Fenêtres sur le passé

1890

Incident au théâtre de Brest

Quand on est malade, mieux vaut rester chez soi, telle est la morale de cette affaire,

qui a fait beaucoup plus de bruit qu'elle ne vaut.

 

La soirée d'avant-hier, au grand théâtre, a été marquée par un incident qui s'est dénoué hier en correctionnelle.

On donnait "Coquin de Printemps" et " la Mascotte".

Pendant les derniers actes de la comédie et durant le premier de l'opérette, un monsieur, assis aux fauteuils d'orchestre,

s'obstinait à ne pas se découvrir.

Vainement, le « poulailler » criait :

« chapeau ! » sur l'air des lampions, vainement encore quelques spectateurs placés derrière le quidam le prièrent poliment d'enlever

son couvre-chef, vainement enfin l'ouvreuse s'interposa,

le monsieur restait couvert, tout comme un grand d'Espagne.

 

Devant cette obstination au moins déplacée, un négociant et un médecin

de notre ville prévinrent le commissaire de service.

M. le commissaire du premier arrondissement se mit alors en devoir

de faire observer le règlement.

 

À trois reprises différentes, le sous-brigadier et le sous-chef de service invitèrent poliment le peu aimable spectateur à enlever son feutre.

À ces trois sommations, l'individu répondit assez grossièrement :

« Je suis malade ! J'ai mon chapeau et je le garderai. »

 

C'est alors que se produit ce que l'aimable confrère du coin du quai appelle une brutalité policière.

Devant le refus de l'homme au chapeau, les agents l'expulsent...

avec une brutalité révoltante, si l'on en croit toujours le confrère.

 

En réalité, et les débats d'hier l'ont bien prouvé, l'homme au chapeau vissé, qui se nomme M... et qui est employé chez un marchand forain

à Besançon, a opposé une résistance opiniâtre aux gardiens

et a même mordu l'un d'eux au doigt.

Toujours l'histoire du lapin qui a commencé.

 

Le tribunal devait protéger les fonctionnaires chargés d'exécuter la loi.

Il l'a fait.

 

M..., qui n'est que de passage à Brest et qui est descendu

à l'hôtel de l'Univers, a été condamné à six jours de prison et

à cinquante francs d'amende pour contravention à la police des théâtres et rébellion et voies de faits envers les agents.

 

Il gardera peut-être un mauvais souvenir de notre ville, mais où a-t-il vu que la maladie exclut la politesse ?

© 2018 Patrick Milan. Créé avec Wix.com
 

Dernière mise à jour - Décembre 2021