Fenêtres sur le passé

1891

Ils étaient bus tous les deux

Source : La Dépêche de Brest 7 février 1891

 

L'affaire suivante est une cause grasse.

 

Le 1er janvier, dans le courant de l'après-midi,

deux jeunes gens jouaient à la galoche non loin du champ de foire de Landerneau.

 

Avec eux se trouvait un jeune gars de 22 ans, le nommé Pichon (Jean-Marie) qui, étant ivre,

se bornait à être spectateur.

 

Pichon disait des bêtises, ce qui n'avait rien d'étonnant étant donné son état,

lorsque vint à passer la femme Nicolas qui, d'après les témoins, était un peu « bue » aussi.

 

La femme Nicolas qui est âgée de 38 ans et qui est mère de famille,

se dirigea vers le mur du champ de foire pour y satisfaire un besoin pressant, et Pichon courut après elle.

 

Que se passe-t-il alors ?

 

On le devine un peu.

Toujours est-il que les joueurs de galoche accoururent aux cris

et virent la femme Nicolas renversée sous Pichon,

ses vêtements relevés, bref dans une attitude qui ne laissait aucun doute sur la pureté des intentions du jeune gars.

 

À l'audience, ces faits sont confirmés par la victime

et par les deux témoins de la scène, Kériel et Peyron.

 

Ces deux derniers affirment « qu'ils étaient bus tous les deux» et ils déposent avec un luxe de détails

qui demanderaient à être transcrits en latin, mais qui provoquent abondamment les rires de l'auditoire.

 

Pichon, lui, donne une autre version.

Pris d’un besoin d'uriner, il se serait dirigé vers le mur contre lequel stationnait — soyons décents — la femme Nicolas.

Il lui aurait fait alors certaines propositions que celle-ci aurait d'abord acceptées.

 

Se ravisant ensuite, elle aurait crié : Mon mari ! Mon mari !

 

Il ne sait plus ce qui s'est passé ensuite.

Pichon est poursuivi pour outrage public à la pudeur.

M. Bouisson, qui occupe le siège du ministère public,

fait connaître que les antécédents du prévenu ne sont pas très favorables.

 

De son côté, Me Dubois, qui défend Pichon, s’efforce de démontrer que l’affaire est de peu d’importance.

L’ivresse des deux parties doit, selon lui, atténuer, dans la plus large mesure, la gravité des faits incriminés.

 

Le tribunal ne se rallie pas absolument à cette manière de voir, et Pichon est condamné à six mois de prison.

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Dernière mise à jour - Janvier 2021