Fenêtres sur le passé

1881

L'enseignement secondaire des jeunes filles

Source : Le Petit Brestois février 1881

 

Enseignement secondaire des jeunes filles

 

Le Maire de la ville de Brest informe les habitants qu'en conformité des dispositions

d'une délibération du Conseil municipal, du 29 décembre 1880, approuvé par M. le Recteur d'Académie

et par M. le Préfet du Finistère, des Cours d'Enseignement secondaire pour les Jeunes Filles vont être créés à Brest.

 

Ils auront lieu provisoirement dans l'une des salles de l’Hôtel-de-Ville.

 

Ces Cours ne sont pas publics ;

les jeunes filles doivent se faire inscrire, au préalable, au Secrétariat de la Mairie.

 

La rétribution scolaire est fixée à vingt francs par semestre.

 

L'inscription prise pour le semestre courant sera valable, par exception, jusqu'à la fin de la présente année scolaire.

 

Le prix est réduit à quinze francs pour les familles qui envoient deux jeunes filles.

 

Les maîtresses adjointes des écoles de Brest, les élèves des mêmes écoles qui sont pourvues du certificat d'études

ou qui subiraient un examen préalable, seront dispensées des frais d'inscription.

 

Les jeunes filles pourront être accompagnées aux Cours par leurs parentes ou leurs, institutrices.

Inauguration des Cours d’Enseignement secondaire de Jeunes Filles à Brest.

 

L'ouverture solennelle des Cours d'enseignement secondaire de jeunes filles créés

sous le patronage de la Municipalité, s'est faite hier à la Salle de la Bourse.

 

Invité par M. le Maire de Brest à cette première séance, nous nous sommes fait un véritable plaisir d'assister

à l'inauguration de ces cours, qui sont appelés à rendre de si éminents services.

 

La Municipalité et l’enseignement étaient largement représentés à cette cérémonie,

que présidait l'honorable Inspecteur d'Académie du département.

 

Dans son discours d'ouverture, le Président a remercié la Municipalité, M. Daniel, rapporteur de la commission,

M. Hamon, inspecteur primaire, et les Professeurs du Lycée, des efforts qu'ils ont faits

et qu'ils feront encore pour mener à bien cette entreprise commencée sous de si heureux auspices.

 

Il a indiqué en quelques mots le caractère général, le but, la nature des cours, qui doivent comprendre un ensemble méthodique et complet de connaissances nécessaires.

 

L'orateur a terminé, après quelques conseils aux jeunes filles sur la manière de suivre les cours,

en exprimant l'espoir que ceux-ci ne seraient que le prélude d'une œuvre plus considérable ,

et que beaucoup désirent ardemment la création à Brest d'un Lycée de jeunes filles.

 

Les éloquentes paroles et le vœu de M. l'Inspecteur d'Académie ont été accueillis par d'unanimes applaudissements.

 

M. Bellamy, Maire de Brest par intérim a, dans une courte allocution, fait hommage au précèdent orateur

de la réussite du projet pour la réalisation duquel la Municipalité a prêté son concours le plus dévoué,

et le remercie du zèle qu'il a déployé pour arriver à ce but.

La parole a été donnée ensuite à M. Bougier,

professeur d'histoire au Lycée, qui s'est chargé du cours

de géographie et qui a fait une analyse aussi succincte qu'attrayante des cours qu'il compte développer devant ses élèves.

 

M. Bougier ne fait pas de la géographie une sèche et aride nomenclature de noms, mais bien une étude agréable et facile.

Rien que la façon dont il a décrit la manière d'étudier la géographie physique, géographie politique,

géographie commerciale, industrielle, administrative, donnerait envie à ceux qui ont pour cette science

une horreur profonde d'en entreprendre l'étude sous sa direction.

 

Cette première leçon s'est terminée au milieu des applaudissements, et la séance a été levée.

 

Nous ne terminerons pas sans adresser tous nos remerciements, toutes nos félicitations à ceux qui ont pris part

à cette utile fondation, et sans dire aux éminents professeurs qui ont accepté la délicate mission

de donner aux jeunes filles l’enseignement secondaire, que, de même que toutes nos sympathies

leur sont acquises, nos vœux les accompagnent.

 

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Source : Gouvernement.fr

 

La loi Camille Sée ouvre l'enseignement secondaire aux jeunes filles

 

La loi du 21 décembre 1880 sur l’enseignement secondaire des jeunes filles

s’inscrit dans le cadre des lois scolaires alors initiées par Jules Ferry,

père de l’école primaire laïque, gratuite et obligatoire.

Déposée deux ans plus tôt, le 28 octobre 1878, par le juriste Camille Sée,

député proche de Jules Ferry, cette loi proposant d’ouvrir l’enseignement secondaire public – jusque-là réservé aux garçons – aux jeunes filles

provoque un débat houleux à la Chambre et au Sénat.

 

L'État fonde des établissements  destinés

à l'enseignement secondaires des jeunes filles.

 

Avec la victoire du camp républicain aux élections sénatoriales de 1879,

et l’entrée en fonction du premier gouvernement Jules Ferry, le 23 septembre 1880, le texte de loi sur l’enseignement secondaire des jeunes filles est finalement adopté, le 21 décembre 1880.

 

Par cette loi, l’instruction des filles n’est plus dispensée

par les seuls établissements confessionnels.

 

C’est l’article premier de la loi :

« Il sera fondé par l’État, avec le concours des départements et des communes, des établissements destinés à l’enseignement secondaire des jeunes filles. »

 

Vers une nouvelle logique républicaine.

 

Dans ces établissements destinés à l’enseignement public,

suivant une nouvelle logique républicaine,

l’enseignement religieux est remplacé par « l’enseignement moral » (article 4).

 

Camille Sée

Jules Ferry

D’une durée plus restreinte que l’enseignement secondaire des garçons, l’enseignement secondaire des jeunes filles,

tout en donnant une large place à l’étude de la langue française, des langues vivantes, de la littérature et de l’histoire, exclut les humanités (grec, latin et philosophie), ne s’émancipe pas des « travaux d’aiguille »,

et surtout ne conduit pas au baccalauréat, mais à un diplôme de fin d’étude.

 

Il faudra attendre le décret du 25 mars 1924 pour que « les programmes de l’enseignement secondaire

ainsi que le baccalauréat deviennent identiques pour les filles et les garçons ».

 

La loi Camille Sée est complétée par la loi du 29 juillet 1881 instituant la création de l’École normale supérieure (ENS)

de Sèvres, qui prépare en trois ans ses élèves au  « certificat d’aptitude à l’enseignement secondaire des jeunes filles ».

 

L’Église n’a plus désormais le monopole de la formation des jeunes filles.

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Dernière mise à jour - Décembre 2020