Fenêtres sur le passé

1890

Moyen économique d'éviter de grandes pertes de purin

Source : Le Finistère février 1890

 

Auteur :

Jean Kerneïs, Lézardeau le 7 décembre 1889

 

 

Moyen économique d'éviter de grandes pertes de purin.

 

Résultat hygiénique.

 

Un fait qui a été fréquemment signalé aux cultivateurs, et qui mérite incontestablement d'attirer toute leur attention, est la perte considérable de matières fertilisantes dont ils sont chaque jour victimes.

 

Parmi ces pertes d'engrais, l'une de celles qui ont été le plus souvent citées,

tant par les auteurs agricoles que par les membres des commissions de visite des fermes pour les concours,

les sociétés d'agriculture, les comices cantonaux, etc. est l'élimination constante de purin

qui s'opère journellement dans nos fermes, au su et au vu des intéressés qui semblent ne pas s'en soucier

 

C'est toujours en vain qu'on a dévoilé ce mal, et c'est probablement en vain, aussi,

que nous allons montrer ses conséquences funestes sur la fertilité de nos terres.

 

Mais après tout, nous avons souvent entendu dire qu'à force de frapper sur la tête d'un clou on finit par l'enfoncer.

 

Pour le purin, peut être finira-t-on également par le faire utiliser avec plus de soin en montrant

l'excès de perte qui se produit actuellement.

Le fait est patent.

 

Et il est peu de fermes, dans notre région, où l'on ne voie encore, dans des cours qui pourraient être mieux tenues,

le purin s'égoutter des tas de fumier et ruisseler à la surface du sol dans de petites rigoles qu'il a creusées,

puis s'éloigner plus ou moins rapidement du lieu de sa production, suivant que la pente de la cour est plus ou moins forte.

 

Quand, comme cela a lieu dans les communes où l'on ne vide généralement les étables qu'une fois l'an,

les tas de fumier font défaut dans les fermes,

le gaspillage du purin n'est pas moins manifeste.

C’est par les fentes de murs lézardés do certains bâtiments, ou encore par dessous les grandes portes

qui permettent d'introduire les charrettes dans les étables, et cela le plus souvent,

que le purin se sépare du fumier pour suivre la même voie que celui dont nous parlions tout à l'heure.

 

Dans l'un et l'autre cas, il convient de dire que le purin se perd, et qu'il est de la sorte fréquemment entraîné au loin, sur les routes, surtout en temps de pluie.

 

Quand il se trouve qu'on l'utilise, il est uniquement employé à arroser quelques courtils (Liors)

généralement consacrés à la production des fourrages-verts.

 

Là, il rend évidemment service pendant un certain temps.

 

Puis il devient nuisible quand la terre privilégiée qui le reçoit est suffisamment pourvue de ses éléments essentiels.
 

En général employé ainsi, sans aucune préparation, il est trop actif,

et les plantes qu'il détruit sont aussi nombreuses que celles dont il favorise la végétation.

 

L'on peut même ajouter que, si les pluies étaient moins fréquentes chez nous, il serait nuisible au lieu d'être utile,

le carbonate d'ammoniaque qu'il renferme étant très caustique et brûlant les plantes.

 

En résumé, disons que c'est en pure perte que le purin se trouve ainsi séparé du fumier

et entraîné au loin par les eaux pluviales.

 

Et ce sont d'énormes richesses, des quantités considérables d'éléments nutritifs,

qui s'en vont ainsi à vau-l'eau, au grand détriment de nos récoltes.

D'un calcul fait par M. Grandeau, agronome distingué,

il résulterait que près de la moitié de l'immense quantité

des principes fertilisants du fumier produit en France,

vous échappe de diverses façons.

 

Dans ce compte il va de soi que le purin à sa large part,

ce qui démontre amplement tout le soin avec lequel

on devrait l'économiser.

 

Il y a lieu de considérer, dans cette perte de purin,

non seulement la quantité réelle de liquide qui s'écarte

de sa vraie destination, mais aussi ses conséquences.

 

Il faut noter, en effet, que ce liquide a une importance capitale,

au point de vue du travail chimique des fumiers proprement dis,

et que sa séparation de ces derniers leur ôte considérablement

de leur valeur.

 

Le purin séparé des fumiers, soit par ses propres infiltrations,

soit par les eaux de pluie,

il ne reste plus dans le tas que des produits lavés,

des litières très incomplètement décomposées et peu assimilables.

Louis Grandeau,

Né à Pont-à-Mousson le 28 mai 1834

Mort à Interlaken (Suisse) le 22 septembre 1911,

Chimiste, agronome et chercheur forestier français.

Toutes leurs parties solubles sont ainsi enlevées, et ce sont précisément les plus fertilisantes.

 

De même, l'azote, cet élément si justement, apprécié des cultivateurs

et que l'on paye si cher dans le commerce est aussi soustrait au fumier dans de très fortes proportions.

 

De même encore pour la potasse, la chaux, l'acide phosphorique, mais à un degré moindre.

 

D'engrais complet qu'il était auparavant, le fumier tend ainsi à devenir un engrais incomplet.

 

Il ne décompose plus bien, et ne forme plus qu'un terreau appauvri,

par suite de la disparition des éléments générateurs de cette matière.

 

Or, c'est là un fait qui tire plus à conséquence qu'on ne serait portée le penser.

M. Dehérain, membre de l'institut, écrit en effet

que notre sol n'est fertile qu'autant, qu'il renferme une certaine dose d'humus, de matière organique ;

et quand il est longtemps cultivé sans engrais, c'est l'humus qui disparaît le plus vite, puisqu'après quinze ans de culture sans fumier

ce sol a perdu plus de la moitié de la matière organique qu'il renferme.

 

Le purin remplissant un si grand rôle dans la fertilité de nos fermes,

il est essentiel de combattre les incessantes déperditions

que nous venons de signaler et de recueillir le plus possible de ce liquide.

 

Dans les grandes exploitations, des fosses spéciales

dites « fosses-à-purin » sont construites à cet effet, et ont leurs pompes permettant d'arroser facilement le fumier, quand le besoin s'en fait sentir.

 

Là, le fumier se fait bien.

 

Dans la majeure partie de nos fermes, de semblables installations paraîtraient trop coûteuses, et c'est par ce motif

que nous nous déterminons à ne point insister

sur les nombreux avantages qu'elles présentent.

 

Il y a un moyen beaucoup plus simple et plus économique d'éviter

de grandes pertes de purin, tant dans les cours de nos fermes

que dans les étables.

Pierre-Paul Dehérain

Né à Paris, 19-04-1830

Mort à Paris, 07-12-1902

Docteur ès sciences (1859).

Spécialiste de chimie agricole

et de physiologie végétale.

Professeur à l'École nationale d'agriculture

de Grignon.

Titulaire de la chaire de physiologie végétale appliquée à l'agriculture

au Muséum national d'histoire naturelle

Dans les endroits où il y a des fuites de purin, dans les contrebas des tas de fumier et des logements du bétail,

par exemple, il suffit, pour récolter le liquide qui tend à se disperser,

de creuser un trou peu profond où il viendra s'accumuler.

 

La perméabilité du sol ne présentant pas de garantie contre les infiltrations qui pourraient se produire dans la terre,

on y place verticalement, une barrique ou un baril qu'on a préalablement goudronnés

pour leur assurer une plus longue durée et, une plus grande imperméabilité et sciés à leur extrémité supérieure,

afin d'y donner accès aux liquides.

 

De celle façon, le purin s'assemble dans la barrique ou dans le baril ;

et, quand on le juge à propos, on peut avec un vase l'étendre sur le fumier qui, arrosé de la sorte,

fermente beaucoup mieux et conserve ses principes les plus riches et les plus fertilisants.

 

À notre avis, ce procédé est des plus pratiques, et nous estimons que ceux qui voudront,

en faire l'essai ne s'en plaindront pas.

 

Il est évident que des dégagements ammoniacaux se produiront dans nos petits réservoirs à purin.

 

Mais ce sont là des pertes que l'on peut atténuer par l'emploi d'agents chimiques tels que le plâtre, le sulfate de fer

ou vitriol vert, le phosphate, etc., dont l'efficacité sur les fumiers et dans les étables diminue sensiblement l'évaporation de l'ammoniaque, et partout, nous conservent un puissant agent, de production : l'azote.

Le but que nous nous sommes proposé, en écrivant cet article

était d'indiquer le moyen d'éviter de grandes pertes de purin.

 

Nous croirons l'avoir atteint, si l'on met en pratique notre conseil

sur l'emploi de fûts défoncés comme réservoirs à purin.

 

Nous croirons en outre avoir, en même temps,

rendu service à l'hygiène publique.

 

Après l'application de notre procédé, le purin se dispersant

en moindre quantité que précédemment sur les cours de nos fermes.

 

Il y aura par suite une infiltration moins grande dans le sol.

 

Or, dans les campagnes, en raison de leur mauvais emplacement

et de leur peu d'éloignement des fumiers,

les puits sont généralement condamnés à servir de refuge à tous

les liquides viciés et malsains qui pénètrent dans le sol environnant.

 

Si l'on suit nos prescriptions, ce sera autant de mauvais éléments

qui n'iront plus contaminer l'unique boisson de la masse de nos vaillants cultivateurs, l'eau,

dont les trop nombreuses impuretés engendrent dans nos cantons tant de fièvres et de maladies souvent mortelles.

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Dernière mise à jour - Décembre 2020