Fenêtres sur le passé

1891

Accident de train à Dirinon

 

Source : La Dépêche de Brest le 2 août 1891

 

Dans l'après-midi d'hier, le bruit d'un déraillement sur la ligne d'Orléans se répandait en ville.

Le fait n'était malheureusement que trop vrai.

 

À 2 h. 35, le train 1480, de la compagnie d'Orléans, quittait la gare de Landerneau.

 

Ce train, qui quitte Brest, à une heure 55 et qui arrive à Vannes à 8 h. 42 du soir était composé d'une locomotive, d'un tender, de trois fourgons et de sept wagons de voyageurs.

 

À deux heures 57, heure réglementaire le train était à Dirinon.

Il reprit aussitôt sa route sur Daoulas.

À trois heures 5, arrivé à la traversée de la route nationale

qui coupe la voie à égale distance des deux gares

et après avoir passé le viaduc de Daoulas, le train dérailla.

 

La voie décrit sur ce point une courbe très prononcés

(12 centimètres par mètre).

 

La locomotive, le tender et les fourgons lancés

à une assez grande vitesse, parcoururent environ 150 mètres

sur le ballast puis un choc terrible se produisit.

 

La locomotive venait de se renverser dans une tranchée.

Le mécanicien Horell, projeté de son poste, a les deux jambes broyées.

 

Le chauffeur Baron est blessé grièvement à la tête.

 

Une panique épouvantable se produit.

Deux femmes s'évanouissent.

 

Cependant le conducteur d'arrière ayant heureusement serré son frein, les wagons sont restés sur la voie.

 

D'autre part, les fourgons dont le premier était chargé d'oignons ont amorti le choc,

et aucun des voyageurs n'est blessé.

Tandis que l'on s'empresse autour des blessés,

le chef de train court à Daoulas d'où l'on télégraphie à Quimper.

 

À six heures, un train de secours contenant le médecin

et l'inspecteur de la compagnie, le personnel et le matériel nécessaire au déblaiement arrivé sur les lieux.

 

Les blessés y sont aussitôt placés, les voyageurs transbordent et reprennent leur route.

 

Le malheureux mécanicien Horell, dont l'état était horrible, n'a pas survécu à ses blessures.

Il est mort pendant le trajet.

 

Le chauffeur Baron est marié et père de plusieurs enfants.

 

Une soixantaine de paysans et d'ouvriers parmi lesquels ceux de M. Teissier, mécanicien à Landerneau,

ont travaillé activement au déblaiement de la voie sous la direction des agents de la compagnie.

 

Les trains de 4 h. 35 et de 9 h. 42 ne sont entrés en gare qu'à 11 h. 25 du soir.

 

Les voyageurs qu'ils contenaient ont été ramenés à Brest par des trains envoyés par la compagnie de l'Ouest.

 

Les causes de l'accident sont encore imparfaitement connues.

 

Source : La Dépêche de Brest le 4 août 1891

 

Le train 1480, dont nous avons annoncé le déraillement, venait de Landerneau pour se rendre à Vannes.

Il se composait de la machine, du tender, d'un wagon de marchandises, de deux fourgons, d'un wagon de 1ère classe, d'un wagon de 2e et de deux  de 3e.

 

La machine, le tender et le fourgon ont été brisés. 

Le 2e fourgon a été brisé sur le devant.

Le wagon de 1ère classe avait également le devant brisé ;

tous ces wagons ont déraillé à droite de la ligne, la locomotive et le tender à gauche.

Les deux wagons de 3e classe, qui n'ont pas déraillé, étaient intacts.

La voie était complètement obstruée par les wagons en débris.

 

Le parquet de Brest s'est, transporté sur les lieux de l'accident, ainsi que M. Wild, capitaine de gendarmerie, et l'ingénieur

des mines de Nantes, chargé du contrôle de la voie.

 

Le train a déraillé à 55 mètres en avant

du poteau  kilométrique 755, en Dirinon, dans une courbe

de 500 mètres  de rayon, ou la déclivité est

de 12 millimètres par mètre.

 

La machine a continué son parcours sur une longueur de 180 mètres sur le ballast,

et s'est ensuite heurtée dans le talus gauche de la ligne, haut, à cet endroit, de dix mètres de chaque côté.

 

Une heure avant l'accident, M. Dessertenne (Victor), chef de district, et M. Evain (Félix), chef d'équipe à Dirinon, n'avaient rien remarqué d'anormal sur la voie.

 

D'après l'enquête, l'accident serait dû à une exagération de vitesse sur la courbe, ou d'un défaut de la voie.

 

On croit plutôt à une exagération de vitesse.

 

Le maréchal des logis de gendarmerie de Daoulas, arrivé avec ses gendarmes les premiers sur les lieux du déraillement, ont porté secours aux blessés et ont aidé à les transporter dans la maison du garde barrière Tavarne.

Les gendarmes ont ensuite fait redresser les fils télégraphiques

qui étaient tombés.

 

Les ouvriers de M. Le Duff, de Rosporden,

entrepreneur du chemin de fer, qui travaillaient au renouvellement de la voie près de Quimper, sont arrivés immédiatement

sur les lieux et ont travaillé au déblaiement.

 

Les blessés ont été reconduits à leurs domiciles, à Quimper,

par le train n° 29, à 6 h. 40 du soir.

 

Le mécanicien Horell (Louis), qui est mort durant le trajet, était âgé de 43 ans ; il était marié, sans enfants.

 

Le chauffeur Baron (Jean), âgé de 50 ans, blessé à la tête, est marié et père de quatre enfants.

 

Les wagons endommagés ont été remis sur la voie à l'aide de crics et ramenés à Quimper.

 

La circulation a été rétablie dimanche matin, à trois heures.

© 2018 Patrick Milan. Créé avec Wix.com
 

Dernière mise à jour - Décembre 2021