Fenêtres sur le passé

1891

Le chauffage domestique

Source : La Dépêche de Brest 23 novembre 1891

 

Nous voici dans une saison où, sous nos climats dits tempérés, il est utile, parfois même nécessaire,

de chauffer les appartements.

 

Pour toutes les administrations, le froid officiel est arrivé.

 

Le moment nous paraît donc convenable pour dire quelques mots du chauffage domestique, qui, de nos jours,

est devenu tout un art.

On y emploie les combustibles les plus divers et les appareils les plus variés, les plus perfectionnés.

 

Mais avant de parler des uns et des autres, nous croyons être agréables à ceux de nos lecteurs

qui n'ont pas eu l'occasion d'apprendre ou qui auraient oublié les rudiments des sciences physiques,

en donnant quelques explications préliminaires.

 

On peut définir un combustible, toute substance qui, par sa combustion,

c'est-à-dire par sa combinaison avec l'oxygène contenu dans l'air,

dégage une certaine quantité de chaleur utilisable pour les usages domestiques ou industriels.

Mais des poids égaux de différents combustibles sont bien loin de dégager en brûlant,

des quantités égales de chaleur.

 

Il ne faut pas confondre quantité de chaleur avec température, comme on le fait quelquefois.

On sait qu'un bâton enfoncé verticalement,

dans une mare peut faire connaître la profondeur de cette mare,

mais non la quantité d'eau qu'elle contient ;

de même, un thermomètre placé dans un milieu quelconque indiquera

la température de ce milieu, mais non la quantité de chaleur

qu'il a fallu lui donner pour l'amener à cette température.

 

Au lieu d'une comparaison, veut-on un exemple ?

 

Supposons qu'on ait de l'eau à la température de 15 degrés ;

mettons en dix litres dans un chaudron et un litre dans une casserole.

Dans chacun de ces récipients, plaçons un thermomètre ;

tous les deux marqueront évidemment 15 degrés.

Chauffons ensuite la casserole et le chaudron jusqu'à ce que l'ébullition

se produise.

Les deux thermomètres marqueront la même température, 100 degrés ;

ils auront monté tous les deux de 55 degrés.

 

Cependant, on conçoit facilement que, pour arriver à bouillir l'eau du chaudron,

elle aura dû recevoir dix fois plus de chaleur que celle de la casserole.

 

Le thermomètre n'indiqua donc point les quantités de chaleur ; cependant, ses indications servent pour la calculer.

 

L'unité de chaleur est appelée calorie ; c’est la quantité de chaleur qu'il faut fournir à un kilogramme d'eau

pour élever sa température de un degré.

 

Quand on veut déterminer le pouvoir calorifique d'un combustible, c'est-à-dire la quantité de chaleur que dégage,

en brûlant, un kilogramme de ce combustible, on le fait brûler dans des conditions telles que toute la chaleur produite se trouve absorbée par une certaine masse d'eau.

On détermine soigneusement le poids de cette eau, sa température avant et après l'expérience,

et le poids du combustible employé.

Il n'y a plus qu’un tout petit calcul à faire.

Nous ne décrirons point les appareils plus ou moins compliqués

qui servent à ces expériences.

Dans la pratique, quand on ne tient pas à des résultats très exacts,

et surtout quand il s’agit d’un charbon de terre,

on emploie un procédé moins précis, mais beaucoup plus rapide et plus facile, appelé procédé Berthier.

 

Il consiste à chercher quelle est la quantité d'oxyde de plomb

que peut décomposer, réduire, suivant l'expression employée,

un poids déterminé de ce combustible.

Théoriquement, le combustible le plus avantageux serait celui qui,

à égalité de prix, fournirait le plus grand nombre de calories.

Pierre Berthier

Autrement dit, celui avec lequel la calorie reviendrait à meilleur marché.

Mais la question du choix du combustible n’est pas aussi simple, il faut considérer la facilité avec laquelle il s'allume

et brûle, dans les conditions où on doit l'employer ; la nature des gaz qui peuvent se dégager, etc.

 

Les combustibles solides, qui sont presque les seuls usités dans le chauffage domestique,

ont tous pour base la matière constituante des parois des cellules végétales, la cellulose,

plus ou moins incrustée de ligneux,  contenant du carbone, de l’hydrogène et le l'oxygène.

Quand la combustion de cette substance est complète, il se produit de l'acide carbonique et de la vapeur d'eau.

Chez la plupart des combustibles minéraux, la cellulose a été notablement altérée, et il ne reste guère, parfois,

que du carbone ;

mais parfois aussi, on y trouve des substances étrangères qui occasionnent, pendant la combustion,

des dégagements de gaz incommodes et même délétères.

 

Les combustibles naturels les plus employés sont le bois, la tourbe, le lignite, la houille et l'anthracite.

Ils s'enflamment et brûlent d'autant plus facilement

qu'ils contiennent une plus forte proportion d'hydrogène.

Ceux qui contiennent beaucoup de carbone brûlent difficilement, sans ou presque sans flamme ;

mais ils peuvent produire une élévation de température considérable, en dégageant une grande quantité de chaleur

dans un espace restreint.

 

Le bois et la tourbe sont les seuls combustibles

que la nature fabrique sous nos yeux.

Les autres, fabriqués depuis longtemps,

sont en réserve dans les profondeurs du sol.

 

Le premier est le plus employé, disons presque le seul employé dans nos campagnes :

il l'est même encore beaucoup dans les villes, malgré son prix élevé.

C'est que, quand il est bien sec et que la cheminée tire convenablement, rien ne fait un feu gai, un feu réjouissant comme le bois, particulièrement le bois de chêne et de hêtre mélangés.

C'est bien certainement du feu de bois, brûlant dans une cheminée, qu'un poète anglais a dit :

 

Avez-vous froid, il vous réchauffe ;

Avez-vous chaud, il vous rafraîchit.

 

Le bois, même le plus sec, contient toujours une certaine quantité d'eau, qui s'en va avec la fumée.

Il renferme environ 40 pour cent de carbone.

Comme tous les combustibles qui contiennent une proportion notable d’hydrogène, il s'allume facilement,

brûle facilement et avec flammes ; mais les bois tendres brûlent toujours mieux que les autres.

 

Toutes les essences ne sont pas également bonnes pour chauffer les appartements.

Le châtaignier, par exemple, décrépite et lance de tous les côtés des fragments incandescents.

Le pin et en général tous les arbres résineux brûlent très bien, mais répandent une odeur forte et désagréable.

La tourbe est formée par un amas de végétaux aquatiques

ou marécageux qui ont subi, sous l'action de l'humidité,

une décomposition spontanée.

C'est un combustible de peu de valeur, qui n'est employé

pour le chauffage domestique que par la population pauvre

de quelques contrées.

 

Le lignite est une sorte de bois fossile, dont quelques échantillons, susceptibles d'un très beau poli, donnent le véritable jais.

Son pouvoir calorifique est plus grand que celui du bois sec ;

mais contenant moins d'hydrogène, il s'allume et brûle difficilement a

vec une flamme assez longue et une fumée noire,

et en dégageant une odeur peu agréable.

Ce combustible n'est guère usité que dans les régions

où on le rencontre.

 

La houille est le combustible par excellence pour l'industrie ;

mais elle est aussi beaucoup employée pour le chauffage domestique.

Elle provient également de végétaux qui se sont développés à une époque très reculée

et dans des conditions encore mal établies ;

mais ces végétaux ont subi des déformations qui les; rendent presque toujours méconnaissables

et des transformations beaucoup plus profondes que ceux qui constituent les lignites.

 

Cette substance brûle assez facilement, avec plus ou moins de flamme, ou même sans flamme ;

elle donne souvent beaucoup de fumée et répand une forte odeur bitumineuse.

 

Il existe un assez grand nombre de variétés de houille ;

on les rapporte généralement à trois types principaux : les houilles sèches sans flammes,

les houilles sèches à longue flamme et les houilles grasses.

L'anthracite est une sorte de houille dans laquelle

la décomposition de la matière végétale a été poussée si loin

qu'on n'y trouve presque plus que du carbone,

soit plus de 90 pour cent.

Il s'allume difficilement et ne brûle qu'avec un fort tirage,

en donnant une très petite flamme, pas du tout de fumée,

mais en produisant beaucoup de chaleur.

 

On ne peut guère l'employer pour le chauffage domestique

que dans des poêles spéciaux.

 

Aux combustibles précédents, il convient d'ajouter divers combustibles artificiels, tels que le charbon de bois,

le coke et quelques autres moins importants.

 

Le charbon de bois, obtenu en calcinant le bois en meules ou dans des cylindres, brûle assez facilement,

parce qu'il est poreux, mais sans flamme et sans fumée, et en dégageant plus de chaleur que le bois ;

toutefois, il est assez difficile à allumer.

 

Le coke n'est autre chose que de la houille privée de ses éléments volatils ;

aussi s'allume-t-il difficilement et ne peut-il brûler qu'en masse, avec un bon tirage.

 

Le coke léger et poreux qu'on emploie pour chauffer les appartements est un produit secondaire de la fabrication

du gaz d'éclairage : c'est la houille même qui a fourni ce gaz.

 

Pour l'industrie, on prépare un coke spécial, plus dense.

 

Nous ne dirons rien du charbon de Paris ni du charbon pour chaufferette,

qui sont encore plus artificiels que les précédents ; cela nous entraînerait trop loin.

 

J. D.

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