grand'chose de bon », disent ses voisins ;

paresseux, ivrogne et violent, il a déjà été condamné à l'emprisonnement pour outrage public à la pudeur.

 

Me de Chamaillard est au banc de la défense.

M. Drouot occupe le siège du ministère public.

L'acte d'accusation est ainsi conçu :

 

Dans la matinée du 2 mai dernier, le nommé Le Gall (Jean-Marie),

âgé de 63 ans, se rendant à Brest, rencontra sur la route un individu qu'il ne connaissait pas et avec lequel il prit, dans un débit du bourg de Guilers, une consommation qu'il paya.

Peu de temps après qu'ils eurent quitté le bourg, cet individu,

qui était le nommé Appéré (Jean-Marie), prit une trique dans un tas

de fagots sur le bord de la route et, quelques pas plus loin,

il dit à Le Gall, qui était un peu pris de boisson :

« Vous devez être fatigué, vous feriez bien de vous reposer ici » ;

et en même temps il le fit entrer dans un champ voisin.

 

Le Gall voulait se coucher le long du talus qui borde la route,

mais son compagnon l'emmena à l'autre bout du champ en lui disant qu'ils y seraient plus à l'abri du vent.

 

Le Gall se coucha le visage contre terre et Appéré se coucha près de lui ;

mais, quelques minutes après, celui-ci se releva et porta brusquement, et avec violence, plusieurs coups de son bâton sur la tête de Le Gall, qui était déjà endormi.

Quand ce dernier, qui était à moitié assommé, put reprendre ses sens, il se sentit inondé de sang

et s'aperçut que l'argent qu'il avait dans sa poche, soit 4 fr. 50 environ, lui avait été enlevé.

 

Appéré avait pris la fuite.

Arrêté quelque temps après par la gendarmerie, il reconnut avoir frappé Le Gall avec son bâton pour le tuer,

afin de pouvoir plus facilement le voler.

Plus tard, au cours de l'information, il a essayé de revenir en partie

sur ces aveux, en disant qu'il avait voulu seulement étourdir le vieillard.

 

Le bâton, qui a été retrouvé dans le champ, était ensanglanté

et quelques cheveux adhéraient au gros bout.

 

La victime, qui était dans un état pitoyable, garda le lit pendant

trois semaines et la chambre pendant un mois.

Elle portait deux blessures, l'une au pariétal gauche, l'autre en arrière de l'oreille. 

 

Déclaré coupable de tentative de meurtre suivie de vol avec admission de circonstances atténuantes Appéré

est condamné à vingt ans de travaux forcés et dix ans d'interdiction de séjour.

Embarqué en décembre 1892

sur le navire de transport "la Calédonie".

Destination le bagne de Nouvelle Calédonie

 

Mort le  3 mai 1893

La durée du voyage était de 90 à 120 jours.

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Dernière mise à jour - Août 2021