Fenêtres sur le passé

1888

Eugène Desrues, inventeur et bienfaiteur

1879 - La bouée Desrues

Source : Le Petit Brestois  août 1888

 

Eugène Desrues, inventeur et bienfaiteur

 

Voilà deux termes qui ne s'accordent pas toujours ensemble,

il s'en faut même, car si l'on songe aux engins de destruction

et de torture, il est difficile de confondre ceux qui en ont doté

les nations avec les bienfaiteurs de l'humanité.

 

Nous avons eu cependant la bonne fortune de rencontrer,

il y a quelque temps, une personne méritant bien ces titres :

c'est M. Eugène Desrues, père, négociant, rue du Steir à Quimper.

 

Ce beau vieillard, aujourd'hui âgé de 71 ans

fût autrefois un homme extrêmement actif, dévoué et entreprenant.

 

Il a à son avoir de nombreux actes de dévouement qui lui font certes

le plus grand honneur, et il a travaillé avec un courage

et une persistance remarquables pendant plusieurs années,

Eugène Desrues,

Négociant à Quimper (29),

Sauveteur médaillé

pour 5 sauvetages de 1847 à 1862,

Lauréat

de la Société des hospitaliers sauveteurs bretons,

Inventeur d'une bouée de sauvetage

à l'invention et au perfectionnement d'une bouée de sauvetage qui, si elle n'a pas donné le dernier mot du progrès, car cette voie est de celles qui ne se ferment jamais, constitue tout au moins un appareil susceptible

de rendre à la navigation, aux équipages en péril, d'incontestables et précieux, services.

 

Nous croyons utile d'énumérer ci-après aussi brièvement que possible,

les sauvetages et les actes de dévouement accomplis par M. Desrues :

 

Le 16 Février 1847.

Sauvetage d'un homme qui allait périr, emporté dans son bateau,

par un courant furieux contre les arches des ponts de l'Odet.

 

Le 21 Juillet 1857.

Autre sauvetage d'un homme qui se noyait dans l'Odet en se baignant.

Le 5 Janvier 1865.

Desrues se jeta à la tête d'un cheval emporté qui le traîna un certain temps, et qu'il réussit à maîtriser,

au moment où il allait se jeter sur un convoi funèbre où il eut fait de nombreuses victimes.

 

Le 4 Avril 1877.

Sauvetage très intéressant d'un canot jeté à la mer pour s'alléger par un transport anglais

qui s'était échoué à Tréguennec (côte de Pont-Labbé).

 

Le 5 Avril 1882.

Sauvetage d'un homme (sic)  tombé dans l'Odet et qu'emportait un violent courant.

Le 24 Septembre 1861.

Relèvement à Bénodet, dont il obstruait l'entrée,

ce qui constituait un grand danger pour la navigation,

du gros lougre Albert coulé par la tempête.

 

Le 13 Juillet 1861.

Arrêt, au péril de, sa vie d'une voiture dont les chevaux emportés

avaient brisé les essieux et dans laquelle se trouvait une dame.

 

Le 14 Mai 1863.

Sauvetage du chasse-marée Le Hasard, naufragé à Kérity-Penrmarc’h.

 

Le 25 Juillet 1883.

Arrêt d'un fourgon contenant une femme et un enfant.

Ce véhicule attelé de trois chevaux qui s'étaient emportés allait se briser contre des arbres du cours à Quimper.

 

Le 14 Août 1883.

Desrues maîtrisa, un cheval qui, attelé à une voiture, le traîna sur une grande longueur,

et menaçait de faire de nombreuses victimes.

 

Nous en passons, sans doute, et des meilleurs,

mais cet aperçu suffit pour permettre d'apprécier combien M. Desrues est digne des titres que nous lui décernons.

 

Notons, en outre, qu'il fut pendant bien des années sous-officier des sapeurs-pompiers,

où il eut encore l'occasion de se distinguer par son dévouement, son activité, sa valeur,

ce qui lui fit décerner une médaille d'argent de 2e classe, le 30 Avril 1862.

Les hospitaliers bretons, ne crurent de leur côté mieux faire,

pour donner à M. Desrues un témoignage d'estime

et de reconnaissance que de le nommer membre de l'association, diplômé et médaillé et de lui conférer l'honneur

et le grade de porte-drapeau des sauveteurs.

 

Ce drapeau ne pouvait certes se trouver en meilleures mains.

 

Pendant plus de 30 années, M. Desrues travailla avec ténacité et fit de grands sacrifices pour la construction

dont nous avons fait mention, d'une bouée de sauvetage et de remorquage.

 

Cette bouée marche à la voile, à la pagaie et au moyen de nageoires ;

un homme peut se placer facilement à l'intérieur et il marche ainsi dans l'eau comme s'il était sur terre.

 

C'est très ingénieux.

 

De nombreuses expériences ont été faites avec succès en différents endroits et particulièrement à Brest,

le 2 Octobre 1879 dans le port, en présence des autorités maritimes, M. l'amiral Bonie étant alors préfet.

 

Les résultats obtenus furent excellents.

 

M. Desrues fut malheureusement dépossédé de son invention par un sien ami qui trouva fort loyal

et adroit de se porter lui-même inventeur au bout de cinq jours.

 

Voilà comment certains savent s'y prendre pour dépouiller les gens en deux temps et trois mouvements.

M. Desrues est titulaire d'une dizaine de médailles qui témoignent de toute une vie de bienfaits,

de sacrifices et de dévouement, dont le couronnement mériterait, de l'avis de tous, une distinction supérieure.

 

Des démarches ont été tentées en sa faveur pour lui faire obtenir la croix de la légion d'honneur

qui serait certainement, on ne peut mieux placée sur la poitrine de ce brave.

 

Nous nous trouvons fort à l’aise pour plaider cette juste cause, car nous sommes de ceux qui n'attachons pas

à l'obtention de la décoration plus d'importance qu'il ne convient mais,

nous respectons les sentiments d'autrui à cet égard,

et nous comprenons parfaitement que ce vieillard si digne à tous égards, puisse ambitionner la croix.

Ce serait la consolation de ses vieux jours, sa satisfaction personnelle,

la récompense de ses actes de dévouement et de ses travaux accomplis dans un but humanitaire.

 

C'est à ces titres que nous croyons devoir appeler sur M. Desrues l'attention du 1er magistrat du département,

car c'est à lui qu'il appartient de faire valoir en haut lieu cette cause intéressante,

et de faire donner à l'ayant droit la satisfaction qu'il mérite comme bienfaiteur et inventeur.

Source : L’Union Républicaine du Finistère octobre 1879

 

La bouée Desrues

 

Nous avons assisté jeudi, dans l'après-midi, à des expériences d'une bouée de sauvetage et de remorquage nouvellement inventée par M. Desrues, de Quimper, un des sauveteurs hospitaliers bretons,

dont la poitrine est le plus constellée de médailles.

 

Les essais ont eu lieu devant M. le major général du port de Brest et deux lieutenants de vaisseau.

 

La bouée était manœuvrée par un homme inexpert qui n'en a pas tiré le meilleur parti qu'on pouvait ;

elle n'en est pas moins allée, dans un temps relativement court, à une distance de cent brasses

et bien dans la direction voulue.

 

Cette bouée, dont nous reproduisons ci-dessous la description,

nous semble surtout digne d'être remarquée par l’avantage qu'elle offre au sauveteur de pouvoir

rester très-longtemps à la mer et d'avoir sous la main tout ce qu'il faut pour réconforter les naufragés qu'il recueille.

 

Avec les améliorations déjà projetées par l'inventeur, cette bouée pourra rendre évidemment de très-grands services.

 

Description de la bouée Desrues

 

C'est une bouée de sauvetage et de remorquage pourvue d'un gouvernail et marchant, au gré de celui qui en use,

à la voile, à la pagaie, ou au moyen de véritables nageoires qu'un homme ou même un enfant peut s'adapter

et faire jouer avec la plus grande facilité.

 

Construite en liège recouvert d'une toile imperméable,

elle est garnie, à l'étrave et à l'étambot, d'un dériveur en cuivre, fixe, pour faciliter la ligne d’eau.

 

De forme ellipsoïdale, elle ressemble de loin à une yole.

 

Elle est munie au centre, dans l'espace vide, d'une large courroie rembourrée sur laquelle un homme peut se placer

à cheval, et qu'un système de crémaillère permet d'élever ou de baisser avec la plus grande facilité

suivant l'état de la mer, de manière à conserver toujours, et avec le moins de fatigue possible,

la liberté de ses mouvements.

 

À droite et à gauche, sous la main même de l'homme, des tire-vire lui donnent action sur le gouvernail

pour diriger la marche de l'appareil qui est, à la coque près, une véritable embarcation insubmersible.

 

Embarcation pourvue d'un gréement et de soutes, comme un yacht de plaisance.

 

À ses flancs, en effet, outre les nageoires dont nous parlerons plus loin, sont amarrés une pagaie, un mât et sa voile, voile olivarde facile à manœuvrer, voile rouge qui s'aperçoit du plus loin.

 

Quant aux soutes, ce sont, à l'avant et à l'arrière, dans l'intérieur de la carcasse en liège,

deux caissons métalliques disposés pour recevoir des vivres, des papiers de bord, des objets précieux, des vêtements.

 

Ces caissons sont hermétiquement fermés par deux récipients, en forme de bouteilles,

pouvant contenir un litre de liquide.

 

À la cheville de charnière du gouvernail s'attache une corde pour remorquer soit des bouées ordinaires,

soit des épaves auxquelles des naufragés se seraient accrochés.

 

En outre, les flancs mêmes de la bouée Desrues sont garnis, à bâbord et à tribord,

de huit boules de liège recouvertes de toile, pendant chacune à un bout de garcette

et pouvant être facilement saisies par les personnes au secours desquelles se porte le sauveteur.

 

Quant aux nageoires, elles sont de deux sortes : les unes à main, les autres à jambières.

Les nageoires à main sont de petites rames en bois à ailerons métalliques mobiles,

fixés au manche par des chaînettes de résistance.

 

A la poussée, les ailerons se replient automatiquement sur le manche ;

au tirage, ils s'ouvrent en nageoires et représentent, avec un effort insensible, une grande force de chasse.

 

Les nageoires à jambières se composent d'une plaque de métal bourrée s'adaptant à la jambe

et s'y fixant au moyen de deux courroies.

 

Sous le pied, une petite plaque métallique, à charnière et à chaînettes,

se ferme quand la jambe est poussée en avant et s'ouvra d'elle-même pour faire le mouvement de nage,

à la poussée en arrière.

 

Le long des côtes, la jambière à sous-pied est avantageusement remplacée par une jambière à nageoire de côté,

munie d'un étrier qui empêche la déviation de la nageoire.

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Dernière mise à jour - Novembre 2020