Fenêtres sur le passé

1877

Sauvetage sur les côtes du Finistère

Source Le Finistère Mars 1877

 

Sauvetages sur les côtes du Finistère

 

Le quatrième fascicule des Annales du sauvetage maritime, (année 1876), publie le compte-rendu

des sauvetages accomplis par les canots et engins de la Société, pendant le dernier trimestre de l'année dernière.

 

Bien que nous ayons, au fur et à mesure qu'ils se sont produits, donné d'après nos correspondances particulières

les détails les plus précis sur les sauvetages accomplis par les marins et les douaniers du Finistère, nous extrayons,

du compte-rendu des Annales, la partie relative à notre département.

 

On aime à se rappeler les belles actions.

 

Durant cette dernière période de l'année, la navigation à beaucoup souffert, sur les côtes occidentales de la France, des violents ouragans du sud, sud-ouest et ouest qui s'y sont déchaînés.

 

Cette série de mauvais temps commence le 29 septembre pour se calmer ensuite pendant le mois d'octobre.

 

Mais les mois de novembre et de décembre, sont très-pénibles à traverser ;

les vents ne cessent de souffler en tempête, et les sinistres augmentent de jour en jour.

 

Le 30 septembre, à Douarnenez, la tempête surprit au large de nombreuses chaloupes de pêche

qui se hâtèrent de rentrer au port.

Une seule chaloupe, mouillée depuis le matin à environ trois milles

dans le nord-est de l'Ile Tristan, fut signalée comme ne pouvant appareiller en raison de la violence des grains.

 

Le canot de sauvetage fut lancé et partit à quatre heures et demie

de Douarnenez.

 

Après avoir lutté contre le vent et la mer, les canotiers parvinrent

dans les eaux de la chaloupe en détresse et ranimèrent le courage

de l'équipage, composé de deux hommes et d'un enfant,

couchés à fond de cale, complètement affolés et n'attendant plus que

le moment où ils seraient engloutis.

 

L'enfant venait de s'évanouir ;

il fut embarqué ainsi que les deux hommes dans le canot de sauvetage

qui revint à sa station après trois bonnes d'absence.

 

Dans cette sortie, le canot était monté par : Le Du, patron ; Bossenec, Carnec, Féchant (Auguste), Féchant (François), Gallo, Quinquis, Tournier, Trocmé, Trévidic, Doaré, Guidal, canotiers.

Le 11 octobre au matin, nous retrouvons le canot de sauvetage

de Douarnenez à la mer, protégeant la rentrée des chaloupes de pêche

qui avait été surprises par un coup de vent de sud-ouest.

Gravure d'Osvaldo Tofani pour

le Supplément illustré du Petit Journal

du 13 juin 1897, représentant la décoration de Jacques le Du lors de la cérémonie annuelle

de la Société centrale de sauvetage des naufragés.

Le canot resta deux heures dehors, explorant la partie de la baie comprise entre Douarnenez et Telgruc,

où il avait vu disparaître une embarcation dans un grain violent.

 

On apprit le soir que cette chaloupe, après avoir couru les plus grands dangers,

avait pu se réfugier dans l'anse de Morgat.

 

Le patron Le Du et les canotiers Couic, Le Roux, Gall, Carnec, Doaré, les deux Féchant, Tournier, Le Moan, Larhant, Quinquis, armaient, le canot dans cette sortie.

 

Dans la nuit du 4 décembre, le steamer anglais le Lebanon, vint mouiller dans la baie de Douanenez.

 

Deux canotiers de sauvetage en vigie sur la côte, malgré l'obscurité, purent apprécier que ce navire était mouillé

sur un mauvais fond et que les vents du nord-ouest qui soufflaient en tempête ne tarderaient pas

à le pousser à la côte.

 

Le canot de sauvetage fut lancé sur l'ordre du président du comité et prévint le capitaine du steamer

de la mauvaise position qu'il occupait.

 

Après avoir chaleureusement remercié les canotiers, le capitaine du Lebanon fit appareiller

et continua sa route sur Londres.

 

Le 14 octobre, au matin, le canot de Camaret sauve le lougre désemparé Elisabeth, de Nantes.

 

Ce navire, parti le 13 de Camaret, fut pris dans la nuit, se trouvant dans le raz de Sein,

par une mer énorme et un vent violent.

 

Le capitaine voulut décarguer la misaine ;

au moment où cette opération était terminée, le lougre ayant perdu son aire, vint tomber sur une ligne de courant

où la mer était plus furieuse encore.

Au premier coup de tangage, son beaupré, engagé dans la lame,

fut cassé au ras de l'étrave ;

au second coup, le mat de misaine se rompit au milieu, et le navire

fut tellement couvert par la mer que sa chaloupe fut brisée.

 

Il ne gouvernait plus que difficilement, et lorsqu'il fut en vue

d'un sémaphore, il mit son pavillon en berne.

 

C'est alors que le canot de sauvetage de Camaret (*) lui porta secours et le rentra dans le port.

 

Le canot était monté par Maillard (P.), patron ; Meillard (F.), sous-patron, Dagorne (R.), Breton (P.), Mouster (J.),

Lefur (0.), Mérour (T.), Belbéoch (T.), Graveran (L.), Thomas (J.), Reneaud (J.), Guermeur (A.), canotiers.

(*)« Edouard Hollandre »

 

Le 12 octobre, le canot de sauvetage d'Audierne (*) est armé à dix heures du matin pour protéger l'entrée au port

de 12 chaloupes de pêche surprises par la tempête ;

il ne rentre lui-même qu'a deux heures, lorsque la dernière chaloupe est en sûreté.

(*) Le premier canot en bois d'Audierne n’aura pas de nom (on le connaîtra sous son matricule: 7) :

C’est un 9 mètres 78 à redressement d’origine anglaise (chantier Forrest and Son) – il sera en service de 1865 à 1891.

 

Ce même canot sort d'Audierne le 11 novembre par une forte tempête du S-E., pour porter une amarre au lougre la Jenny, qui venait de s'échouer en voulant entrer dans le port.

 

Les canotiers, après bien des efforts, réussirent à accoster le lougre et a y faire monter un pilote, qui jeta lui-même le bout d'une aussière au canot de sauvetage pour la porter à terre.

 

Mais l'équipage de la Jenny, épuisé de fatigue par une nuit de lutte, était incapable d'aider dans une mesure suffisante à la manœuvre à faire désormais ;

aussi le canot de sauvetage fût-il obligé de retourner dans le port pour prendre six hommes

et les embarquer sur le lougre.

 

Ce navire fut retiré de la côte grâce au canot d'Audierne, monté par Autret (H.), patron ; Paubet (H.), Vavasseur (D.), Carn (J.), Perrott (R), Friant (H.), Mouzin (F.), Piton (R), Couic (C.), Brénéol, (F.), Claquin (J.), Couillandre (H.), canotiers.

Dans le coup de vent du 2 décembre, huit chaloupes

et vingt-huit hommes ont dû la vie au canot de sauvetage

de Molène (*) ;

sorties le matin pour se rendre sur les lieux de pêche,

ces chaloupes furent surprises à dix heures par la tempête,

au milieu de cette ligne de brisants qui s'étend entre Ouessant et les Pierres-Noires.

 

(*) Le premier bateau de sauvetage est le "Saint-Renan" .

Le Saint-Renan, baleinière à rame, de 9,78 mètres de long, fut en service de 1867 à 1894.

 

À midi, le brouillard s'étant dissipé, on les aperçut au mouillage dans les rochers qui bordent au N E. l'île de Balannec ; le canot de sauvetage fut lancé et mit toutes ces chaloupes en position d'appareiller.

 

Il était monté par son patron Masson (O.), Carrioux, Masson (C), Masson (N.), Masson (J.), Le Bousse, Marec, Podeur, Dubosc, Coquet, Le Bras, Marec (J.), canotiers.

 

Le 5 décembre, le poste de Kerity-Penmarc'h, sous la direction du lieutenant des douanes Cornec,

est venu mettre en batterie le canon porte-amarres pour sauver l'équipage de la goélette norvégienne Henry,

échouée dans la baie d'Audierne, au lieu-dit Kervabac, commune de Tréguenec, à six kilomètres de Plovan.

 

Au premier coup la flèche est arrivée à bord, le va-et-vient a été établi,

et les huit naufragés sont descendus à terre sains et saufs.

 

Honneur à nos douaniers !

 

Honneur à nos marins !

© 2018 Patrick Milan. Créé avec Wix.com
 

Dernière mise à jour - Novembre 2021