Fenêtres sur le passé

1887

La gymnastique

Source : Le Finistère juillet 1887

 

Auteur : L. MULOT, Professeur de gymnastique.

 

La gymnastique.

 

Mon Dieu ! Je ne sais trop comment entamer l'article que je voudrais mettre sous les yeux du public sérieux.

 

Une considération me rassure cependant et m'invite à continuer :

il y a des pères, il y a des mères qui liront, — et je parle des enfants.

 

J'avoue humblement devant les sceptiques et les blasés qu'un spectacle m'a toujours fait mal et gâté ma journée : celui d'un baby estropié et malade, d'un jeune front pâli.

 

Je ne puis pas, en effet, comprendre l'enfant sans le rire, sans les jeux bruyants, les courses folles,

les espiègleries charmantes, l'ange sans les ailes.

Aujourd'hui je tiens à insister sur la nécessite qu'il y a pour tous à faire de la gymnastique.

Elle donne le développement que l'on sait.

 

Par les exercices, un peu rudes parfois, auxquels on plie son frêle corps, l'enfant se fortifie, ses membres s'assouplissent, sa santé florit et rayonne.

 

Pour l'enfant, la chose est hors de contestation.

 

Chacun comprend que sa santé, donc son avenir, dépend de ces soins

un peu rudes, spartiates, que donne le maître de gymnase.

 

L'escrime, la boxe, le chausson, la canne,

le mettent aussi a même de défendre sa dignité ou sa sécurité

partout où elles sont mises en danger

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Mais pourquoi les enfants seuls tireraient-ils avantage des exercices physiques ?

 

Est-ce que le jeune homme, dont toutes les mollesses de la civilisation actuelle énervent le tempérament,

ne se retremperait pas, comme à une nouvelle fontaine de jouvence,

dans les fatigues et les sueurs bienfaisantes du gymnase ?

 

Indépendamment de la santé recouvrée par-là, le corps prend une attitude militaire, correcte, droite,

et l'esthétique, autant que l'hygiène, y trouvera son compte.

 

Depuis quelques années la gymnastique a pris un développement considérable en France,

principalement pour les jeunes gens.

Quant aux jeunes filles il n'y a encore aujourd'hui

que bien peu d'institutions et d'écoles communales

qui enseignent cette éducation physique.

 

C’est par elles qu'on eût dû commencer.

 

La pensée s'attriste à songer que la plupart des jeunes filles

de nos écoles passent neuf ou dix heures,

chaque jour, dans l'immobilité des études,

et qu'elles retournent ensuite chez elles, où, pour tout exercice,

elles ont le désespérant, l'inévitable piano.

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Ah ! Vous ne savez pas tout ce que cette apparence de santé cache de difformités, de déviations,

de ramollissement et d'atrophie.

 

Nous le savons, nous, dont le concours n'est le plus souvent invoqué que lorsque le mal est déjà irréparable.

 

Certes, nous ne demandons point que les jeunes filles passent par les mêmes exercices que les garçons.

 

Ce serait une absurdité en même temps qu'une impossibilité.

 

Voulez-vous, ô tendres mères, que vos enfants conservent longtemps leurs joues vermeilles

et leur charmante innocence ?

 

Voulez-vous les préserver des penchants vicieux, les voir croître droits et robustes comme les sapins des montagnes ?

 

Voulez-vous qu'ils soient attentifs à leurs études, que leur intelligence ne soit point troublée

par les écarts d'une imagination maladive !

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Fatiguez-les, fatiguez-les en distribuant les fluides dans tous les membres ;

l'exercice dégage le cerveau et empêche les excitations anormales.

 

Tous les autres moyens employés pour combattre les tendances malsaines

sont impuissants ;

j'en appelle au témoignage de tous les médecins et de tous les chefs d'institution.

 

Que l'enfant se couche quand la fatigue l'endort, qu'il se lève aussitôt qu'il s'éveille.

 

Toute la chasteté, toute la beauté, toute la santé de vos enfants est là.

 

Mères de famille, ne l'oubliez pas !

 

Par les simples exercices de la gymnastique de chambre, à défaut de jardin, l'on peut éviter

chez les enfants toute espèce de déviations.

 

Les mères fières de leurs petits, les mères désireuses de la santé de leurs enfants

sauront gré au maître du progrès de leurs élèves.