Fenêtres sur le passé

1875

Les fumiers de ferme

Source : Le Finistère octobre 1875

 

Les fumiers de ferme

 

Dans sa dernière session, le Conseil général, adoptant une proposition de M. le Préfet, a décidé, qu'à l'avenir,

les comices agricoles devraient réserver, sur la subvention qui leur est accordée par le département, une prime,

pour l'un des trois genres d'amélioration :

aménagement des fumiers, boisement et amélioration des prairies,

qui paraîtra le plus avantageux dans chaque région.

 

Nous croyons rendre service aux nombreux agriculteurs qui nous lisent en reproduisant l'article suivant

de l'Avenir de Rennes, traitant d'un des genres d'amélioration signalés à l'attention des comices :

La méthode la plus avantageuse de se servir du fumier de ferme,

c'est incontestablement de l'enfouir au sortir de, l'étable ou de l'écurie.

 

De cette manière, il ne se perd aucun gaz, la fermentation se fait dans la terre qu'elle doit féconder,

et l'observateur peut constater les bons effets de cette méthode à la récolte.

 

Le fumier est comme l'argent, plus vite il est placé, et plus tôt il produit intérêt.

 

Mais il n'est pas toujours possible d'opérer ainsi ;

le plus souvent même c'est impossible, soit à cause de l'éloignement des terrains,

soit à cause des difficultés d'accès en certaines saisons,

soit enfin parce que les moyens de transport manquent généralement aux cultivateurs, même très-aisés,

pour opérer toujours l'enlèvement de leurs fumiers à volonté,

d'autant plus qu'il est de règle qu'ils doivent être enterrés dans les 24 heures de leur dépôt sur le terrain,

ou tout au plus dans un délai de trois ou quatre jours pour qu'ils ne perdent pas leurs propriétés fécondantes.

 

C'est en raison de cette impossibilité, ou du moins de ces difficultés matérielles, que,

dans toutes les fermes on établit des tas de fumiers qu'on appelle des formes,

qui sont démontées et transportées aux champs, lorsque les circonstances le permettent.

Mais pour que le fumier en formes ne s'altère pas,

ne perde pas de ses propriétés,

il est essentiel qu'il soit traité d'une certaine manière.

 

S'il était jeté, comme cela arrive trop souvent,

à la bonne flanquette, les civerées les unes à côté des autres,

et tout au travers de la cour, on n'obtiendrait rien de bon ;

ce fumier serait bientôt desséché, privé de son gaz

et atteint par le blanc ;

ou bien si c'est en hiver, l'eau des pluies le laverait 

complètement et il ne resterait que de la paille, bonne absolument à rien.

 

Pour faire une forme, on procède par petites parties.

 

Suivant l'importance de l'étable ou des écuries, on commence par une fraction d'un mètre ou deux mètres carrés

sur lesquels on étend le fumier à la fourche pour qu'il soit réparti également partout ;

puis, après chaque opération, on tasse fortement avec les pieds,

afin de le rendre autant que possible impénétrable à l'air.

 

Lorsque cette première fraction est arrivée à la hauteur d'un mètre environ,

on la recouvre d'une couche de cinq à six centimètres, et on en recommence une autre à côté.

 

Par ce moyen, le moment venu de transporter les fumiers à leur destination,

il est toujours facile de commencer par les plus anciens, ce qui a une certaine importance.

 

Au bout de quinze jours à trois semaines, du fumier en forme bien conditionnée, est décomposé,

et n'a encore rien perdu de sa valeur, après un long délai il s'altère, il arrive à l'état qu'en culture,

on appelle le beurre noir, et enfin il devient terreau.

Les formes étant divisées comme nous venons de l'indiquer,

il est toujours facile au fermier d'enlever les parties

qui seraient près d'entrer dans l'état de décomposition

qui excède les limites du bien, tandis que si le fumier était étendu

sur une forme de huit ou dix mètres carrés sans précaution,

il faudrait enlever le tout à la fois, ou risquer de voir

les couches inférieures qui devraient séjourner très-longtemps

perdre de leur qualité.

Lorsqu'il n'est pas possible d'enlever les formes dans le délai précité de quinze jours, trois semaines, un mois au plus, il faut prendre des précautions pour qu'elles ne dessèchent pas trop vite en été.

 

Pour cela, il faut les arroser, mais pas à la volée ; il faut au contraire verser l'eau uniformément sur la surface après avoir creusé avec un bâton, quelques trous dans lesquels l'eau s'introduira et communiquera de l'humidité à toutes les couches superposées.

 

Il vaudrait mieux encore y verser le purin que les pluies pourraient avoir fait sortir.

 

Pour cela, il faudrait avoir préalablement établi une fosse à purin le plus près possible du tas de fumier, avec une rigole par laquelle toutes les eaux qui en proviennent se rendraient dans cette fosse.

 

L'arrosage de la forme devient ainsi facile, et le purin rend au fumier la vertu qu'il a perdue, en même temps qu'il lui donne l'humidité nécessaire à sa fermentation.

 

Le cas échéant, le fumier recueilli dans les fossés est employé directement soit pur, soit étendu d'eau, comme engrais liquide, et il est d'une efficacité et d'une promptitude d'action merveilleuses pour presque toutes les cultures.

 

Quant au mode d'emploi rien n'est plus simple.

 

On met un vieux tonneau sur une charrette.

On l'emplit de purin, on conduit la charrette sur le terrain

qu'on veut arroser avec l'engrais liquide, on débouche la barrique

et on promène la charrette en long et en large sur le terrain.

 

L'eau s'échappant de la barrique s'épand sur le fond de la charrette

de là sur le terrain.

 

Avec une barrique de purin, on peut arroser facilement

un demi-hectare de terre et même davantage.

 

Les résultats de cette méthode sont admirables,

et c'est bon pour tout, surtout pour les choux, les luzernes, les trèfles, les prairies, les arbres à fruits, etc.

 

Quand on arrose le fumier avec du purin, il est bon, pour éviter le dégagement des gaz ammoniacaux,

d'y jeter une certaine quantité de plâtre ou de sulfate de fer.

 

Le sulfate de fer surtout, qui coûte très-peu de chose, enlève presque instantanément toutes les mauvaises odeurs.

 

Non-seulement dans les cours des fermes, mais dans celles des villes, dans les latrines,

dans tous les endroits où il y a des dépôts dégageant des odeurs fétides,

on devrait en jeter de temps à autre une ou deux poignées.

 

On se délivre ainsi, comme par enchantement, de miasmes souvent malsains et toujours désagréables.

 

Et ce n'est pas cher.

 

Pour 25 ou 30 c. on en a un kilo, et, avec un kilo, on désinfecte une fosse d'aisances.

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