Fenêtres sur le passé

1890

Émigrants bretons

Source : Finistère février 1890

Émigrants bretons.

 

Des sociétés passablement suspectes se sont fondées dans ces derniers temps pour attirer en Amérique, principalement dans l'Amérique du Sud, les cultivateurs français, à l'aide de boniments bourrés de promesses

plus ou moins ingénieuses, mais toujours chimériques

 

Un trop grand nombre de nos compatriotes se laissent séduire par ces promesses,

qui ne coûtent rien à ceux qui les font.

 

On signale chaque mois, au Havre et à Bordeaux, des départs d'émigrants, parmi lesquels

ceux des départements bretons sont en grand nombre.

 

Les malheureux quittent la France, l'esprit rempli d'illusions.

Hélas ! au lieu de la fortune qu'ils vont chercher,

c'est un surcroît de misère qui les attend là-bas.

 

Les preuves abondent, et on ne saurait trop les signaler

à l'attention des intéressés.

 

On communique au "Bas-Breton" une lettre toute récente adressée à sa famille par un émigrant originaire de la commune de B***, arrondissement de Châteaulin.

 

Nous croyons devoir en reproduire le texte,

plein de tristes et utiles enseignements :

Rosario de Santa-Fé, le 15 décembre 1889.

 

Mon cher frère et ma chère belle-sœur, J'ai la douleur de vous apprendre que mon épouse est morte

à l'hôpital de cette ville le 22 du mois dernier.

 

D'un autre côté ma fille a été très malade.

En ce moment mes trois enfants et moi nous sommes en assez bonne santé.

Nous nous trouvons dans une mauvaise contrée où il meurt beaucoup de monde. 

En outre, je suis presque toujours malade.

 

La nourriture est très chère. 

Nous ne mangeons que du pain sec et encore pas notre content.

 

Nous voulons bien retourner en France rejoindre nos bons parents. 

Hélas ! jamais nous ne pourrons gagner assez d'argent, puisque je suis seul à gagner

et je ne peux pas gagner ce qui nous est indispensable.

 

Vous savez que je vous ai été très utile. 

Faites donc votre possible pour m'envoyer la somme que vous pouvez. 

Je vous prie de communiquer cette lettre aux parents de ma femme.

 

Je crois que vous ne voudriez pas nous laisser mourir ici... 

Actuellement je suis dans une triste situation.

 

Le consul français que je viens de trouver m'a dit qu'il me faut 500 francs pour retourner en France

avec mes enfants. 

La Société française veut bien payer la moitié.

 

Envoyez-moi donc ce que vous croyez me devoir... 

D'un autre côté faites donc une quête parmi nos parents et amis.

 

Je compte sur votre dévouement. 

Votre infortuné frère qui vous aime tendrement,

 

P. M.

à Rosario de Santa-Fè,

République Argentine (Amérique du Sud)

Nous voudrions que cette lettre pût passer sous les yeux

de tous ceux qui sont exposés aux mêmes tentations

et risquent d'être entraînés dans les mêmes aventures.

 

En dépit de toutes les récriminations auxquelles la crise agricole

a donné lieu pendant ces dernières années,

notre pays de France est encore le plus capable de nourrir

ceux auxquels il a donné naissance.

Restez donc un France, cultivateurs ;

vous n'auriez que des déceptions et des deuils à rapporter des voyages en pays lointains.

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Dernière mise à jour - Juillet 2020