Fenêtres sur le passé

1879

Comment se forment les légendes

ou

"L'histoire du fantôme du pendu de Gouesnou"

Source : Le Petit Brestois novembre 1879

 

Comment se forment les légendes

 

On sait que Gouesnou est une terre privilégiée ; les pendus y foisonnent ;

on y fait bon marché de l'existence et il n'y a pas de semaines que nous n'ayons à enregistrer quelques suicides.

 

Nous croyons qu'il y aurait lieu de faire une enquête sur l'état mental des habitants de cette commune,

où la contagion de la pendaison sévit toute l'année.

 

Il y a sept ou huit ans environ, un garçon employé au service d'un marchand de beurre de cette commune,

avait été chargé de rapporter à la maison un paquet de bardes.

 

Mais le malheureux ayant égaré sa raison au fond de quelque bouteille,

perdit en chemin le paquet qui lui avait été confié.

Son patron crut que le domestique avait négocié ses effets, le traita de filou et lui signifia son congé ;

ce malheureux, désespéré d'avoir perdu sa place,

et innocent du crime dont il était chargé,

puisque le paquet fut retrouvé, se pendit à un arbre ;

ce suicide impressionna douloureusement la commune

 

Un soir, le marchand de beurre,

revenant en charrette de la ville, fut accosté en chemin

par un individu qui sollicitait la faveur de monter

dans sa voiture, et prétextait la fatigue de son voyage.

L'autorisation est accordée ; mais soudain le voyageur se découvre,

il se dresse comme un remords accusateur devant le marchand, et lui présente un paquet.

 

Le marchand reconnaît avec terreur le fantôme du pendu ;

talonné par l’épouvante, il regagna bride abattue son domicile.

Quelques jours après l'incident avait été oublié,

et le marchand riait lui-même de ce qu'il appelait

son hallucination, il avait convié ses amis à un galas,

et pendant que les verres se choquaient,

il descendit dans le jardin illuminé par un superbe

clair de lune, lorsque tout-à-coup il vit se profiler

sur le mur du jardin l'ombre d'un homme ;

ses cheveux se hérissèrent sur sa tête, il se prit à grelotter,

il venait de reconnaître l'infortuné pendu

qui lui tendait un paquet.

 

Depuis, le marchand est en proie à la plus terrible épouvante ;

et le soir lorsqu'une bonne femme de Gouesnou passe au pied de l'arbre du pendu,

elle se signe dévotement et marmotte des patenôtres pour le repos de l'âme du décédé ressuscité si miraculeusement.

 

C'est une légende qui commence !

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Dernière mise à jour - Décembre 2021