Fenêtres sur le passé

1890

Les voyages de Mlle Perrichon

 

Source : La Dépêche de Brest 9 mars 1890

 

Les temps sont bien changés :

M. Perrichon ne s'appelle plus Perrichon tout court, il se dénomme Perrichon de Kerguelen et il fait voyager sa fille.

Il est vrai que ces voyages ne sont pas des voyages d'agrément.

 

Cécile Perrichon, qui comparaissait hier devant le tribunal correctionnel, exploitait, en effet, la charité publique,

à l'aide d'un moyen assez ingénieux.

 

Elle se présentait aux domiciles des gens qu'elle voulait exploiter et les apitoyait à l'aide d'une lettre

que son père lui remettait.

Cette lettre aurait attendri un mort.

 

Cécile, à cette école de paresse et de mendicité, ne tarda pas à dépasser son maître.

Un jour, chez une vieille demoiselle nommée Le Gall, tandis que cette dernière se rapprochait de la fenêtre pour lire la fameuse lettre, elle déroba, sur une table, un porte-monnaie contenant 4 fr. 50.

 

La prévenue n'a que quatorze ans.

Son père, qui fait défaut, est condamné à six mois de prison.

Quant à Mlle Perrichon, elle sera enfermée dans une maison de correction jusqu'à sa vingtième année.

 

Espérons que ce sera son dernier voyage de désagrément.

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Source : La Dépêche de Brest 20 mars 1890

Suite des voyages de Mlle Perrichon

 

À moins que nous ne soyons dupes d'une similitude de noms

et de prénoms qui nous étonnerait fort, la jeune demoiselle Perrichon, dont les exploits ont abouti récemment à la correctionnelle

continue à profiter de la crédulité des gens.

 

Pas plus tard qu'avant-hier cette trop intéressante jeune personne

se présentait chez Mme Cloarec, rue Kéravel 36,

où celle-ci étant au lavoir, elle ne trouva que sa nièce.

Comme la chose lui importait, elle fit à cette dernière son petit conte.

 

« Votre tante, lui dit-elle, a acheté route de Paris, une paire de souliers mais elle n’a versé que sept francs ;

trois francs restent dus. Voulez-vous, donner cette somme ? »

 

La jeune fille refusa et Cécile Perrichon se retira.

 

Mais ce n'était qu'une fausse sortie

Elle revenait quelques instants après, assurant qu'elle avait vu

Mme Cloarec au lavoir et que celle-ci faisait dire à sa nièce

de remettre les trois francs.

Ce qui fut fait.

Le soir cependant tout s'expliqua.

Mme Cloarec n'ayant vu personne et fortement ébahie de ce que lui racontait sa nièce, s'en fut à la police,

où elle déposa une plainte, qui a eu hier son plein effet.

 

Cécile Perrichon et son père, Guilllaume Perrichon, ont été arrêtés.

La première est inculpée de vol et le second de complicité.

 

Il est bon de remarquer cependant que la jeune Perrichon n'a que 14 ans et que, tout récemment,

elle se présentait chez les gens avec des lettres écrites par son père.

 

Nous aurons donc le plaisir de revoir Mlle Perrichon sur les bancs de la correctionnelle,

escortée cette fois de l’auteur de ses jours, dont le goût pour les voyages pourrait bien se terminer

par une halte prolongée dans une maison de détention.

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Dernière mise à jour - Décembre 2021